Le logis des  Humeaux  (XVIème - XIXème)

Cette maison, dont la cour d'honneur est visible rue de Saint-Hilaire, se compose de deux parties :

        -A gauche, le vieux logis en équerre, dont les origines remontent au XVIème siècle.

               -L'aile droite plus haute et couverte en ardoises est édifiée en 1897 par la famille Daniel-Lacombe, ainsi que diverses inscriptions architecturales le révèlent.

Le Logis des Humeaux (XVIème)

Le logis est un ensemble immobilier qui se caractérise normalement par un plan clos, ouvert par un porche double charretier et piétonnier qui correspond dans d’autres régions à l'agencement d'une grande ferme. Mais le Bas-Poitou y ajoute une caractéristique peu commune surtout au delà du XVème siècle : « A la fois domaine agricole avec écurie, grange, grenier et maison noble avec droit de fortification, fuie, prérogative de justice :   le ״ logis vendéen ״ est la synthèse architecturale du château et de la métairie. »

  • Logis vu du Parc, côté route de Saint Martin des Noyers

           (collection Bernereau)

    Le vieux logis des Humeaux est édifié au XVIème siècle par la famille Noyron ou par la famille Payraud, familles de notables.

    Le sénéchal Noyron qui habitait aux Humeaux un peu après 1500, s'occupait de la gestion des biens de la famille de la Trémouille, seigneur de Bournezeau.

    Les Béranger succédèrent à la famille Payraud et par le mariage de Marie Béranger avec Pierre Marchegay, le logis passa à cette famille.

    Au moment de la Révolution, le château appartenait à François-Constant Marchegay, maire de Chantonnay en 1790. Celui-ci mourut en prison à la Rochelle au mois de décembre 1793, suspecté d’entente avec les insurgés vendéens.

          Après la Terreur, lors du partage de ses biens, les Humeaux échurent à Charlotte-Emilie Marchegay qui épousa Charles Daniel. Le couple s'installa dans le logis qui n'avait pas été occupé pendant tout le XVIIIème siècle.

    Charles Daniel était le fils de Nicolas Daniel sieur de la Combe, notaire à Sainte Hermine. Ce dernier était un cousin germain de Jean-Marie Daniel installé à la Corbedomère.

    A cette époque n'existaient que l’ancienne  maison noble construite en “L” et sans doute les bâtiments de ferme. Ceux-ci existent encore comportant : grange, greniers, pressoir, écuries, four à pains et pigeonnier.

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  • Bâtiments de ferme

     (Photo Loevenbruck)

    Le plan actuel n'est pas clos, il est ouvert vers l'Est, mais peut-être l'était-il autrefois. Aujourd'hui l'aile “XIXème” s'ouvre sur le parc déportée à l'Est.

    Il est néanmoins probable qu'un porche fermait la cour route de Saint-Martin-des-Noyers.

         

    Du XVIème siècle subsiste le bâtiment en “L”, dont quelques éléments d'architecture sont caractéristiques de cette époque et nous permettent de le dater :

    A l'extérieur

    - Sur la façade d’entrée la petite porte de gauche en granit est composée de manière hétéroclite : on peut supposer que les colonnes encadrant la porte sont plus anciennes encore et ont été rapportées.

  • Porte d’entrée dans la partie du XVIème siècle

    (photo Seguin)

    - La fenêtre Renaissance au-dessus est en pierre calcaire ; la finesse de la sculpture contraste avec les autres pièces ornementales grossièrement taillées dans le granit.

    - Sur la façade arrière trois petites fenêtres éclairent trois petites pièces, dont les fonctions sont indéterminées.

    - La porte arrière est surmontée comme celle de la cour devant d'un oeil de bœuf.

    - Les autres fenêtres ont été remaniées au cours des siècles, les meneaux d’origines ont été supprimés.

  • Aile du XVIème siècle 

    (photo Seguin)

    A l'intérieur Il subsiste
    - Une cheminée monumentale en granit du XVIème siècle.
    - Un escalier ״ transition ״ en granit (pas encore droit mais plus tout à fait à vis) décoré à la base d'un chapiteau ionique.
    - Des plafonds à la française (plafonds à poutres et solives peintes).

    Mais pour suivre la mode, le logis a été aménagé au XIXème siècle : plafonds plâtrés et cheminées en marbres.

    Les portes sont plus ou moins anciennes, à clous forgés pour les plus anciennes, avec quelques vieilles serrures et poignées en fonte de la fin du XVIIIème siècle, date à laquelle le logis a été aménagé pour accueillir Charlotte-Emilie Marchegay et son époux.

    Le logis s'est jusqu'alors souvent transmis par les femmes sous forme de dot : de la famille Noyron à la famille Payraud, à la famille Basche, à la famille Béranger, puis à la famille Marchegay du XVIIème siècle jusqu'au XIXème siècle où Charles Daniel-Lacombe épouse Charlotte Marchegay “dame des Humeaux”.

    Le Château des Humeaux (XIXème)

    Charles Daniel-Lacombe s'éteignit le 12 mai 1864 et laissa le vieux logis à son fils Aristide Daniel-Lacombe qui avait épousé Julie Gérard de la Girardais. Aristide Daniel-Lacombe fut conseiller général. Après son décès en 1894, c’est son fils Fernand Daniel-Lacombe qui en hérita et en fit ce que nous connaissons aujourd'hui. Après son décès en 1906, les Humeaux revinrent à son fils Pierre, qui fut député républicain et qui y vécut jusqu'à sa mort en 1939.

    Charles fut maire de Bournezeau de 1848 à 1852, Aristide de 1870 à 1874 puis de 1878 à 1892, Fernand le fut de 1892 à 1903 et Pierre de 1931 à 1933.

    L'aile droite a été édifiée en 1897 pour la famille Daniel-Lacombe d'après les plans de l'architecte Alphonse Boudaud.

    Alphonse Boudaud s'est surtout distingué par la construction d'édifices publics notamment à La Roche s/Yon (Musée, Grande Poste, Lycée, gloriette sur la place Napoléon).

    La famille Daniel-Lacombe était républicaine : il n'était donc pas question de faire appel à l'architecte des aristocrates : Joseph Libaudière qui réalise à la même époque le château de la Mouhée à Chantonnay pour le Marquis Zénobe de Lespinay, député conservateur de la Vendée avant que Pierre Daniel Lacombe ne lui succède après que des élections partielles aient été organisées à la suite de son décès en 1906.

                Sur la façade route de St Hilaire la porte de droite et la fenêtre au-dessus - comme une sorte de transition - sont dans l'esprit du vieux logis. Les initiales de la famille –DL- sont inscrites dans un cartouche.

  • Aile et Tour du XIXème vue du parc

    (photo Seguin)

          Mais la porte, bien que ressemblant à celle de gauche, est plus importante et ouvre sur l'entrée principale ; l’ancienne entrée à gauche devait vraisemblablement être reléguée en entrée de service au XXème siècle.

    L'aile droite, plus haute et couverte d'ardoises, est flanquée d'une tour armoriée (côté rue par les armes de la famille Daniel-Lacombe, autrefois Daniel de Lacombe ; côté parc - invisible de la rue- par les armes de la famille Marchegay). Les fenêtres à meneaux sont dans un style Renaissance.

    Cette aile droite a sans aucun doute été édifiée pour donner à la maison l'aspect d'un ״château״: il s'agissait pour la famille Daniel-Lacombe d'affirmer son statut social.

     On dit généralement qu'un logis a plus de parenté avec une ferme qu'avec un château : il s'agit dès lors d'éviter toute ambiguïté.

    On pourrait penser que l'architecte a atteint son but : des archives évoquent Pierre Daniel-Lacombe comme “le châtelain de gauche”. Mais il s'agit surtout d'un décor : les surfaces sont relativement modestes et si au rez-de-chaussée de cette aile il y a deux pièces pour recevoir avec des boiseries et des décors en stuc, au premier étage, les parquets sont en sapin et il n'y a plus d’éléments décoratifs ; quant aux fenêtres du second étage, elles ouvrent sur un grenier et la tour est à cet étage inutilisable !

     Les dépendances, difficiles à dater, sont dans un long bâtiment le long de la route de Saint-Martin-des-Noyers : grange avec pigeonnier, pressoir, écurie, four à pain, etc...

     Des petits toits indépendants, dont on devait oublier les origines rustiques, ont été transformés en orangerie sans doute à la fin du XIXème siècle.

     Devant la maison, une petite dépendance prend l'aspect d'une chapelle : côté cour s’ouvre une petite fenêtre en plein cintre. Sur la carte postale éditée au début du XXème siècle (voir ci-dessous) on aperçoit au faîtage une croix.

    Mais il ne faut pas oublier que les Daniel-Lacombe, en bons républicains, étaient anticléricaux et cette dépendance accueillait autrefois les latrines.

    Ainsi cohabitent l’ancien logis qui s’extirpe du moyen-âge, et la nouvelle demeure qui peine à affirmer son statut aristocratique.

     Plus tout à fait un logis, pas encore un château, cette maison a le charme hétéroclite d'un lointain passé et d'ambitions plus récentes.

    Jérôme Loevenbruck (1)
    (1) Propriétaire actuel des Humeaux et membre de la Commission Histoire.

    -Les archives de Guy de Raignac (avec l’autorisation de Jean de Raignac)
    Maurice Bedon « Le Canton de Chantonnay »
    -Le Patrimoine des communes de Vendée (éditions Flohic)
  • Carte postale des Humeaux : château ou logis ? (Collection Bernereau

    Filiation des propriétaires des Humeaux (XVIème - XXème)



  • Blason de la famille BERANGER

  • Blason de la famille MARCHEGAY

  • Blason de la famille DANIEL-LACOMBE

  • Pierre DANIEL-LACOMBE
  • Les derniers propriétaires des Humeaux
    (fin XXème - début XXIème)
    -Les descendants de la famille FAYAU qui ont successivement loué le logis ;
    -Jean-Marie DELANDES, époux de Marie-Luce GIRAUD (1983-2002) ;
    -Jérôme et Laure LOEVENBRUCK (2003-....).