Jument de course, de race Trotteur français, elle fut une grande vedette des courses de trot des années 1966 à 1974.
Voici son histoire retracée à partir de différents journaux qui nous ont
été transmis par Hippolyte B
Le 22 avril 1964, en Vendée, chez M. Hippolyte B
ernereau , naissait une pouliche alezane issue de Kerjacques et de Luciole III . On la baptisa tout simplement :Une de Mai . Son père, jeune étalon, n’avait pas encore la renommée qu’on lui connaît de nos jours; quant à sa mère, elle n’a jamais couru.(Paris-Turf)
L
uciole III , mère d’״Une de Mai ״, avait une prime de sélection décernée par les haras nationaux. Très beau modèle, elle avait une couleur rare : alezane, le crin du cou et la queue cendrée. Lorsqu'on lui propose Luciole III , Hippolyte Bernereau , 45 ans, la calvitie naissante, boucher à Bournezeau en Vendée, hésite. S’il connaît parfaitement les pièces de bœuf à découper, il s'y entend beaucoup moins en élevage. Entre deux tournées en camionnette pour vendre sa viande, il s'occupe de trois poulinières qui sont plus pour lui un agréable passe-temps qu'une occupation lucrative.Finalement, Hippolyte B
ernereau accepte. Il se met alors à la recherche d'un fiancé pour la jument qu’il vient d'acquérir. Son choix se porte sur Kerjacques , un serviteur de l’État dont on parle peu mais qui a l'avantage de ne pas coûter cher. De cette union naît une pouliche que l’on baptiseUne de Mai (Paris-Match)
B
ernereau avait acquis sa mère pour un petit prix, bien qu’elle soit issue de la souche de la grande La Pettevinière et ne consacrait pas à l’élevage du trotteur sa principale activité. Il faisait partie de ces nombreux “petits” éleveurs qui possèdent deux ou trois poulinières par passion et qui, tous, rêvent en secret de faire naître un champion. Pour lui, la réalité allait dépasser la fiction puisque la pouliche qu’il voyait gambader sous ses yeux allait être universellement connue. Pourtant, à un an, elle n’était pas spécialement belle et était “dominée” au pré par sa compagne de jeu : Une Touche… dont personne n’entendit jamais parler ! Pour la bonne raison qu’elle n’a jamais couru, s’étant gravement accidentée.(Jacques Pauc)
L'éleveur est un homme réaliste. Il sait très bien qu'avec le modeste cheptel qu'il possède, il ne touchera jamais le gros lot. Aussi est-ce le cœur léger qu'il vend Une de Mai et un autre produit de son élevage pour treize mille francs.
La somme est certes modeste, mais elle permet de payer les frais d'exploitation.
(Paris-Match)
L'heureux acheteur s'appelle Michel L
emelletier . Va-t-il garder la pouliche ? Non, il se contente de la débourrer, comme il le fait pour tous les chevaux qui lui passent entre les mains.Au dressage, l'animal affiche déjà des battues d'une belle ampleur.
(Paris-Match)
Or, pendant ce temps là, Pierre-Désiré A
llaire entraînait un autre produit de Kerjacques nommé Toscan ! Inutile de vous dire qu’il avait vu en lui un sujet d’exception. Sentant que ce Toscan allait faire “sortir” Kerjacques comme étalon, il se mit alors à la recherche de tous les Kerjacques à acquérir…(Jacques P
auc )
Il contacte aussitôt Michel L
«
Mais le destin d'
Une de Mai est de changer une nouvelle fois de mentor. A l'automne 1967, Pierre-Désiré Allaire , qui l'a depuis une dizaine de mois seulement dans ses écuries, comprend qu'il possède en elle une bonne jument. Il décide d'en tirer profit et la vend au comte Pierre de Montesson . Prudent, il en garde toutefois la moitié.Pour deux cent mille francs, le comte de M
ontesson devient donc le propriétaire officiel, du moins sur les programmes de la jument, qui, comme tous ses chevaux, se voit confiée à Jean-René Gougeon .(Paris-Match)
Si l’on doit considérer que la première chance de
Une de Mai fut sa rencontre avec Pierre-Désiré Allaire , il est indéniable qu’elle trouva en Jean-René Gougeon l’homme de sa vie״. En effet, dès que le couple fut formé, ils alignèrent neuf victoires consécutives au plus haut niveau, dont le Critérium des 3 Ans. Leur première grande victoire internationale eut lieu dans le Prix d’Europe à Milan qu’elle enleva d’une classe ; c’était là le début d’une moisson de succès sur toutes les pistes du monde.(P
auc )
« Elle fut une jument extraordinaire, avec laquelle j'ai eu pourtant beaucoup de difficultés au début, car elle était très nerveuse et tirait beaucoup. Il a fallu la fabriquer, passer du temps avec elle. Elle doit une grosse partie de sa réussite à Jean-Lou P
eupion , son lad à l'époque. Elle tournait parfaitement sur les petites pistes, et a tout gagné à l'étranger, dont le championnat du Monde à New-York contre le champion américainNevele Pride .(J.R. G
ougeon )
A ses débuts,
Une de mai avait un sacré caractère. Elle tirait comme un treuil. Imprévisible, elle n'en faisait qu'à sa tête et on ne pouvait même pas entrer dans son box. Son entraîneur a alors décidé de la confier à un homme de confiance, Jean Louis Peupion . Entre l'homme et le cheval naît une véritable histoire d'amour: « Une de mai, pour moi, c'était autre chose qu'un cheval ! J'étais toute la journée avec elle. Nous étions complices. Elle avait confiance en moi » raconte Jean Louis Peupion . Avec beaucoup de patience et les poches bourrées de friandises, il transforme la jument. Celle-ci se décontracte, elle devient presque douce.(Site poneychevaux)
A trois ans, Une de Mai court à l'attelé et au monté. Elle se distingue dans les deux disciplines en remportant le Critérium des 3 ans et son pendant sous la selle, le Prix de Vincennes.
L'année suivante, le doute s'installe dans l'esprit du public.
Une de Mai trouve sur son chemin Upsalin , un cheval appartenant à HenriLevesque , qui la bat à plusieurs reprises. S'est-on trompé sur son compte ? N'est-elle seulement qu'une brave jument condamnée à évoluer dans l'ombre de son rival ?Cette opinion se trouve renforcée au début de l'année 1969, lorsque
Une de Mai s’incline devant Upsalin dans le Prix d'Amérique. Mais il ne s'agit là que d'une faute de parcours. La jument rassure rapidement ses supporters. Gagnante du Grand Critérium de Vitesse de Cagnes-sur-Mer, une épreuve qu’elle remportera à cinq reprises, elle entame ensuite une extraordinaire campagne à l'étranger qui lui permettra d'enlever le Grand Circuit international. Son plus beau titre de gloire cette année-là restera toutefois sa merveilleuse victoire aux États-Unis.(Paris-Match)
Ambassadrice du trot français, Une de Mai ramena à son pays d’origine plus de 4 millions de francs de devises, ce qui est unique. Nous ne reviendrons pas sur son palmarès ni sur le fait que
Une de Mai « dura » jusqu’à 10 ans, la limite d’âge pour un trotteur français, mais il faut savoir combien sa popularité était grande hors de nos frontières, et notamment aux États-Unis.(Pauc)
Le 23 août,
Stanley-Dancer a raison. à une centaine de mètres du poteau d'arrivée, son cheval est champion du monde. Quelques battues plus loin, il n'est plus que vice-champion: Une de Mai, dans un rush époustouflant, a doublé l'épouvantail yankee et l'a laissé sur place, tel un vulgaire figurant dans une pièce où elle entend tenir à elle seule le rôle principal. Les 40 000 spectateurs présents ce jour-là sur l'hippodrome sont abasourdis. Ils ont l'impression d'avoir assisté à un second Pearl-Harbor, équin celui-là!(Paris-Match)
Considéré comme un phénomène par les plus grands entraîneurs américains
(qui en ont vu d’autres !)
En 1970, Une de Mai a six ans, le bel âge pour une jument de course. Sa
deuxième participation au Prix d’Amérique se solde pourtant par un échec.
Upsalin éliminé par un accident stupide, c'est T
Loin de ces problèmes stratégico-financiers,
Interviewé juste avant le Prix d'Amérique 1971, Jean-René
La conviction du grand driver ne suffit hélas pas pour gagner.
Son entraîneur dira d'elle qu'en dépit de son défaut d'aplomb, elle trottait droit, aimait les pistes plates et la vitesse pure
ne de Mai U était réellement impressionnante, ses victoires étaient “signées”, car elle possédait quelque chose de rare : un style, son style. Puissante de modèle, en action, elle apparaissait légère et aérienne. Sa manière de finir ses courses en dodelinant de la tête prouvait aussi qu’elle savait aller au bout d’elle-même quand il le fallait. Elle alliait le courage à la classe…(P
auc )
A Cagnes, elle volait. C'était plus une jument de vitesse et de pistes plates. »
(Michel Marcel G
ougeon )
Vincennes avec sa montée n’était pas sa piste de prédilection.
(Suzanne B
ernereau )
A 10 ans, elle prit le chemin du haras des Coudraies, conduite par
Jean-Lou P
Avortant de
Nevele-Pride , vide ensuite, 1978 semblait être le véritable nouveau départ pour elle puisqu’elle mettait bas une pouliche de Quioco , son premier produit. Mais son destin fulgurant devait prendre fin le 31 mars…(P
auc )
Elle décède après quatre ans de retraite, victime d'une déchirure à
l'estomac, un mois seulement après avoir fait naître son seul et unique
produit, une pouliche baptisée
En sa mémoire, un prix se court chaque année à Vincennes sur une distance de 2 175 mètres en attelé (groupe II) réservé aux pouliches de 2 ans.
Salvador D
En France plusieurs restaurants et cafés portent son nom.