La laiterie de l’Oiselière

Nous avons peu d’informations sur la date de création de la laiterie de l’Oiselière. Selon Emile Pubert, elle aurait été fondée entre 1910 et 1914 par la laiterie coopérative de Mareuil-sur-Lay.

L’Oiselière est un village à cheval sur deux communes : Bournezeau et Thorigny. La laiterie est implantée sur la partie du territoire de la commune de Thorigny. Cependant, sur la toile des carrioles des laitiers (photo page suivante) il est inscrit “Laiterie industrielle de Bournezeau”. Sur les boites de camembert, l’on observe également l’inscription : Fromagerie Fonné Bournezeau.

Pourquoi l’appelle t-on laiterie de Bournezeau ? Nous n’avons pas la réponse à cette question.

Nous avons aussi observé sur un site Internet, un document de 1937 et 1938, il faisait état d’une demande de construction de porcherie, il portait l’inscription : Laiterie de Thorigny-Bournezeau.


À gauche l’on aperçoit une charrette à cheval près du quai de déchargement du lait

Si la laiterie date d’avant 1914, nous ne savons rien des deux premières décennies. On observe sur le libellé de l’annuaire téléphonique de 1933, que la laiterie, qui portait le n° 16, était une annexe de la coopérative de Mareuil-sur-Lay. Cette dernière aménagea, ou réaménagea en 1934, un quai de réception et un poste d’écrémage à l’Oiselière, situé à 12 kilomètres de l’usine de Mareuil.

Pourquoi ce site fut-il choisi ? D’une part, il disposait d’un point d’eau à gros débit, de bonne qualité bactérienne, sans goût : l’idéal à l’époque pour l’implantation de laiterie grosse consommatrice d’eau pour la fabrication du beurre, des fromages, de la caséine, et le nettoyage du matériel. D’autre part, sa situation géographique était favorable, entre deux communes qui commençaient à produire du lait.

Avant la guerre 39/45, le lait était collecté par 7 à 8 laitiers. Le ramassage était fait dans des charrettes, dont la laiterie était la propriétaire. Les chevaux qui tiraient ces charrettes, appartenaient aux laitiers, qui étaient pour la plupart des petits exploitants. Leurs chevaux servaient aussi pour faire des travaux dans les champs, les vignes et pour les charrois.

Chaque laitier, avec sa charrette à cheval, faisait le ramassage du lait chez les producteurs. Il avait une tournée attitrée.  Il passait de village en village, pour remplir ses 7 bidons inox de 80 litres, puis venait dépoter le lait à la laiterie. Le lait écrémé était retourné aux producteurs pour l’alimentation de leurs cochons. La crème était livrée à la laiterie de Mareuil-sur-Lay. Plus tard, la crème  fut transformée en beurre à la laiterie de Bournezeau.

Le laitier avait l'équivalent d'un salaire mais il était considéré comme entrepreneur au service de la laiterie. Les laitiers avaient tous en plus un petit rôle; ils apportaient dans les charrettes, de chez les artisans et les commerçants, diverses choses quiétaient: des harnais, destonneaux, des grillages, des fils de fer, des chaudrons, des marmites, des sacs de chaux et ciment ainsi que du pain et parfois de la viande. A cette époque là, les gens de la campagne n'avaient pas d'autos, ils étaient contents que les laitiers leur apportent ces divers produits, et ils leur donnaient de petites récompenses. Le métier de laitier était facile aux longs et beaux jours, mais en morte saison, c'était moins agréable.

Noms de quelques laitiers avant la guerre. Il y en avait trois de Puymaufrais : Clément Pubert de la Vendrenière, né en 1890 et décédé en 1969, Ernest Auger de Champ-Chevrier et Célestin Borget du Grand-Bateau. Aristide Chauvet fut remplacé en 1936 par son frère Victor Chauvet de Bournezeau. M. Guillet de Fougeré, Joseph Galipaud de la Berdelière de Fougeré, Denis Février du Fuiteau de Chantonnay et Constant Blaineau de la Métrière de Thorigny.


Des laitiers avec leurs voitures à cheval à la laiterie vers 1938
De gauche à droite, non identifié, puis Fernand Giraudeau, Jeanne Flandrois, Victor Chauvet, Maurice Borget.

À une autre période, peut-être pendant la guerre ou un peu après, il y avait deux laitiers, Gustave Bély et Jacques Besson, qui passaient chez les producteurs avec une écrémeuse dans leur carriole. Ils faisaient l’écrémage sur place, les producteurs reprenaient le petit lait. La crème était mise en bidons, qui étaient déposés avec la sécurité de cadenas en divers points de ramassage. Ces bidons de crème étaient ensuite conduits par camionnette à la beurrerie Ravet de Puybéliard.

Vers 1943, le ramassage du lait s’est fait par camion. Quelques noms de laitiers : Maurice Coutaud, Léone Coutaud, Pierre Valeau.

Le premier directeur de la laiterie connu était M. Jean Guyonnet, il a assumé cette fonction de 1937 au 24 juin 1944, date de sa mort. Il fut remplacé par M. Lefebvre. En mai 1945, c’est Joseph Métais qui assura la direction de la laiterie. Ensuite, Joseph Malik prit le relais en 1962 jusqu'à la liquidation de la laiterie en 1978.

Avant la guerre le secrétariat était assuré par Alphonsine Remaud, pendant la guerre par Jeannine Guyonnet. Elle fut remplacée par sa sœur Madeleine Guyonnet (épouse Maratier) et plus tard par Renée Couturier (épouse Payneau) jusqu’en 1955, ensuite Annette Goudaud (épouseVeronneau) puis Marie-Annick Chupeau jusqu’en 1965. Ensuite, le secrétariat fut assuré par l’UCAL, dont le siège est à Luçon, qui venait de faire l’acquisition de la laiterie de l’Oiselière

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Découpages dans Ouest-Eclair du 10 mars 1938

En Vendée, il y avait une multitude de laiteries. Sur Internet, nous avons observé qu’il y en avait sur 65 communes. Le regroupement de ces petites unités a dû commencer après la guerre 39/45.

Nous avons vu également qu’il y avait à Bournezeau une “Laiterie de la Burcerie”, exploitée par M. Bureau, mais personne ne sait rien de cette laiterie…

En 1936, Raymond BILLIEZ, de la Rochelle, fabricant de séchoir à caséine, fit l’acquisition de la laiterie pour la mise au point de ses séchoirs à caséine. Après écrémage du lait, la crème était transformée en beurre et le lait écrémé en caséine. Cette dernière était utilisée pour le réglage des séchoirs à caséine BILLIEZ. La caséine partait aussi pour faire des manches de couteaux, des boutons et autres objets.

En 1940, la laiterie de l’Oiselière a eu un nouveau propriétaire : Fernand FONNÉ de Charleville, des Ardennes. C’était un industriel laitier propriétaire de deux laiteries-fromageries à Hirson et Moncornet dans l’Aisne. Elles fabriquaient et affinaient des maroilles qui se vendaient bien auprès des mineurs du Nord et de l’Est.

Fernand FONNÉ continuait la fabrication du beurre, mais il était aussi affineur de maroilles qu’il achetait en blanc dans les laiteries de l’Aisne pour les affiner et les conditionner dans ses caves de Charleville (Ardennes). Pour ne pas être tributaire des fluctuations de l’offre, il fit l’acquisition de la laiterie de Bournezeau pour fabriquer des maroilles. Ils étaient expédiés blancs, c'est-à-dire au bout de 2 à 4 jours de fabrication, dans des caisses en bois, par wagons SNCF. La production était de 5 000 fromages par jour, l’excédent de crème était transformé en beurre. La collecte journalière de lait était de 7.000 à 12 000 litres en pointe. En période creuse, du lait était acheté dans trois laiteries coopératives. Le sérum de la fromagerie alimentait la porcherie qui avait atteint 500 porcs, élevage et engraissement.


Le maroilles tire son nom d’un petit village du département du Nord

En 1940, suite à la destruction des caves d’affinage par les bombardements allemands à Charleville, la fabrication passa à 400 maroilles par jour, affinés à Bournezeau et vendus dans la région.

En 1942, la production était de 2 000 maroilles par jour qui étaient expédiés à Hirson.

En 1946, la Laiterie s’orienta à fabriquer des camemberts qui se consommaient bien dans l’ouest. La production fut portée à 2 000 camemberts par jour.

En 1949, Fernand FONNÉ a obtenu un contrat avec les Coopératives, ce qui fit monter la production à 5 000 camemberts par jour, et 300 coulommiers par jour.

En 1962, commença la centralisation des laiteries, les grosses unités achetaient les petites sociétés privées et associaient les coopératives pour ne former que trois grands groupes en Vendée : deux coopératives : UCAL et USVAL, et une société privée : SABOURIN. La politique était de spécialiser chaque usine dans une grosse production de produit pour être compétitif face à l’appel d’offres des centrales d’achats des grandes surfaces.


Le couvercle d’une boîte, d’un camembert spécial 50 % fabriqué à L’Oiselière,indique :
FROMAGERIE FONNE BOURNEZEAU Vendée

Fernand FONNÉ essaya de résister à la concurrence des prix du lait, mais la fuite des fournisseurs de lait l’obligea à abdiquer et à vendre sa laiterie le 1er juin 1965 à la Coopérative UCAL. Cette dernière continua la production des camemberts pour atteindre journellement, 8 500 camemberts, 500 coulommiers et 500 fromages de chèvre Sainte-Maure.

En 1976, l’UCAL fit l’acquisition d’une laiterie-fromagerie moderne dans le Maine-et-Loire, d’une capacité de production de 20 000 camemberts par jour. Puis, en septembre 1978, l’UCAL ferma la laiterie de BOURNEZEAU qui commençait à être vétuste.

En 1982, un artisan maçon installa une fabrication de cheminées qu’il installait avec les inserts.

En 1987, le même artisan maçon aménagea les bâtiments en logements locatifs

Joseph Malik et Emile Pubert

Avec le concours de Marie Chauvet, Madeleine Maratier, Renée Payneau, Josiane Martineau et Louisette Lemoullec.
- Site Internet : Maroilles fromagerie Bournezeau.