L' abbé Henri Seguin

Abbé Henri Seguin 1904-1977

Henri Seguin est né le 15 janvier 1904 à Bournezeau (Vendée) du mariage de Armand Seguin, expert géomètre et foncier et de Marie Esnard, son épouse. Il est l'aîné de deux frères et une sœur. A l'école libre de garçons il se révèle très bon élève. Par exemple, en 1913, dans la première division de la première classe, il est cinquième en Excellence, et annonce déjà ce qu 'il deviendra plus tard en obtenant les prix de Composition spéciale, de Religion, Morale et Instruction civique, d'Arithmétique ainsi que le 3ème prix d'Agriculture. En 1916, il fut admis en sixième à l'institution Richelieu, dont les classes du premier cycle étaient installées à La Roche-sur-Yon depuis l'année précédente. A la rentrée suivante, racontait-il lui-même à ses confrères, il passa directement de la sixième à la quatrième en se trompant volontairement de porte de classe, à l'insu de l'Administration et sans que ses notes scolaires aient eu à en souffrir ! De la sorte, il obtient la première partie du Baccalauréat Scientifique en 1921 et la seconde en 1922.

Une mère très pieuse, deux oncles maternels prêtres, et une sœur, qui se fera religieuse puis une Institution Catho¬lique constituaient des milieux favorables à la naissance et à la maturation de sa vocation sacerdotale. Commémorant , dans la revue du collège de janvier - mars 1967, le décès de son ami, Dom Philibert Moreau, abbé de Tournay, il a confié discrètement ce souvenir personnel : « Ceux d 'entre nous qui étaient à Richelieu lors de la guerre 14-18, n 'ont sans doute pas oublié la silhouette de ce soldat, bleu horizon, qui, sous l'escalier de la tribune, au fond de la Chapelle, dans le plus profond recueillement adorait; le Seigneur pendant que nous sortions pour nous rendre au dortoir après la prière ... Quel exemple muet ! »

En octobre 1922, il entre au grand Séminaire de Luçon. Pendant plusieurs années, il occupe ses congés d'été comme moniteur à la colonie de vacances de Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine). Il aimait beaucoup cet apostolat qui le pré¬parait à son ministère futur. Il fut ordonné prêtre à Luçon le dimanche 9 octobre 1927 par Mgr Gustave Lazare Garnier qui l'envoya à l'Université Catholique de l'Ouest à Angers pour y étudier les Mathématiques et les Sciences Naturelles.

Ayant obtenu sa licence en 1930, il est alors nommé à l'Institution qui l'avait accueilli en Sixième à la rentrée de 1916 ! Il y exercera la plus longue partie de son ministère, d'abord comme professeur, puis comme préfet de discipline et, en 1953, comme Supérieur. En 1958, à sa demande, il redevint simple professeur. En 1973, il quitte son collège et est nommé aumônier de la maison de retraite «La Smagne» Sainte-Hermine. II restera jusqu'à sa mort, à l'âge de soixante-treize ans, le 10 décembre 1977, l'année même de ses cinquante ans de sacerdoce.

Professeur attentif à fournir à ses élèves tout ce qui pouvait développer leur intérêt pour les sciences naturelles, il aimait, par exemple, les emmener au château de Beautour, pour admirer et étudier les collections de papillons rassemblées par son propriétaire Georges Durand.

Il suivit avec grande attention le progrès des constructions décidées en 1956. La vieille maison de Mirville allongeait ses ailes pour accueillir de nouveaux élèves. Quand, dans les années cinquante, pour construire de nouvelles chambres au grand Séminaire de Luçon, on avait rapatrié à la Roche les oiseaux et les herbiers du musée de l'Institution Richelieu, on les avait entreposés en hâte dans les greniers à la merci des mites et de la poussière. Le Père Seguin se réjouissait que l'agrandissement réalisé permît de loger les rescapés dans de meilleures conditions pour leur conservation. Surtout, il suivait de près l'édification de la nouvelle chapelle, faisant volontiers remarquer que sa coupole rappelait la courbure de celle du Panthéon romain.

Sa piété envers la Vierge Marie l'avait souvent conduit à Lourdes. En 1958, année du centenaire des Apparitions, c'est lui qui lança le projet d'un pèlerinage organisé par le collège lors du week-end de la Pentecôte : deux cars d'élèves, accueillis au passage, à l'Abbaye de Tournay, chez son ami Dom Philibert Moreau. Plusieurs fois, il eut la joie de « péleriner » en Terre Sainte, avec des confrères du collège.

II consacrait volontiers ses vacances à des recherches sur l'histoire de Bournezeau. il a copié à la main des pages et des pages de documents d'archives pour, ensuite, les taper à la machine ; un vrai travail de bénédictin !

Le Père Seguin aimait l'ironie. A l'instauration, en 1956, sur tous les véhicules automobiles de la vignette Ramadier pour financer le Fonds National Vieillesse, ne se proposait-il pas de verser directement le montant de sa taxe aux Petites Sœurs des Pauvres des Sables, persuadé qu'ainsi il parviendrait plus sûrement à ses destinataires ? Quand on lui demandait d'assurer un service, une surveillance, il affichait volontiers un air dés-abusé : « Faire ça ou peigner la girafe ! » ... mais s'empressait de l'assurer !

Ceux qui le connaissaient, ne s'arrêtaient pas à ses réflexions parfois abruptes. Car sous son air bougon, il cachait une immense délicatesse, une jeunesse d'âme assez extraordinaire, une curiosité ouverte à tous les domaines, en particulier le cinéma et une capacité d'admiration développée par ses études de sciences naturelles.

Il refusait les privilèges : quand, à sa demande, il avait repris modestement sa place de professeur, il était allé jusqu 'à s'offrir pour assurer, malgré son âge, des surveillances de nuit fort peu agréables devant lesquelles les jeunes renâclent facilement.

II ne recherchait pas les honneurs ; mais il a bien mérité d'être fait Chevalier dans l'Ordre des Palmes académiques pour «services rendus à l'Enseignement», le 11 avril 1961. Et dans le souvenir cordial de tous ceux qui l'ont connu comme condisciple, collègue, confrère, le Père Seguin demeure comme l'archétype des « Enfants de Richelieu » !

Jacques REVERSEAU

L’abbé Henri Seguin…    autrement


 

En dehors de ses charges de professeur et ensuite de Supérieur de l’Institution Richelieu, l’abbé  Henri Seguin aimait venir dans sa famille à Bournezeau. La route depuis la Roche s’est longtemps faite à vélo avant qu’il n’achète une “4 chevaux”.

Nous, ses neveux et nièces, l’avons connu dans cette ambiance familiale qu’il appréciait tant et partageait entre la maison de son frère Georges, l’expert, face à la cave du Moulin et la maison de son frère Joseph, l’horloger-bijoutier, place des Papillons. Le passage de l’une à l’autre était facile, à peine cent mètres les séparaient.

On le voyait souvent déambuler dans les allées du jardin, lisant son bréviaire ou égrenant son chapelet. Il  prenait le repas du midi chez l’un et le repas du soir chez l’autre, c’était une règle qui n’était transgressée qu’à l’occasion de certaines fêtes. 

Il participait à la vie religieuse de la paroisse autant que cela lui était possible. Des photos le montrent officiant lors de cérémonie de communion et on le voit présent à la Mission de 1946. (voir ci dessous)

 

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  • Ceux d’entre ses neveux qui étaient enfants de chœur se souviennent lui avoir servi la Messe quand il prenait ces «vacances», toujours tôt le matin.


  • le chapelet dans le jardin

    Marie-Thérèse Deram, une de ses nièces, fille de Georges, précise qu’il a su s’adapter à l’évolution du monde et de l’Eglise. Bien que très attaché aux traditions religieuses, il a su prendre en marche le train de la modernisation et, par exemple, dès que cela fut autorisé, il quitta la soutane pour adopter le costume civil.  (Sans doute aidé dans ce sens par sa formation de scientifique…et le fait d’évoluer dans un milieu de jeunes.) Il fut aussi l’un des acteurs principaux de l’orientation de Richelieu vers la vie moderne.

    La distinction de “chanoine honoraire” lui a été accordée en 1956, lors du centenaire de l’Institution. Après cela, certains à Bournezeau prirent l’habitude de l’appeler “M. le Chanoine”.

    De son côté, Jean Bernereau se souvient que l’abbé Seguin, lorsqu’il était présent à Bournezeau, faisait souvent le sermon à la messe du dimanche, … façon d’aider notre curé !

  • L'abbé Seguin officiant à la communion solennelle du 8 juin 1962
  • J’ai personnellement gardé de lui le souvenir d’un passionné de nature et de sciences, connaissant les noms d’une multitude d’insectes, de plantes, d’oiseaux, de papillons…

    Membre de la Société Mycologique de Vendée, il étudiait les champignons au microscope et nous faisait participer à ses observations. Je me souviens d’une séance de dissection de grenouille où il nous montrait les différents organes et le fameux réflexe du muscle de la cuisse qui bouge encore après la mort du batracien. Une journée de “grandes vacances” nous avons eu droit à la maxi- dissection d’une énorme couleuvre jaune et noire d’au moins 1,20m ou 1,30m, trouvée morte, après une traversée de route imprudente, à l’entée du chemin des “colonies” près de “l’école des gars”, en face où nous habitions.

    Il s’intéressait aussi à l’astronomie et avait une petite lunette en laiton sur pied à travers laquelle il nous faisait observer les cratères de la Lune ou les taches du Soleil.

    De façon générale il aimait transmettre son savoir et ses élèves de Richelieu appréciaient ce professeur attentif à ce qu’ils acquièrent non seulement les connaissances de l’esprit mais aussi de grandes qualités d’âme. Ceux-ci en témoignaient au travers des remerciements de fin d’année qu’il avait précieusement conservés. Témoignages aussi par de nombreux courriers d’anciens élèves, retrouvés dans ses dossiers. Il fut le trésorier de l’Association depuis au moins les années 50  jusqu’à son décès et par là en était le lien.

    Entre les années 50 et 60, il ajoute, à son activité d’enseignant et de responsable d’établissement, des recherches historiques sur Bournezeau. Il va entreprendre un travail énorme et fastidieux. Ceux qui connaissent les recherches en archives savent ce que cela peut représenter !  Il va explorer les archives paroissiales et municipales de Bournezeau, les archives de l’évêché à Luçon, les archives départementales à la Roche-sur-Yon. Il ira jusqu’à celles de la Rochelle et a aussi puisé aux archives de Poitiers.

    Cela représente de multiples déplacements, des heures, des jours à compulser, trier, classer ce qui peut être intéressant ou anecdotique, recopier manuellement sur place et ensuite tout retranscrire à la machine à écrire. A l’époque, pas d’ordinateur ni d’archives sur internet !  « Un vrai travail de bénédictin » commente l’abbé Reverseau.

    La santé de l’abbé Henri avait été énormément affectée en raison d’un grave accident de la route près de Montélimar en 1960, au retour d’un pèlerinage en Terre Sainte. Atteint à la colonne vertébrale et hospitalisé à Lyon, il s’en est fallu de peu qu’il ne reste paralysé. Après de longs mois sa ténacité lui permit de retrouver l’usage de ses jambes. Par la suite les séquelles de cet accident le fatigueront de façon permanente.

    En 1973, il a soixante neuf ans et ne se sent plus en mesure d’assumer pour la rentrée de septembre les cours d’encore une année scolaire. Cependant il ne veut être en charge pour personne et désire continuer à être utile. Les autorités religieuses lui permettent alors de  poursuivre son sacerdoce en tant qu’aumônier à la maison de retraite La Smagne de Ste-Hermine. Dévoué à ses nouvelles ouailles, il fut là aussi apprécié de tous, jusqu’à son décès en 1977.  Il avait 73 ans.

    Tout son travail en archives, de l’ordre de 200  pages dactylographiées, concernant l’histoire de Bournezeau, faillit alors disparaître : vieux papiers destinés à être brûlés après le déménagement de son bureau de Ste Hermine. Le hasard m’a permis de récupérer à temps l’ensemble du dossier original. Il fallu alors, après déchiffrage, classer ces documents et les rassembler par rubriques en onze cahiers (voir liste). Une tentative de mise en pages sur ordinateur a été entreprise par un membre de la Commission Histoire mais n’a pas abouti : arrêt après 4 cahiers sur 11.

    Ces onze cahiers sont une œuvre majeure sur l’Histoire de Bournezeau et ce travail mérite d’être respecté

    .  Liste des 11 cahiers :

     1 - Premiers documents sur l’histoire de Bournezeau de1092 à 1788

     2 - Bournezeau sous la Révolution. De 1784 à 1824

     3 - Délibérations du Conseil Municipal et arrêtés de 1827 à 1922

     4 - Extraits d’archives municipales. De 1838 à 1921

     5 - Divers et variétés d’évènements. De 1832 à 1922

     6 - Diverses chroniques d’avant la nouvelle église de 1705 à 1865

     7 - Ancienne église de 1832 à 1875

     8 - Documents du Conseil de Fabrique. De 1668 à 1958

     9 - Nouvelle église et clocher de 1877 à 1958

    10 - Extraits du dossier Bournezeau à l’évêché de Luçon. De 1834 à 1933

    11 - Extraits des registres paroissiaux de Bournezeau. De 1680 à 1803

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  • L’abbé Seguin aux côtés du Dr.Bastard lors d’une fête champêtre

        Dans ses dernières années, un de ses plus grands plaisirs fut de réunir  tous ses neveux et nièces avec épouses, époux et enfants, pour un repas convivial en 1974. Sa famille et chacun d’entre nous avons gardé de lui un souvenir différent en fonction de nos sensibilités, mais toujours empreint d’admiration et de respect



  • De nombreux articles déjà parus dans Au Fil du Temps font référence aux recherches de l’abbé Henri Seguin. Cependant quelques articles ont traité des sujets qu’il a été le premier à explorer avec l’oubli qu’il en soit fait mention.

     

    Avec l’accord de la famille              André  Seguin