Autrefois la vie à  la campagne, l'hiver

L’activité déclinait avec l’arrivée des frimas (le froid). Les provisions pour les animaux (le foin, les betteraves) étaient rentrées. Restait la nourriture fraîche, choux et choux-raves, qu’il fallait chercher tous les deux ou trois jours, ou stocker provisoirement pendant plusieurs jours en cas de prévisions de gelées. L’attelage de bœufs convenait bien pour tirer la lourde charrette en bois dont les roues cerclées en fer s’enfonçaient jusqu’au fond du labour, quand les terrains étaient gorgés d’eau au début de l’hiver.

Le débroussaillage des parcelles était souvent le premier travail du début de l’hiver. Les ronces et les épineux qui avaient repoussé l’année précédente, devaient être coupés pour favoriser les bonnes repousses au printemps. A l’aide d’une faucille munie d’un long manche, les bords des haies étaient fauchés et les épines mises en tas pour être brûlées après un léger dessèchement.

Autrefois, les anciens utilisaient la faucille et des protections en cuir pour ne pas se blesser. Des fagots de fournille étaient réalisés, essentiellement des ronces. Utilisés pour une flambée rapide dans la cheminée, ils pouvaient aussi être vendus au boulanger. C’était le moyen de chauffer le four à pains, avant l’électricité.

Ensuite l’activité principale concernait le bois et occupait une bonne partie de l’hiver. Avant l’arrivée du gaz butane, il en fallait beaucoup durant toute une année. C’était la seule énergie pour le chauffage de la maison et la cuisson de la nourriture. La cheminée était utilisée, plus ou moins, tout au long de l’année. Autrefois, le bois constituait une matière importante dans la vie d’une famille. La pratique du métayage ou les baux de fermage prévoyaient que les arbres dits têtards (chênes surtout, mais aussi les frênes dans les zones humides) seraient abattus tous les neuf ans. Dans les usages locaux, il était écrit que les arbres en devenir et les arbres de hautes futaies seraient préservés et resteraient dans la propriété foncière. Seuls les arbres morts, sans valeur, pouvaient être utilisés en bûches de fond de cheminée.

Les protections en cuir pour faire la fournille

Très rapidement venait le temps de l’abattage du bois, selon la lunaison (en vieille lune, donc le quartier est à gauche sur le calendrier). Cette tradition enseignait (sans preuve) que la repousse des chênes têtards ou des frênes se faisait mieux ainsi et que le risque de non repousse des troncs était moins important. Des fagots étaient faits avec ce bois d’abattage dit “d’émonde”. C’est donc une accumulation de jeunes pousses qu’il fallait travailler à la serpe, avant de les lier avec des “rôtes”, jeunes tiges tressées à une extrémité pour réaliser une boucle. Celles-ci étaient faites avec des repousses d’osier, de chênes, éventuellement de frênes, suffisamment souples pour pouvoir supporter la torsion sans se briser.

L’habitat était fait habituellement de deux grandes pièces, la cuisine et la chambre. Celle-ci était meublée d’une manière pratique, de manière à loger beaucoup de monde. Deux ou trois lits de coin étaient disposés aux angles de la pièce, se

lon l’importance de la famille, l’accès se faisant assez difficilement seulement sur un côté. Généralement, une table et quelques chaises occupaient le milieu de la pièce. Les armoires de famille, souvent transmises depuis des générations, étaient disposées contre les murs. Tous les effets personnels, linge et habits, ainsi que les souvenirs y étaient soigneusement rangés.

Le mode de vie était plutôt végétarien avec les légumes du jardin et les choux, les cœurs de ceux distribués aux animaux (les bichottes) qui presque tous les jours de l’hiver, étaient au menu. Le soir, la cuisson se faisait au coin de la cheminée, quelquefois avec un morceau de lard qui donnait de la consistance et en relevait le goût. Des heures durant, le pot grésillait sous la pression de la vapeur, les femmes donnant un coup de soufflet, de temps en temps, sur les braises pour activer le feu…Pour la potée, une viande bien grasse était appréciée. Il fallait des calories quand l’hiver était rigoureux… Le bouillon servait à faire la soupe qui se mangeait aux trois quarts de l’année…Le pain rassis était alors utilisé. Rien ne se perdait, surtout pas le pain qui avait le caractère de nourriture noble, servi à chaque repas. Avoir du pain était considéré comme l’assurance de ne plus avoir faim. Les surplus de légumes étaient stérilisés dans des bocaux en verre hermétiquement fermés.

La marmite était le plus souvent suspendue à la crémaillère, au milieu de la cheminée. Elle était utilisée toute l’année pour la cuisson des aliments, avant l’arrivée du gaz butane.

Le surnom des vendéens “ventres à choux” désignait bien les habitudes alimentaires des gens du pays… Ils en consommaient sous d’autres formes (choux-pommes, choux-raves, choux-fleurs, choux de bruxelles, etc). On sait maintenant que les choux ont des qualités nutritionnelles insoupçonnées à l’époque (apport d’oligoéléments, notamment de soufre), ce qui expliquait la bonne santé, en général, de la population. Le médecin était appelé seulement en cas de grave maladie, il n’y avait pas ou peu d’assurances maladie.

La vie passait lentement au rythme des saisons. Les rencontres se faisaient principalement dans le voisinage et à la foire. L’hiver, c’étaient les veillées, les parties de cartes. Les nouvelles circulaient beaucoup. Les journées de travail étaient très longues, surtout en été. Plus que la rentabilité, aléatoire à l’époque, le travail bien fait était recherché. C’était un moyen de la valorisation de la personne. L’autorité patriarcale était le plus souvent respectée

C’était le bon vieux temps

Joseph BONNET