Situé à l’écart des principaux axes de communication de la commune, le logis de la Girardière ne se laisse pas découvrir si facilement. On ne peut guère l’apercevoir de la petite route qui dessert les villages de Venochon et de la Perrochère. Le logis et le parc n’apparaissent qu’après avoir suivi une allée d’arbres sur près de 200 mètres. Depuis quand existe-t-il un logis en ce lieu ? Quelle est son histoire et celle de ses différents propriétaires ?
Les traces de la construction originelle d’un logis sur la
terre ou fief de la Girardière se perdent dans les profondeurs de
l’histoire.
En revanche, nous savons que le seigneur de la Girardière,
dans les années 1360, se nommait Guillaume d’Appelvoisin. Nous ne savons
pas si un logis avait été construit dès cette époque.
Vers 1450, Heliette d’Appelvoisin, dame de la Girardière,
épousa Pierre de Maligne. Leurs héritiers vendirent la terre de la
Girardière, vers 1520, à Jacques Pyniot et son épouse Catherine Boscher.
Dès lors, elle resta la possession de cette famille pendant plus de 300
ans !
Le premier Pyniot connu s’appelait Pierre. Il était le père de Jacques Pyniot. Cette famille était de petite noblesse bas-poitevine puisqu’elle avait le titre d’écuyer, titre de noblesse le moins important. Ce Pierre Pyniot était sieur (ou seigneur) de la Chapelle-Pyniot à la Roche-sur-Yon. Il était archer dans la garnison de Tiffauges à la fin du XVème siècle.
Probablement dans la 2ème moitié du 16ème siècle,
les Pyniot se convertirent au Protestantisme comme de nombreuses familles
nobles de la région.
Ainsi, Moïse Pyniot, frère de Etienne Pyniot (époux de Renée
Guillemin), fut l’un des plus vaillants chefs de bande protestants du
Bas-Poitou durant les guerres de religion.
La révocation de l’Edit de Nantes imposée par Louis XIV en
1685, obligea l’ensemble des Protestants à faire un choix délicat :
abjurer sous la contrainte, refuser la conversion malgré les risques ou
s’exiler.
Un des petits-fils d’Etienne Pyniot, Louis Pyniot, seigneur
de la Largère, fut mis en prison pendant plusieurs années à la fin du
XVIIème siècle, parce qu’il était « l’un des gentilhommes du
Bas-Poitou qui donnaient les plus grandes preuves d’attachement à leur
foi. ».
La branche de la Girardière était également protestante.
Contrairement à son cousin germain Louis, Etienne Pyniot,
chevalier-seigneur de la Girardière et époux de Marie Gourdeau, abjura sa
religion le 2 décembre 1685 dans l’église de Bournezeau, en présence du
Comte de Montfort capitaine de dragons. Or les dragonnades étaient les
persécutions dirigées contre les protestants. Ceux-ci étaient pillés et
maltraités par les soldats du roi jusqu'à ce qu'ils abjurent. Nous pouvons
donc raisonnablement penser qu’Etienne fut forcé d’abjurer. Sa servante,
Anne Blanchard, abjura le 31 décembre 1685 à Saint-Vincent-Fort-du-Lay, et
sa femme le 16 janvier 1686 au logis de la Girardière.
Acte d’abjuration de Marie Gourdeau, épouse Pyniot
(registre paroissial de Bournezeau, année 1686)
Selon Maurice Bedon, dans son Histoire du canton de
Chantonnay, Pierre Pyniot et son épouse Françoise Mauclerc auraient
remplacé l’habitation primitive pour une nouvelle gentilhommière au milieu
du 17ème siècle.
Leur fils, Etienne Pyniot, décéda le 19 février 1696 à Augé
(79). Les 28 et 29 mai 1696, sa femme, Marie Gourdeau, entreprit alors
l’inventaire des biens de son mari avec l’aide du notaire de Bournezeau,
Jean Loyau. Nous avons ainsi une description du logis de la
Girardière : au 1er étage 1 chambre qui donnait sur le salon ;
au-dessus du salon, 1 petite chambre appelée “Estié” ou “Egnent” ; 4
autres chambres à l’étage et 1 grenier ; en-dessous du grenier un
office qui donnait dans la cuisine, puis dans la buanderie ; un
cellier et une boulangerie ; 1 basse-cour ; 1 grange avec 2 grands
bœufs roux, 1 taureau de 2 à 3 ans de poil châtain et 1 autre taureau de 1
à 2 ans, 1 vache de poil rouge avec son veau et 1 petite chèvre de 2 à 3
ans ; 1 écurie avec 1 jument de poil roux.
Le 17 avril 1696, Henry Philémon Pyniot, fils d’Etienne et
de Marie Gourdeau, afferma son logis à Gilles Fradet, sieur de la Guechie.
Ce dernier prit « possession de la maison de la
Girardière » le 21 juillet suivant. Un nouvel état des lieux
était alors fait par le notaire Loyau :
« Premièrement nous sommes entrés dans la cour dudit logis et
considéré le portail qui est à l’entrée auquel il ne manque aucune chose
sinon un loquet et de là avons visité la principale porte et entrée dudit
logis laquelle est assez bonne (…) et sommes entrés dans la 1ère chambre
qui sert de salon (…) »
Dès le 1er juillet 1696, Fradet avait lui-même affermé à des métayers de Bournezeau la métairie de la Porte du Logis de la Girardière. C’est l’unique fois qu’apparaît ce nom de métairie dans les archives. Il s’agit probablement de la partie nord du logis, à usage agricole et qui aurait servi de logement aux métayers (partie A sur le plan page 9).
Ces documents nous apprennent donc que les Pyniot ne vivaient pas toujours à la Girardière : Etienne décéda à Augé, son petit-fils Etienne-Henry à Saint-Hilaire-le-Vouhis en 1753 et son arrière-petit-fils, Abraham-Issac aux Herbiers en 1779. Maurice Bedon ajoute : « Le logis de la Girardière cessa d’être occupé pendant cette 2ème moitié du 18ème siècle. En effet, les registres paroissiaux de Bournezeau ne portent plus mention d’événements familiaux concernant les Pyniot à partir de 1769. »
Cependant, les Pyniot conservèrent leurs droits et leurs obligations féodaux sur leur terre de la Girardière vis-à-vis du seigneur de Bournezeau, la famille de Creil. Nous le savons grâce à l’aveu rendu au duc de la Trémouille par la duchesse de Beauvillier, fille du marquis de Creil-Bournezeau, le 13 juillet 1763 (voir l’article sur Le vieux château de Bournezeau, Au fil du temps n° 13) :
« Le seigneur Pyniot de la Girardière, sur ses fiefs et domaines dudit lieu de la Girardière, nous doit 48 boisseaux d’avoine (…) Item, est notre homme de foi, par hommage lige et à devoir de rachat, le cas advenant, et outre à 3 sols 4 deniers de service annuel, Abraham-Isaac Pyniot, chevalier, seigneur de la Girardière, pour raison de sa maison noble et fief de la Girardière (…) Item, est encore notre homme de foi, par hommage lige et à devoir de rachat, le cas advenant, ledit Seigneur Pyniot de la Girardière, pour raison de son fief de la Tendronnière avec ses appartenances et dépendances. »
L’aveu indique qu’il possédait également des domaines au village de Villeneuve pour lequel il devait, avec d’autres propriétaires, 45 boisseaux d’avoine et au village de la Barre-Mulot pour lequel il devait, toujours avec d’autres propriétaires, 53 boisseaux d’avoine. Il faut ajouter la métairie de Venochon comme l’atteste un acte notarié de 1698.
Dans les années 1790, la Giradière est habitée par Jacques Teillet. Lors du baptême de son fils à Bournezeau en 1790, il est qualifié de « capitaine des grenadiers de la milice nationale ». Occupait-il le logis en tant que fermier des Pyniot ? Nous l’ignorons mais c’est probable. Les Pyniot devaient vivre à cette époque aux Herbiers.
Etait-il Républicain ou bien insurgé vendéen lors de la guerre de Vendée ? Jacques Bardé, prisonnier vendéen originaire de Saint-Vincent-Fort-du-Lay, déclara le 24 mai 1793 lors de son interrogatoire :
« Interrogé pourquoi il aurait jeté son fusil à l’approche de la force armée, a déclaré qu’il ne l’avait pas fait, qu’il l’aurait prêté à Jacques Biret du Pont-Guérin, ci-devant domestique du citoyen Teillet de la Girardière, paroisse de Bournezeau, qui était menacé d’être tué de la part de Baudry. »
Baudry d’Asson était un chef vendéen à Bournezeau. La déclaration est ambiguë : était-ce Teillet qui était menacé ou bien son domestique ? Ce n’est pas clair. Cela étant, ce dernier aurait pu prendre une arme pour défendre son maître. Il semblerait donc que Teillet fut plutôt républicain.
Le logis de la Girardière n’aurait pas souffert du passage de la colonne infernale commandée par Bardou, le 29 mars 1794. Cette dernière passa à proximité puisqu’elle incendia le Plessis, Foliet et la Briolière, avant d’incendier une partie de Bournezeau.
En 1793, Marie Marguerite Sophie Pyniot et son époux,
Mathieu Bousseau qui exerçait la fonction d’avoué près le tribunal de
Niort, habitaient dans cette ville. En 1799, ils vivaient à la Girardière.
Nous savons, grâce à un acte notarié de 1808 passé devant Choyau, notaire
de Bournezeau, que leur habitation aux Herbiers avait été incendiée
pendant la guerre de Vendée. Cela pourrait être la raison de leur retour
au logis de la Girardière.
Par la suite, Marie Marguerite Sophie Pyniot le vendit en 1842 à un
dénommé qui fit, selon Maurice Bedon, « plusieurs transformations à
l’ancienne gentilhommière vers 1850 pour lui donner son aspect actuel. Il
fit édifier en particulier l’aile des cuisines, le couloir intérieur et la
nouvelle toiture. »
M. Pasqueront de Fontinervaux eut trois filles. A chaque naissance, il
avait planté dans le parc un pin parasol. Ces 3 pins n’ont pas résisté à
la tempête de décembre 1999. Une de ses filles vendit le logis le 4
septembre 1873 à Augustin Frédéric Pichard de la Caillère. Sa
petite-fille, Antoinette Pichard de la Caillère, en hérita. Elle avait
épousé Louis Blanpain de Saint-Mars
Le logis de la Girardière a été considérablement remanié au 19ème siècle
comme la toiture et la petite aile à droite qui a remplacé une aile plus
longue (voir plan de 1825, partie B). A l’intérieur, un escalier en
granit peut être daté du 17ème siècle.
Leur fille, Agnès Blanpain, épousa Jacques de Châtillon. Ils
eurent une fille, Marie-Thérèse de Châtillon, qui épousa le colonel Guy
Bohineust, ancien maire de Bournezeau. Ce sont les actuels propriétaires
de la Girardière.
En 1940, une quarantaine de réfugiés des Ardennes purent
loger dans le logis alors inoccupé.
- En juillet 2013 nous avons publié dans Au fil du temps n°16
un article sur l’histoire du logis de la Girardière. Nous avions indiqué
alors que « le logis de la Girardière n’aurait pas souffert du
passage de la colonne infernale commandée par BARDOU, le 29 mars 1794.
Cette dernière passa à proximité puisqu’elle incendia le Plessis, Foliet
et la Briolière, avant d’incendier une partie de Bournezeau. »
- Or l’étude récente des actes de successions nous donne des
informations intéressantes qui infirment notre hypothèse. En effet, un
acte du 29 août 1806 nous apprend premièrement que « la
maison de la Girardière » appartenait alors à Clair PYNIOT.
L’intérêt principal de ce document est qu’il nous donne une deuxième information très importante. Il indique que « la maison de la Girardière » a été en partie brûlée.
Il est le fils d’Abraham Isaac Léon PYNIOT, seigneur de la Girardière, et
de Marie Anne GUYARD. Sa sœur est Marie Marguerite Sophie PYNIOT qui a
épousé en 1792 à Sainte-Gemme-la-Plaine, Mathieu BOUSSEAU.
- Il est né le 12 août 1771 aux Herbiers. Il semble qu’il ait
embrassé très tôt la carrière militaire et qu’il soit officier avant la
Révolution. Favorable à l’Ancien régime, il émigre.
-
- Dans le but de relancer le soulèvement de l’ouest de la France, à savoir la Vendée militaire et les chouans bretons, une expédition militaire est organisée par les émigrés royalistes en juin 1795. Le 27 juin, ils débarquent avec l’aide britannique sur les plages de Carnac. Parmi eux se trouve Clair PYNIOT. Ils sont repoussés par les armées républicaines et doivent se réfugier sur la presqu’île de Quiberon. Le 21 juillet 1795 les Républicains donnent l’assaut : c’est une déroute totale pour les émigrés dont nombreux sont faits prisonniers, puis fusillés. Clair PYNIOT est fusillé le 30 ou 31 juillet 1795.
- Nous pouvons supposer que l’origine de l’incendie provient du passage de la colonne infernale du 29 mars 1794. Ajoutons que Pierre Philippe BOUSSEAU, son beau-frère et héritier du logis, bénéficia d’une aide financière de 400 francs pour la reconstruction d’une maison à Bournezeau sans qu’il soit précisé s’il s’agit de la Girardière ou non. Cette aide a été accordée par Napoléon pour reconstruire les maisons incendiées lors de la guerre civile (Archives de Vendée sur le site internet : côte AN F13/1822-9 à 14).