La famille Millard, réfugiée des Ardennes

Dans le n°4, de juillet 2007, un article était consacré aux réfugiés en 1940. En novembre 2012, Ginette Casanova a découvert le site de la Commission histoire de Bournezeau. Elle a eu la surprise de se voir sur une photo avec sa grand’mère. Cette photo n’était pas dans la revue “Au Fil du Temps” parce qu’elle est postérieure à la période du séjour à Bournezeau, mais elle avait été rajoutée sur le site. Elle a pris contact avec la Commission histoire et c’est l’occasion pour nous de présenter l’histoire de cette famille et de son passage à Bournezeau.


En 1946, Cécile Millart et ses deux petites filles, Ginette est à droite.

1 - L’accueil à Bournezeau en 1940

On ne sait pas précisément quand les réfugiés sont arrivés à Bournezeau. les premiers sont peut-être arrivés fin mai, mais les ardennais sont arrivés après, plutôt vers la fin juin 1940. La municipalité avait organisé une réunion à la Girardière pour répartir les réfugiés dans les familles de Bournezeau. La famille Esgonnière s’était portée volontaire pour accueillir une famille. Elle était présente à cette réunion. Elle a été retenue pour accueillir la famille Millart, car elle disposait d’une écurie pour loger les chevaux.

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En effet, la famille Millard composée de Cécile 54 ans et sa fille Paulette 17 ans, était venue des Ardennes avec trois chevaux : deux attelés pour tirer la carriole, l’autre attaché à l’arrière.

Cécile et Paulette ont vécu quatre ans au Thibeuf. Pour vivre, elles faisaient un peu de tout. Elles produisaient leurs légumes chez les fermiers des alentours. En échange elles donnaient des coups de main à l’exploitant. Paulette travaillait souvent à la Poupardière chez la famille Gilbert.


Paulette Millart, vers 1942/43 à la Poupardière, conduisant une charrette de fumier avec quatre bœufs.

Peu de temps après leur arrivée, un des trois chevaux a été vendu. Les deux autres s’appelaient Poulette et Mouton.

Poulette a été confiée à la famille Bregeon de la ferme du Thibeuf.

Mouton, solide cheval Ardennais, a été prêté au boulanger Gaston GIRAUDEAU. Pour cause de pénurie d’essence, il avait dû, en effet, transformer sa camionnette de livraison de pain, pour la faire tirer par ce cheval. (Voir croquis de la dernière page Au fil du temps de janvier 2011)

Gaston GIRAUDEAU et Mouton ont assuré ensemble la livraison de pain dans les villages pendant 4 ans. D’innombrables anecdotes se racontent concernant Mouton qui, en fin de tournée, retournait la camionnette à bon port, avec ou sans le patron fatigué.

Une anecdote, parmi d’autres, racontée par son fils Henri:
Un jour, sa tournée de pain se terminait à la Borelière. Un client l’invite à sa cave. Gaston n’attache pas son cheval, mais pour l’empêcher de partir, il bloque la roue avec une chaine. La conversation doit se prolonger et la consommation aussi, car le cheval “Mouton”, impatient, décide de partir seul, sans le patron. Il est revenu dans le bourg en tirant la carriole malgré la roue bloquée. Le forgeron Alexandre Marot à dû recharger la partie métallique de la roue, usée par les gravillons de la route 


Voici le cheval “Mouton” attelé sur la voiture qui servait à la livraison de pain.
De gauche à droite : Alexandre Marot, Eugène Piffeteau, Yvon Savary.

2 - Retour dans les Ardennes

La famille est repartie dans les Ardennes vers le 10 octobre 1944 avec ses deux chevaux. La famille était venue à deux, Cécile et Paulette. André Vrignaud retourne avec la famille dont il fait maintenant partie. Ce parcours d’environ 700 km aurait duré 40 jours.

Trois certificats permettaient à la famille Millart de se présenter aux autorités locales lors de leur retour vers les Ardennes : Les deux premiers de la mairie retranscrits et le 3ème des Services Agricoles

1- Certificat de la commune de Bournezeau

Nous soussigné, maire de la commune de Bournezeau, certifions que madame Millart et sa famille réfugiées à Bournezeau rentrent dans leur commune de CHAUMONT-PORCIEN (Ardennes) et que nous avons qu’à nous louer des services rendus par elles.
Fait à Bournezeau le 5 octobre 1944
Signature de l’adjoint au maire

2-Certificat du maire de Bournezeau

Je soussigné maire de Bournezeau, certifie que la famille >Millard, réfugiée des Ardennes, habite notre commune depuis plus de 4 ans, qu’elle a mérité par son attitude et sa conduite, l’estime de toute la population. Je la recommande à vos obligés pour faciliter son retour.
Signé : Le maire Louis Joguet

Ce courrier n’est pas daté

3- Copie du certificat des Services Agricoles

3 - Quelques informations sur la famille MILLART

Cécile MILLART, née Croizon, est née le 23 mai 1887 à Adon (Ardennes). Elle est décédée le 5 octobre 1964 à Chaumont-Porcien dans les Ardennes. Elle s’est mariée avec Domitil MILLART,le 27 novembre 1909 à Adon (Ardennes).

Domitil Millard

Il est né le 8 juin 1881 à Justine-Herbigny. Ils ont eu 2 enfants Edouard né en 1912 et Paulette née en 1923. Domitil est décédé avant la guerre, le 15 mars 1937 à l’âge de 56 ans.

Paulette MILLART, leur fille, est née le 5 avril 1923 à Doumely Bégny, dans les Ardennes. Elle s’est mariée le 9 décembre 1944 dans les Ardennes, avec André VRIGNAUD. Ils ont eu 3 enfants nés dans les Ardennes.: 2 filles jumelles en janvier 1945, Jeannine et Ginette (mariée avec Casanova), Paul né en 1948.

André Vrignaud en 1946 (25 ans)

André VRIGNAUD, (le père de Ginette Casanova) est né aux Epesses en 1921, il a perdu sa mère à l’âge de 4 ans. Il a alors été élevé par sa tante Augustine VRIGNAUD, qui habitait la Bécasse de Bournezeau, (près de l’Etang route de Chantonnay).

Il était mécanicien au garage Delbarre, près de l’hôtel du Cheval Blanc.

Augustine VRIGNAUD est née le 25 juillet 1888 à Saint-Mesmin, elle est décédée en 1969 à la Bécasse. Augustine VRIGNAUD était l’épouse de Pierre GABORIEAU né le 21 mars 1889 à Pouzauges. Il a été garde-barrière à Bournezeau. Il est décédé à la Bécasse le 1er mars 1949.

Paulette MILLART et André VRIGNAUD sont revenus passer quelques jours à Bournezeau avec leurs enfants, en août 1965, puis en 1968. Ils sont décédés tous les deux dans la commune de Cheval-Blanc dans le Vaucluse : André en 1987 et Paulette le 5 octobre 1990.

André Vrignaud en 1960 (39 ans)

Ginette VRIGNAUD, fille d’André et Paulette Millart, est née le 29 janvier 1945 dans les Ardennes. Elle s’est mariée avec M. Casanova. Elle est maintenant veuve, et habite à Robion dans le Vaucluse.

Henriette BOURDET de la Bécasse, née en 1939, est arrivée à Bournezeau en 1949. Elle a également été élevée par Augustine Vrignaud

4 - Rencontre avec Ginette Casanova


De g à d Anne-Marie Renaudin, Ginette Casanova et Marie-Odile Herbreteau, devant la maison de la Poupardière

Après la découverte de sa photo, Ginette CASANOVA s’est empressée de prendre contact avec la mairie de Bournezeau, puis avec la Commission histoire. Lors des nombreux échanges de courriers par Internet, elle nous a adressé des photos de sa famille et nous avons convenu d’une date de rencontre avec la Commission histoire : le 12 juillet 2013.

Elle est donc venue en Vendée dans sa famille, aux Epesses, du 8 au 20 juillet 2013, consacrant 2 jours à Bournezeau : les 11 et 12 juillet.

Le jeudi 11 juillet, accompagnée de Henri Rousseau, Marie-Odile GILBERT(épouse Herbreteau et Anne-Marie BRETAUD (épouse Renaudin), (Marie-Odile et Anne-Marie avaient déjà rencontré Ginette en 1965), Ginette CASANOVA a repéré le Thibeuf, lieu où ont vécu sa mère et sa grand’mère. Elle a été reçue par Renée ESGONNIERE, qui a fait visiter le château et ses annexes. Elle a vu le bâtiment où résidait sa famille.


De gauche à droite : Anne-Marie Renaudin Ginette Casanova, Renée Esgonnière, Marie Odile Herbreteau, au Thibeuf à côté de l’écurie côté château

Ecurie du Thibeuf côté gîte, Le cheval “Mouton” logeait dans l’écurie, 1ère porte à gauche. Cécile et Paulette Millart habitaient à l’étage, 1ère fenêtre à droite.

Auparavant, Ginette CASANOVA a vu le village de la Poupardière où sa mère travaillait pendant la guerre. Après la visite du Thibeuf, elle a visité différents lieux que ses parents ont bien connus : La Bécasse, l’ex garage Delbarre, l’église, l’école Saint-André, etc. Puis, la visite s’est terminée au cimetière sur la tombe de la famille Esgonnière, où Paulette MILLART avait offert une plaque, au décès de Jeanne ESGONNIERE, la maman de Renée.

Le 12 juillet, Chez Maryse Moriceau, au Moulin de la Cave, Ginette CASANOVA a rencontré la Commission histoire. Elle nous a parlé de la vie de sa mère et sa grand-mère à Bournezeau. Elle a écouté les membres de la Commission. Ce dialogue sur les souvenirs de la famille Millart nous a enrichis mutuellement.

Sa famille a beaucoup côtoyé la famille GILBERT du village de la Poupardière.

A l’issue de cette rencontre, Ginette CASANOVA a tenu à remercier Mme ESGONNIERE, les familles BREGEON et GILBERT, Mr le Maire et les membres de la Commission histoire. Elle s’est dit très touchée de l’accueil qui lui a été réservé. Elle gardera un excellent souvenir de son passage à Bournezeau, où elle a découvert une page d’histoire de ses parents et sa grand-mère.

Après la réunion, Ginette CASANOVA est allée visiter la salle d’exposition de photos et documents de Jean Bernereau. Elle a découvert des photos concernant sa famille.


La Commission histoire avec Ginette Casanova, 9ème à partir de la gauche.

Depuis son retour chez elle, elle nous a adressé un courrier pour remercier à nouveau la Commission pour son accueil. Elle dit « avoir passé deux journées très agréables remplies de joie, de bonheur et de merveilleux souvenirs ». Cette rencontre lui a donné l’envie de revenir sur les lieux.

Henri Rousseau