La pluviométrie à Bournezeau depuis 60 ans


    

 À propos du temps : froid, chaleur, pluie, sécheresse, que de fois n'avons-nous pas entendu des remarques telles que : - Astur le temps est complètement déglingué. – Y’a pu de saisons.  - On voyé pas tchu aut’foué. - Olé pu comm’ dans l’temps. Ces remarques sont dites par des anciens qui ont un peu de recul et quelques références, mais aussi par des jeunes qui en ont moins. Si on remonte le temps, on constate que les caprices de la nature ne datent pas de notre siècle.


    

 1 – Excès climatiques anciens


    

 1803 : En consultant les Archives Départementales, on découvre un texte sur le temps, qui a été écrit lors d'une forte sécheresse, en 1803. L'auteur s'exprime avec le ton de l'époque. Je vous le transcris en l'état et vous laisse le soin de le méditer : « L’an XI de la République Française, l'été fut fort long, la chaleur extrême, l'ardente canicule voit les rayons brûlants dépouiller la verdure des prairies et des champs. Le pasteur demande en pleurant quelques soultes d'ondes claires pour pouvoir abreuver les troupeaux faibles et maigres; la terre asséchée força alors les humains à regretter le bon vieux temps où jadis le matin, une rosée lumineuse humectait la nature, conservant aux mortels le fruit de leur culture ».

Remontons encore dans les siècles passés

1788/1789 : L'hiver fut très rigoureux. Le baromètre descendit 2 degrés et demi plus bas que le mémorable hiver 1709. Le froid commença vers la mi-novembre 1788 et finit au 14 janvier 1789. Par deux reprises, il tomba un verglas fort épais qui couvrit la terre près de quatre semaines et empêcha toute circulation de denrées, tout commerce. Les moulins à eau s'arrêtèrent et tout genre de travail fut suspendu. Beaucoup de personnes périrent de froid. Puis, les pluies interdirent les emblavures. La période fut très difficile pour les paysans.

1785 et 1786 : Très grande sécheresse. Le bétail mourut. La situation économique était difficile pour les paysans : les revenus baissèrent, les indigents se multiplièrent.

1709 : L'hiver fut terrible pour toute l'Europe. À partir du 5 janvier, gelée intense sans discontinuer pendant 18 jours, puis dégel de 10 jours et regel pendant un mois. Du 4 février au 3 mars chutes de neige abondantes et gelées profondes. La Manche était gelée et la Méditerranée en partie. Les blés étaient gelés. Le vin gelait dans les tonneaux et les faisait éclater. Les hôpitaux ne pouvaient faire face. Un peu partout, les gens mouraient dans les maisons et les bêtes dans les écuries. A Mareuil-sur-Lay, les décès se comptaient à plusieurs par jour.

1701 : L'hiver fut très rigoureux. Les rivières gelèrent. Les blés aussi. La vie fut difficile et ne s’améliora qu'après 1709.

1670 : Une grande inondation le 26 novembre à Mareuil-sur-Lay.

1663 : Avril-mai, grandes pluies et inondations. Les ponts de la rivière “La Vendée” à Fontenay furent emportés. Les bêtes des prés-marais se noyèrent.

1626 : Hiver et printemps très agités. Il ne s'est pas passé un seul jour sans tonnerre, orage, impétuosités de vents et de pluies. Beaucoup de pluies ? Une malignité de maladie si vivace, incorrigible et indomptable ?.

1608 : L'hiver fut particulièrement rigoureux. Givre et glas tout le printemps, pas de fruits.? Les plus vieux n'avaient jamais vu ça ?.

1456 : En décembre, les inondations furent très importantes.

1414-15 : Très grandes inondations. 1362-63 : L'hiver a été marqué par 3 mois de gel ininterrompu.

1349-50-51 : De très fortes pluies, sur 3 années consécutives, ont compromis les récoltes.

1332 : Il y eut de graves inondations.

1329 : Cette année fut marquée par les intempéries, les moissons n'ont pu se faire qu'après le 15 août et les vendanges à la Toussaint. Le climat des derniers siècles du Moyen-âge a été marqué par une série d'accidents météorologiques importants : hivers rigoureux, inondations catastrophiques, ou étés pourris. « La nature est imprévisible, elle nous dépasse complètement. Sachons l'apprécier quand elle nous est favorable ».

Ces informations ont été recueillies dans deux ouvrages :"La Vendée des origines à nos jours" et "Calamités au pays de Luçon dans les temps anciens".

Comme vous pouvez le constater, nous ne sommes pas les premiers à subir ces revers météorologiques exceptionnels. Ils sont sans doute, depuis toujours, des événements naturels de notre planète. Mais depuis quelques années, ces excès climatiques : inondations, sècheresses, grands froids et grande chaleurs, reviennent plus fréquemment. C’est sans doute la conséquence du réchauffement climatique.

2 – D’autres records de pluie

À Bournezeau

 En 1778, le curé de Puymaufrais, Charles Guénif du Frenne, a fait diverses annotations. À la fin du registre paroissial, on relève celle-ci : (Voir Au fil du temps n°7)

« Le 25 novembre 1770. La rivière du Lay fut si grande qu’elle emporta tous les moulins à eau du lay : Le Berg, Poïlfeu, la Place, la Rochette, Trizay, Esnard, la Limouzinière, Lanté, Piaux. L’eau commença à augmenter le dimanche au soir et les moulins furent emportés le lundi à 3 et 4 heures de l’après-midi. La rivière monta jusqu’à la barrière du Grand Pré de la Grande Métairie de Puymaufrais. Personne ne périt dans les paroisses de : Puymaufrais, de St Vincent, de la Réorthe, de la Vineuse, du Simon, de Ste Hermine ».


Trois niveaux de crues fixés sur ce coin de mur.

Nous avons cherché ou se situait cette barrière du Grand-Pré. Nous l’avons localisée, à 300 mètres de la salle du Bout du monde. La question a été posée à Maximin Liaigre qui a été longtemps fermier de la Grande Métairie : « À quel niveau de crue se situait le Lay, lors de la grande inondation de 1960, par rapport à la barrière du Grand Pré ?» Maximin a répondu que le niveau était à environ un mètre plus bas. Cette appréciation est sans doute approximative, mais néanmoins, elle révèle une différence importante du niveau. Ce qui veut dire que la crue de 1770, était un mètre plus haute que celle de 1960, qui était déjà énorme. Dans ces conditions, on comprend pourquoi l’inondation de 1770 a été si destructrice.

On ne peut quantifier la pluviométrie de cette époque, car il n’y avait pas encore de pluviomètre en Vendée, mais elle devait être impressionnante pour arriver à un tel niveau de crue. Sur le bord du Lay, au lieu-dit le Moulin-aux- Draps, situé à 300 mètres de l’Abbaye de Trizay, sur la commune de Sainte-Hermine, deux niveaux de crue ont été marqué au ciment sur un mur.  En 1961, il y avait 50 cm d’eau dans la maison de Camille Planchet, située à quelques pas de ce coin de mur. Le 4 novembre 1960, on observait 1,40 m. Le niveau de crue de 1770, reporté sur ce coin de mur, aurait approché les 2,40 mètres d’eau dans la maison.


Camille Planchet et ses voisines lors d’une autre crue, le 30 septembre 1999, avec environ 30 cm d’eau dans la rue.

En Vendée :

Le record de pluie journalier, fut constaté par Météo-France de la Roche-sur-Yon, à l’Ile d’Yeu, le 6 août 1951 avec 94 mm. Ce record fut égalé le 6 juillet 2001 à la Mothe-Achard. Le même jour, il tomba 30 mm à Bournezeau.

En France

Le plus vieux record de pluie journalier connu de Météo-France date du 9 octobre 1827 à “Joyeuses” petite localité Ardéchoise, où il est tombé 792 mm d’eau, presqu’autant qu’à Bournezeau en un an. Ce record fut à nouveau battu le 18 octobre 1940 à “La-Liau” lieu-dit de la commune de “Le-Tech” dans les Pyrénées Orientales, où il est tombé 840 mm en 24 heures.

Dans le Monde

Ces records de pluie journalière en France nous impressionnent, mais ils sont loin du record mondial. En effet, à Cilaos, au centre de l’île de la Réunion, l’on a relevé une pluviométrie de 1 870 mm (1,87 m) tombée en 24 heures : c’est un chiffre effrayant ! Un déluge !

Ce regard sur l’extérieur relativise un peu notre jugement sur nos excès pluviométriques. Il nous invite à apprécier la chance que nous avons de vivre à Bournezeau.

3 - Le pluviomètre

En France

En 1670(1), un docteur du nom de “Marin” eut le premier l’idée de mesurer les hauteurs de pluie après chaque passage pluvieux. Puis dès 1674, les pluviomètres se sont multipliés en région parisienne, et les premières moyennes de hauteur de pluie furent calculées. “Météo-France” mis en place en 1994 avait remplacé “La Météorologie Nationale” installée en 1945.

En Vendée

En Vendée(2), le 1er pluviomètre fut placé à St Maurice le Girard en 1779 : il n’a fonctionné que 5 ans.

Le 2ème à Bouin en 1863 : il s’arrêta en 1915.

Le 3ème a été mis en place à Chantonnay le 1er janvier 1865. Il fonctionne toujours. C’est le plus ancien poste de Vendée.

Le 4ème poste fut placé à la Roche-sur-Yon le 1er Août 1865. Son fonctionnement prit fin en 1930. Ce poste a redémarré en 1984 aux Ajoncs de la Roche-sur-Yon, lors de la mise en place d’une structure départementale de la Météorologie Nationale. Cette station est la plus complète du département.

Avant 1984, les postes pluviométriques vendéens étaient gérés par Rennes ou Nantes.

Actuellement, on constate que sur 23 postes installés en Vendée avant 1900, il n’en reste plus que 7. Entre 1900 et 2000, 43 avaient été mis en place : Beaucoup de ces postes ont disparu.

En 2015,  en Vendée on compte 29 postes pluviométriques dont 18 relevent aussi la température. Dans quelques postes, les relevés pluviométriques se font automatiquement, mais la grande majorité est tenue par des observateurs bénévoles, légèrement indemnisés, sous le contrôle de la station de Météo-France aux Ajoncs de La-Roche-sur-Yon.

À Bournezeau

Nous disposons désormais d’une référence locale sur la pluviométrie. Nous avons en effet les relevés pluviométriques, sur 60 années, du 1er janvier 1955 au 31 décembre 2014. Ces relevés ont été effectués à Chantonnay pendant 21 ans, et ensuite durant 39 ans à Bournezeau (20 ans à Pont Guérin et 19 ans rue des Acacias). Avec tous ces relevés journaliers (jours de pluie) depuis 60 ans, nous avons pu extraire des informations, et nous pouvons maintenant diffuser quelques résultats.


Un millimètre d’eau signifie qu’il est tombé un litre d’eau par m2 soit 10 m3/ha

L’ensemble de ces données nous donne des repères. Ce sont des références qui nous invitent à revoir notre jugement sur les excès climatiques, qui apparaissent quelquefois comme du jamais vu, alors qu’on a vécu pire il y a quelques décennies, voire même quelques années. L’homme oublie vite les mauvais moments.

(1) Selon l’Ouvrage “La Météo Questions de Temps” de René Chaboud
      (2) Selon des documents fournis par Météo-France des Ajoncs de La Roche-sur-Yon

4 - La pluviométrie des 60 dernières années à Bournezeau

Des années très pluvieuses apparaissent :

1960 : 1086 mm. Le 3 novembre 1960, on relève 66 mm de pluie dans notre secteur. Les terres étaient déjà gorgées d’eau, puisqu’il était tombé 305 mm en septembre et octobre. Elles ont provoqué de grandes inondations. Le petit Lay avait atteint un niveau de crue quasiment jamais égalé depuis.

   1994 : 1092mm -
          1999 :
1151 mm -
          2000 :1013mm

Le mercredi 10 mai 2000, la rue du bourg de Saint-Vincent-Puymaufrais était transformée en rivière. Suite à un orage, 60 mm sont tombés en une heure, sur le bourg et en amont du bourg. Dans le même temps on comptait seulement 19mm à Pont-Guérin. Quand la pluviométrie est de caractère orageux, il est fréquent de voir des différences importantes dans une même commune.

2001 : 1090 mm -
       2002 :
1022 mm

Et plus récemment, encore trois années au dessus de un mètre d’eau ! :

2012 : 1055mm -
       2013 :
1058 mm -
       2014 :
1240 mm.

En 2014, il n’y a pas eu de record journalier, mais ce fut quand même, depuis 60 ans, l’année la plus pluvieuse avec 1240mm, malgré le mois de décembre en dessous de la moyenne. Un record de pluie depuis 60 ans a aussi été battu en 2014, dans le mois de février avec 230 mm.

L'augmentation de la pluviométrie est due au 4ème trimestre

Depuis 20 ans, on observe une augmentation de la pluviométrie. Cette évolution se manifeste surtout au 4ème trimestre (graphique ci-dessus). L'évolution n'est pas sensible sur les trois premiers trimestres.

Au 1er trimestre, pas de grande sécheresse. Mais deux années de forte pluviométrie ont dépassé les 400mm : 2001 (426mm) et 2014 (492mm)

Au 2ème trimestre, la quantité de pluie est assez régulière, entre 100 et 200mm. Cependant, en 1983, on observe une forte pluviométrie de 390mm. Remarquons aussi deux fortes sécheresses en 1976 aves 23mm et en 1982 avec 59mm.

Au 3ème trimestre, on remarque quatre années sèches : 1964 (65 mm) - 1986 (56 mm) - 1989 (52 mm) et 1990 (58 mm) et deux années humides : 1965 (333 mm) et 1999 (365 mm)

Au 4ème trimestre, on observe l’augmentation nette des quantités de pluie. Les trois années les plus arrosées ont été : 1960 (563 mm) - 1999 (564 mm) et 2012 (519 mm). La moyenne du trimestre qui était 239 mm entre 1955 et 1964 passe à 336 mm entre 2005 et 2014.

La pluviométrie moyenne annuelle sur 50 ans fin 2004 était de 792 mm. Sur 60 ans, fin 2014, elle est passée à 811 mm.

Le samedi 25 juin 1983, dans le bourg de Bournezeau, sur le secteur du Chêne-Bertin et Villeneuve, 60 mm de pluie sont tombés en quelques heures. Ces eaux, drainées par la Doulaie envahirent le bourg de Bournezeau et la rue du centre fut inondée.


L’inondation de la rue du Centre en 1983

Pluviométrie mensuelle depuis 60 ans

Les mini et maxi sont entourés pour chaque mois. La pluviométrie moyenne annuelle sur 60 ans est de 811 mm.

Relevés de quelques excès climatiques

Les 10 années les plus pluvieuses :

Les 10 années les plus sèches :

Les 3 plus fortes pluviométries sur 3 années consécutives avec la moyenne annuelle :

2012 - 2013 - 2014 = 1118 mm
      1999 - 2000 - 2001 = 1084 mm
      1959 - 1960 - 1961 = 917 mm

Les 3 plus faibles pluviométries sur 3 années consécutives avec la moyenne annuelle :

1989 – 1990 – 1991 = 626 mm
      1962 – 1963 – 1964 = 627 mm
      1955 – 1956 – 1957 = 633 mm

Pluviométrie à Bournezeau : mini, maxi et moyenne de chaque mois, sur 60 années de 1955 à 2014

Henri Rousseau