Alcide Léon Henri B
Alcide a effectué son service militaire du 14 novembre 1901 au 23
septembre 1905 (presque 4 ans !) au 6ème régiment du Génie à Angers,
affectation habituelle pour un charpentier. Il s’est marié le 9 mai 1910
avec Eugénie P
Mobilisé le 3 Aout pour Angers 6e Génie., Départ de Puymaufrais à 8 heures du matin avec la valise en main, pour prendre le train à la Gare de Ste.Hermine à 9 heures. Départ de St-Hermine à 9 heures ¼ pour arriver à Angers à 11 heures ½ du soir. Couché dans la gare d’Angers jusqu’à 3 heures. Je pars pour le quartier Eblé, ou je rentre à 7 heures après avoir pris un bon café. Affecté à la compagnie 12/13 où je retrouve mes anciens camarades.
Nous restons à Angers jusqu’au 13 août. De là, départ pour Paris
où nous débarquons à la gare d’Ivry le 14 à 10 heures du matin. De là, on
nous emmène dans le bois de Vincennes pour nous reposer un peu et prendre
notre repas. On nous donne un repas froid et nous restons là jusqu’à 2
heures. À 2 heures, départ pour Gonesse, distant de 20 kilomètres. Nous
passons un peu dans Paris. Il fait très chaud. Enfin nous arrivons à
Gonesse à 11 heures du soir beaucoup fatigués, où nous restons jusqu’au
23. Le 23 au matin, départ pour St-Denis pour faire une manœuvre de
pontage sur la Seine. Nous restons une journée.
Le 24, retour à Gonesse jusqu’à 11 heures du soir, embarqué dans le
train à destination d’Arras Pas-de-Calais arrivé le 25 à 10 heures du
matin. Départ le 26 à 2 heures du matin pour Doué où on arrive à 11 heures
du matin. Départ à 8 heures du soir pour arriver au Cantonnement à 11
heures. Départ le lendemain 27 à 6 heures pour arriver à Morchie à 3
heures du soir d’où nous entendons les premiers coups de Canon après avoir
attrapé un orage très fort dont nous étions trempés jusqu’à la peau.
Tout l’après-midi, la 63ème division de réserve, dont l’on fait
partie, se bat avec les allemands. Elle subit un échec complet n’étant pas
en nombre suffisant
Et le soldat raconte une première fois la bataille, mais il la
reprend plus loin avec plus de détails.
Oui, je me souviendrai toujours de cette journée. La journée du 27
[août] étant [celle] où nous partions pour le front de la guerre par un
temps sombre, où un épais brouillard nous empêchait de voir à 100 mètres
devant nous. Quatre par quatre, nous avancions tout de même vers l’ennemi.
Tout à coup, à un détour de chemin, auprès d’un petit bois, une détonation
retentit. C’est l’ennemi qui est proche. Puis voilà les balles à pleuvoir
sur nous comme par un temps de grêle.
Nous nous réfugions le long d’un talus un peu à l’abri des balles.
Là, couchés de tout de notre long, nous restons près d’une demi-heure et
alors le feu cesse. Le capitaine se lève et nous crie
« Debout ». Et un bond, tout le [monde] est en place. Alors le
cri de « En avant » se fait entendre. Avançons encore. Nous
voilà partis pas à pas, arrêtant de temps à autre pour voir et entendre.
Mais rien n’apparait. Un ennemi caché foudroyant nous attend encore plus
près. On arrive à un grand bois. Nous nous arrêtons. Encore un arrêt très
court …
Le feu ennemi recommençant à nous mitrailler de tout coté, nous
sommes pour ainsi dire à bout touchant. Tous, nous nous sauvons dans le
bois à l’abri du feu. Rien à faire, [nous] ne voyons pas l’ennemi ;
là, nous attendons un moment. Voilà l’artillerie française qui arrive et
se met en batterie, mais les obus allemand commencent déjà à pleuvoir.
Nous autres, nous partons courbés en deux, fusil à la main dans une étable
que nous apercevons dans le fond d’une prairie. L’artillerie tire quelques
obus, mais bientôt, elle est détruite par les feux allemands en nombre dix
fois plus fort que nous. Les artilleurs presque tous morts, les pièces
sont prises d’assaut.
Alors, c’est la déroute complète pour nous. Sous une pluie de
balles, tout le reste vivants, nous fuyons. Sous ce feu formidable, des
soldats tombant de tout coté, on ne voit que morts et blessés sur un
parcours de 20 kilomètres à la ronde. Nos camarades de combat tombent à
côté de nous, mais ce n’est pas le moment de leur porter secours : il
faut fuir au plus vite pour échapper à la mort qui nous attend à chaque
instant. Enfin nous arrivons dans une vallée un peu à l’abri des balles.
Là, nous ralentissons l’allure car nous sommes fatigués. Nous prenons un
petit chemin creux, bordé de grand chevet de terre qui nous abrite de
l’ennemi pour nous diriger vers un petit village appelé Bertincourt. Mais
les allemands détournent leur tir et voilà les obus qui recommencent à
tomber, tuant, blessant brisant nos voitures de leur morceaux d’avoir
lancés de tous côtés. Bientôt, le chemin est obturé par les morts et les
blessés et débris de toute sorte.
Enfin, les survivants de cette grande attaque arrivent au village
que les obus menacent de mettre en ruine. Là, plus morts que vifs, nous
attendons le feu à cesser, cachés dans les écuries et les maisons, les
habitants étant déménagés. Le feu cesse, mais les soldats allemands
arrivent au village et nous ne pouvons nous sauver. Nous sommes faits
prisonniers. De cette journée de malheur nous sommes 10 000
prisonniers et peut être bien 15 000 de morts. C’était un spectacle
affreux à voir, nous prisonniers conduits baïonnette au canon, traversant
le champ de bataille parmi tous ces camarades morts et blessés. Je me
souviendrai toujours de cette journée de défaite où tant de braves cœurs
ont trouvé la mort.
Tout le reste de l’après midi on nous fait enterrer nos camarades,
morts au champ d’honneur
Le soir venu on nous emmène dans un bourg appelé Lailly Laillyselle
où nous restons 3 jours sans presque toucher à manger. De là, nous sommes
conduits à Cambrai où on nous garde enfermés dans une usine pendant 15
jours. Nous sommes un peu mieux, car nous avons un peu à manger : un
quart de café le matin, un quart de bouillon le midi, un quart de café le
soir et une livre de pain par jour. Nous ne voulons pas attraper
l’indigestion. Heureusement que le travail n’est pas dur. En fait rien,
toutes les journées se passent enfermés à l’ombre.
Nous partons de Cambrai le 11 Septembre pour arriver au camp de
l’Haus-spital près de Munster province de Westphalie, Allemagne, le 13
septembre, après 3 jours et 2 nuits passés dans le train. Nous avons
traversé toute la Belgique car nous passions par Valenciennes, Charleroi,
Namur. Partout nous ne voyons que ruine et désolation. Les maisons brulées
et démolies. Les ponts sont coupés. Enfin, c’est la guerre qui a passé par
là.
Au camp de l’Haus-spital nous sommes un peu mieux car la nourriture est
un peu plus abondante, et nous avons plus de liberté car nous pouvons nous
promener. Nous sommes environ 18 mille prisonniers ensemble. Il faut bien
des bouchées de pain.
Nous avons été obligés de nous construire des maisons pour nous
coucher. On s’est débrouillés chacun à sa manière. Avec un peu de paille,
ça marche. Mais nous ne dormons pas beaucoup car le froid commence pas mal
à se faire sentir. Le pays n’est pas si chaud que chez nous.
Le 24 septembre une dépêche nous apprend que Reims est en feu, que
la Cathédrale est démolie par les Allemands et beaucoup de Français faits
prisonniers. Le Lendemain on apprend que 1 million d’Allemands sont cernés
dans la plaine de Châlons par 3 millions de Français et d’Anglais, que
l’on vient de faire 120 mille prisonniers Allemands que les armées de
l’Est débordent de partout, et que les Russes sont à Berlin. On nous dit
aussi que les Autrichiens, les alliés de l’Allemagne, demandent la paix à
tout prix, qu’ils sont fatigués de se battre. Eh bien, nous autres aussi,
nous désirons la paix. Nous l’attendons avec impatience. La délibération
sera bien acceptée par nous tous, car tous nous voulons retourner auprès
de notre petite famille, embrasser notre femme et nos enfants pour ceux
qu’en ont, et rester auprès d’eux le restant de nos jours.
Fait le 26 Septembre à L’Haus-spital
On se regarde
Tous les jours nous ne manquons pas de visite. Les habitants de
Munster ne nous oublient pas. Ils viennent souvent nous voir de loin, car
ils ne peuvent pas approcher par rapport au barrage. Ils rigolent de nous
autres, de nous avoir enfermés. Mais nous, de notre côté, nous en faisons
autant car ils ne sont pas très beaux. Ils ont tous des cheveux jaunes,
pas de barbe ou presque guère. Les femmes, de leur coté, sont toutes
jaunes aussi tout à fait, guère de noir. Et nous autres qu’on n’est pas
rasés, nous avons des barbes énormes. cela les amuse. Nous, de notre côté,
nos barbes ne nous font pas de peine pour partir. On ne cherche pas
beaucoup à plaire en pensant le plus souvent à sa famille.
C’est la fuite qu’il nous faut, que nous attendons avec
impatience, la paix à signer et notre départ de suite pour la France.
Revoir notre cher pays, retrouver nos vrais amis et nos vrais camarades de
campagne. L’on se retrouvera sans doute jamais tous car il va y avoir beau
nombre d’absents, de restés là-bas au champ d’honneur. Retrouver aussi nos
femmes et nos enfants qui nous attendent depuis longtemps déjà et revoir
cette bonne table de famille où je sens déjà l’odeur de la bonne soupe
fumante qui m’attend et où je revois aussi ma femme assise à mes cotés et
mes deux petits enfants, en train de faire le repas du soir en jasant et
en chantant, et nous autres deux, rigoler de les voir faire. Que le temps
est long lorsqu’on est éloigné de sa famille. À bientôt.
B
Penser au retour permettait sans doute au prisonnier d’espérer. Il était
entièrement tendu vers l’avenir et le retour. Au recensement de 1911,
Alcide, patron charpentier habitait seul avec son épouse. Léon logeait
chez Louis A
Si je viens à avoir la maison de chez nous, pour loger ma mère,
elle logera en la cuisine d’aujourd’hui et je nous ferai une cuisine au
bout de notre chambre à coucher, où que ma mère met son vin, avec deux
vitraux et une ouverture vitrée qui donnera dans la chambre. De cette
manière, nous ne mangerons pas ensemble.
Si je viens à avoir un pressoir, le mettre au-dessus de la rentrée
de la cave qui se trouvera en dessous de la porte qui rentre de la maison
à l’atelier, et avec un tuyau qui va dans la cave aujourd’hui, et je
ferais brancher.
Au dessus de l’atelier d’aujourd’hui, sur les deux agniers (sans
doute ânier = maîtresse poutre), mettre mes planches de longueur en sapin.
Pour la chèvre que je voulais arranger, le faire de manière à
pouvoir l’allonger par le bois pour faire 7m50 et sans les allonges, la
faire pour charger les arbres
La maison que nous sommes vaudrait bien mieux car elle n’est pas si
prise pour les voisins. Si elle ne se vend pas trop cher, attendre avant
de faire le partage. Nous trouverons bien quelqu’un pour nous prêter de
l’argent car étant chez ma mère tous ensemble cela marchera pas, même pour
les repas. Attendre pour partager
Souillarde et un évier en dessous. Et le renfermer au carré à
partir de la marche la plus reculée jusqu'à la porte que le ferais ouvrir
dans le hangar qui fera serre bois. Mettre la lessiveuse derrière la porte
et faire un petit toit à poules et à lapins dans l'autre coin ainsi que
des cabinets qui se videraient avec une baille.
Pour la chambre à coucher, faire un plancher en chêne avec des lames de parquet.
Faire une petite cheminée au pignon de manière à faire la
languette en dehors du mur pour que la chambre soit plus propre.
Et faire une petite chambre en haut pour Léon pour mettre ses
meubles.
Le lit de ma mère sera mieux dans la cuisine en dessous de
l'escalier. Nous autres, seuls dans la chambre, nous serons mieux. Faire
la souillarde dans l'atelier d'aujourd'hui, derrière la porte et la
lessiveuse plus loin.
Pour le hangar, et l'atelier, mettre l'égout de la manière la moins
couteuse chez L
Chambre à coucher en bas, faire la cloison jusqu'à la porte
d'entrée, et le reste pour faire la cuisine. Faire une cave en dessous de
la chambre de manière à loger tout le vin avec entrée sous le hangar qui
fait atelier aujourd'hui et qui servira de serre-bois et pour mettre un
pressoir. Mettre l'escalier dans la cuisine avec des marches à tourner et
faire un petit palier, renfermé assez de manière à donner de la hauteur
pour faire une
Pour le hangar, il faut mieux faire à mon premier plan tel que
l'autre mettre l'égout chez Morteau pour avoir plus de hauteur pour mettre
le bois et ce sera plus serviable.
Plus tard, si je venais à avoir la maison, je ferais la chambre à
coucher en bas plus grande, à venir jusqu'à la porte d'entrée. Le reste
servira de cuisine. Avec une petite souillarde dans le coin où est le lit
à ma mère et une porte qui rentrerait dans l'atelier que je laisserai à la
même place. Mettre l'escalier à donner dans la cuisine et en pente dans la
chambre et en dessous de l'escalier dans la chambre à coucher, renfermer
pour faire un cabinet de toilette et mettre le linge sale. En bout de
l'atelier, faire le cellier et boucher la porte d'aujourd'hui et mettre le
bois de chauffage sous le hangar que je veux arranger avec la hauteur, ce
sera plus commode.
Sous le hangar, mettre l'égout sur L
En passant à Sainte-Hermine prendre de la viande, un rôti,
et de quoi faire une soupe, … et du vermicelle.
Faire une soupe grasse au vermicelle que j’aime très bien
Menu en arrivant : Crème à la vanille
Poule à la mayonnaise qu’il y a quelques jours qui me fait envie et
canard rôti.
Faire une bonne soupe à la poule ou la viande
Menu en arrivant : Prendre un chocolat si j’arrive le matin
Soupe à la poule ou vermicelle
… à la mayonnaise que j’aime bien ,Canard rôti
Dessert : crème à la vanille faire un petit gâteau
… au rhum qui me fait envie.
Vin bouché café et pousse café
Prendre un chocolat et au lit en attendant le repas.
Ne pas oublier de boucher du vin de 1914, la terrible année de
guerre. Il doit être à peu près bon. Je ferais un bon casier à bouteille
de quoi à n’en mettre de 100 à 150. Boucher du cidre s’il en reste.
En arrivant, si j’arrive le matin, prendre un bon chocolat et au
lit. Si j’arrive le soir, manger et prendre un bon café et prendre une
douche.
Il me faut aussi une pipe en bois que je demanderais à la
Ricottière : une pour le dimanche et une pour la semaine
Si l'ouvrage presse pas trop, faire mon échelle à coulisse et
défoncer les Noues Pourries pour les planter en Noa et Otello.
Pour aller à Commequiers, il faut que ce soit dans la semaine que
j'arriverai, mais surtout tâche de rester le dimanche à la maison par
rapport aux clients que j'aurais grand besoin de voir pour commencer à
travailler. Écrire à Commequiers en arrivant. Partir dès le matin pour
pouvoir arrêter à la Roche-sur-Yon pour habiller Titi un petit complet
d'hiver et une petite pèlerine ou un petit camail faisant pèlerine.
Et moi prendre mon fusil dont je pense toujours, et des cartouches.
Le plus commode pour mon fusil serait peut-être de le prendre à la
Roche-sur-Yon en passant pour aller à Commequiers ; Comme les trains
sont dérangés, l'argent envoyé pourrait peut-être se perdre et comme cela
je pourrais choisir car c'est une succursale de St-Étienne, les mêmes
articles. Et en même temps nous achèterions un complet à Titi à la
Roche-sur-Yon et nous dirions que c'est son parrain qui l'a acheté. Aller
à Commequiers avant de commencer le travail car après pas parler de
débaucher.
Le fusil 2 bis très pratique pour le gibier grande portée et très
fort calibre 16. Pour les poissons gros plombs une quinzaine de grains
seulement, et un tube pour les petits oiseaux au calibre de la mesure du
canon. Prix 60 F. Percussion centrale. Faire venir des cartouches
ensemble. Les carabines pliantes sont trop faibles pour le gibier et la
portée trop petite. Le fusil simple démontable est de beaucoup plus
pratique c'est celui qu'il me faut : 2 bis.
Faire un morceau de sapin creux pour mettre le canon, marquer le
morceau au centimètre comme une règle de 1m20 et une boite pour mettre la
crosse, avec la scie égoïne à côté comme ça on passe sans être aperçu et
avoir un paletot de velours avec poche exprès pour les lapins de la
Landrière. Petit tube pour les merles, faire venir de suite.
Pas plutôt mon fusil arrivé nous irons voir le père P
Arranger ma bicyclette pour monter Titi avec moi, mettre deux
tringles et un siège de la selle à la fourche
Une table de toilette pour mettre à la fenêtre de la souillarde,
la garnir de zinc, avec porte plat en-dessous, tuyau en plomb passant
en-dessous de l'appui en pierre. Au rebord du zinc, faire un boudin.
Arranger la table de la maison pour mettre mes livres. Aux deux
pièces, faire un tambour de chaque côté. Fermant à clé.
Acheter une toile pour mettre devant la porte de derrière faire une
petite tente pour mettre la cour à l'abri de 3m 5m avec beaucoup d'égout.
Faire passer la rigole d'eau plus loin à aller sur la route pour faire le
passage plus large.
Irène LIAIGRE rapporte le témoignage de son père Clément F
Ses voisins se souviennent que lorsqu’il rentrait du travail avec
un verre de trop, il passait discrètement par les jardins. Mais ils
entendaient tous l’accueil que lui faisait “la maraîchine”, car il était
un peu sourd.