Alcide BRILLOUET dans la Grande Guerre


  Alcide Léon Henri BRILLOUET est né à Saint-Vincent-Puymaufrais le 22 mars 1883. Quand il passa le conseil de révision en 1903, sa mère, Ernestine LAURENT était veuve. Son oncle Ernest LAURENT était charpentier avec son père Léon décédé le 24 janvier 1903. Il avait aussi perdu deux sœurs, Léontine, décédée à 18 ans le 4 juin 1899 et Marie morte le 22 décembre 1901 à 14 ans. Sa sœur Émilienne est née en 1894. Son frère Léon, né en 1896, a fait la guerre dans l’artillerie lourde du 8 avril 1915 au 23 septembre 1919.


  Alcide a effectué son service militaire du 14 novembre 1901 au 23 septembre 1905 (presque 4 ans !) au 6ème régiment du Génie à Angers, affectation habituelle pour un charpentier. Il s’est marié le 9 mai 1910 avec Eugénie PELLETIER qui était de Commequiers. Tout le monde l’appelait Octavie, son troisième prénom, ou Tavie et souvent “la maraîchine”. Quand il a été rappelé en 1914, il avait deux enfants : Alcide, né en 1911 et Léontine, née au mois d’avril et dont il parle dans son carnet (avec le surnom Titi). Dans ce carnet, il raconte sa guerre, sa captivité, comme s’il écrivait à sa femme ou prenait des notes pour lui-même. Mais on y trouve aussi des chansons, des poèmes et un monologue.


Commencement de la campagne depuis la mobilisation pour la compagnie 12/13 du 6e Génie

  Mobilisé le 3 Aout pour Angers 6e Génie., Départ de Puymaufrais à 8 heures du matin avec la valise en main, pour prendre le train à la Gare de Ste.Hermine à 9 heures. Départ de St-Hermine à 9 heures ¼ pour arriver à Angers à 11 heures ½ du soir. Couché dans la gare d’Angers jusqu’à 3 heures. Je pars pour le quartier Eblé, ou je rentre à 7 heures après avoir pris un bon café. Affecté à la compagnie 12/13 où je retrouve mes anciens camarades.

Portrait en studio à Angers

  Nous restons à Angers jusqu’au 13 août. De là, départ pour Paris où nous débarquons à la gare d’Ivry le 14 à 10 heures du matin. De là, on nous emmène dans le bois de Vincennes pour nous reposer un peu et prendre notre repas. On nous donne un repas froid et nous restons là jusqu’à 2 heures. À 2 heures, départ pour Gonesse, distant de 20 kilomètres. Nous passons un peu dans Paris. Il fait très chaud. Enfin nous arrivons à Gonesse à 11 heures du soir beaucoup fatigués, où nous restons jusqu’au 23. Le 23 au matin, départ pour St-Denis pour faire une manœuvre de pontage sur la Seine. Nous restons une journée.
  Le 24, retour à Gonesse jusqu’à 11 heures du soir, embarqué dans le train à destination d’Arras Pas-de-Calais arrivé le 25 à 10 heures du matin. Départ le 26 à 2 heures du matin pour Doué où on arrive à 11 heures du matin. Départ à 8 heures du soir pour arriver au Cantonnement à 11 heures. Départ le lendemain 27 à 6 heures pour arriver à Morchie à 3 heures du soir d’où nous entendons les premiers coups de Canon après avoir attrapé un orage très fort dont nous étions trempés jusqu’à la peau.
  Tout l’après-midi, la 63ème division de réserve, dont l’on fait partie, se bat avec les allemands. Elle subit un échec complet n’étant pas en nombre suffisant

  Fait le 26 Septembre à L’Haus-spital


  Et le soldat raconte une première fois la bataille, mais il la reprend plus loin avec plus de détails.

  Souvenir de la journée de la guerre à Véronne

  Oui, je me souviendrai toujours de cette journée. La journée du 27 [août] étant [celle] où nous partions pour le front de la guerre par un temps sombre, où un épais brouillard nous empêchait de voir à 100 mètres devant nous. Quatre par quatre, nous avancions tout de même vers l’ennemi. Tout à coup, à un détour de chemin, auprès d’un petit bois, une détonation retentit. C’est l’ennemi qui est proche. Puis voilà les balles à pleuvoir sur nous comme par un temps de grêle.
  Nous nous réfugions le long d’un talus un peu à l’abri des balles. Là, couchés de tout de notre long, nous restons près d’une demi-heure et alors le feu cesse. Le capitaine se lève et nous crie « Debout ». Et un bond, tout le [monde] est en place. Alors le cri de « En avant » se fait entendre. Avançons encore. Nous voilà partis pas à pas, arrêtant de temps à autre pour voir et entendre. Mais rien n’apparait. Un ennemi caché foudroyant nous attend encore plus près. On arrive à un grand bois. Nous nous arrêtons. Encore un arrêt très court …
  Le feu ennemi recommençant à nous mitrailler de tout coté, nous sommes pour ainsi dire à bout touchant. Tous, nous nous sauvons dans le bois à l’abri du feu. Rien à faire, [nous] ne voyons pas l’ennemi ; là, nous attendons un moment. Voilà l’artillerie française qui arrive et se met en batterie, mais les obus allemand commencent déjà à pleuvoir. Nous autres, nous partons courbés en deux, fusil à la main dans une étable que nous apercevons dans le fond d’une prairie. L’artillerie tire quelques obus, mais bientôt, elle est détruite par les feux allemands en nombre dix fois plus fort que nous. Les artilleurs presque tous morts, les pièces sont prises d’assaut.
  Alors, c’est la déroute complète pour nous. Sous une pluie de balles, tout le reste vivants, nous fuyons. Sous ce feu formidable, des soldats tombant de tout coté, on ne voit que morts et blessés sur un parcours de 20 kilomètres à la ronde. Nos camarades de combat tombent à côté de nous, mais ce n’est pas le moment de leur porter secours : il faut fuir au plus vite pour échapper à la mort qui nous attend à chaque instant. Enfin nous arrivons dans une vallée un peu à l’abri des balles. Là, nous ralentissons l’allure car nous sommes fatigués. Nous prenons un petit chemin creux, bordé de grand chevet de terre qui nous abrite de l’ennemi pour nous diriger vers un petit village appelé Bertincourt. Mais les allemands détournent leur tir et voilà les obus qui recommencent à tomber, tuant, blessant brisant nos voitures de leur morceaux d’avoir lancés de tous côtés. Bientôt, le chemin est obturé par les morts et les blessés et débris de toute sorte.
  Enfin, les survivants de cette grande attaque arrivent au village que les obus menacent de mettre en ruine. Là, plus morts que vifs, nous attendons le feu à cesser, cachés dans les écuries et les maisons, les habitants étant déménagés. Le feu cesse, mais les soldats allemands arrivent au village et nous ne pouvons nous sauver. Nous sommes faits prisonniers. De cette journée de malheur nous sommes 10 000 prisonniers et peut être bien 15 000 de morts. C’était un spectacle affreux à voir, nous prisonniers conduits baïonnette au canon, traversant le champ de bataille parmi tous ces camarades morts et blessés. Je me souviendrai toujours de cette journée de défaite où tant de braves cœurs ont trouvé la mort.

  Fait à Munster le 1 octobre

  Voyage

  Tout le reste de l’après midi on nous fait enterrer nos camarades, morts au champ d’honneur
  Le soir venu on nous emmène dans un bourg appelé Lailly Laillyselle où nous restons 3 jours sans presque toucher à manger. De là, nous sommes conduits à Cambrai où on nous garde enfermés dans une usine pendant 15 jours. Nous sommes un peu mieux, car nous avons un peu à manger : un quart de café le matin, un quart de bouillon le midi, un quart de café le soir et une livre de pain par jour. Nous ne voulons pas attraper l’indigestion. Heureusement que le travail n’est pas dur. En fait rien, toutes les journées se passent enfermés à l’ombre.
  Nous partons de Cambrai le 11 Septembre pour arriver au camp de l’Haus-spital près de Munster province de Westphalie, Allemagne, le 13 septembre, après 3 jours et 2 nuits passés dans le train. Nous avons traversé toute la Belgique car nous passions par Valenciennes, Charleroi, Namur. Partout nous ne voyons que ruine et désolation. Les maisons brulées et démolies. Les ponts sont coupés. Enfin, c’est la guerre qui a passé par là.

  Le camp

 

Le camp de l’Haus-spital à Munster

Au camp de l’Haus-spital nous sommes un peu mieux car la nourriture est un peu plus abondante, et nous avons plus de liberté car nous pouvons nous promener. Nous sommes environ 18 mille prisonniers ensemble. Il faut bien des bouchées de pain.
  Nous avons été obligés de nous construire des maisons pour nous coucher. On s’est débrouillés chacun à sa manière. Avec un peu de paille, ça marche. Mais nous ne dormons pas beaucoup car le froid commence pas mal à se faire sentir. Le pays n’est pas si chaud que chez nous.

  Des informations

  Le 24 septembre une dépêche nous apprend que Reims est en feu, que la Cathédrale est démolie par les Allemands et beaucoup de Français faits prisonniers. Le Lendemain on apprend que 1 million d’Allemands sont cernés dans la plaine de Châlons par 3 millions de Français et d’Anglais, que l’on vient de faire 120 mille prisonniers Allemands que les armées de l’Est débordent de partout, et que les Russes sont à Berlin. On nous dit aussi que les Autrichiens, les alliés de l’Allemagne, demandent la paix à tout prix, qu’ils sont fatigués de se battre. Eh bien, nous autres aussi, nous désirons la paix. Nous l’attendons avec impatience. La délibération sera bien acceptée par nous tous, car tous nous voulons retourner auprès de notre petite famille, embrasser notre femme et nos enfants pour ceux qu’en ont, et rester auprès d’eux le restant de nos jours.
  Fait le 26 Septembre à L’Haus-spital
  On se regarde
  Tous les jours nous ne manquons pas de visite. Les habitants de Munster ne nous oublient pas. Ils viennent souvent nous voir de loin, car ils ne peuvent pas approcher par rapport au barrage. Ils rigolent de nous autres, de nous avoir enfermés. Mais nous, de notre côté, nous en faisons autant car ils ne sont pas très beaux. Ils ont tous des cheveux jaunes, pas de barbe ou presque guère. Les femmes, de leur coté, sont toutes jaunes aussi tout à fait, guère de noir. Et nous autres qu’on n’est pas rasés, nous avons des barbes énormes. cela les amuse. Nous, de notre côté, nos barbes ne nous font pas de peine pour partir. On ne cherche pas beaucoup à plaire en pensant le plus souvent à sa famille.

  Les pensées des prisonniers

  C’est la fuite qu’il nous faut, que nous attendons avec impatience, la paix à signer et notre départ de suite pour la France. Revoir notre cher pays, retrouver nos vrais amis et nos vrais camarades de campagne. L’on se retrouvera sans doute jamais tous car il va y avoir beau nombre d’absents, de restés là-bas au champ d’honneur. Retrouver aussi nos femmes et nos enfants qui nous attendent depuis longtemps déjà et revoir cette bonne table de famille où je sens déjà l’odeur de la bonne soupe fumante qui m’attend et où je revois aussi ma femme assise à mes cotés et mes deux petits enfants, en train de faire le repas du soir en jasant et en chantant, et nous autres deux, rigoler de les voir faire. Que le temps est long lorsqu’on est éloigné de sa famille. À bientôt.     BRILLOUET Alcide.

  Camp de L’Haus-spital le 6 Octobre

Souvenir de ma captivité au camp de L’Haus-spital :

Première page du carnet

 

 
Alcide BRILLOUET au camp de l’Haus-spital

  Chansonnette

  1er
  C’est pendant ma captivité
  Que je me suis fait le moins de bile
  Les allemands plein de civilité
; Nous faisaient la vie bien tranquille
Je me rappelle les petit pois
Les rations d’eau le pain d’épice
Le café qui était toujours froid
Au goût de résine quel délice

2e
A peine étions nous arrivés
Les bons Deutsch plein de complaisance
On cherché à nous loger
Dans une plaine de grande importance
Escampés comme des bohémiens
Dans la boue, l’eau et la poussière
Je vous assure, on était bien
On oubliera vite cette misère
3e
Les allemands toujours consciencieux
Voulant faire la bête de poussière
Faisant un trafic onéreux
Ils auraient mis nos poches en perce
En nous vendant à des prix fous
Torchons, caleçons, liquettes
Sans s’épater de rien du tout
Ils empochaient la bonne galette
4e
À vous tous qui étiez avec moi
Je vous dédie cette chansonnette
Vous la répéterez bien des fois
Malgré qu’elle ne soit pas parfaite
Ca vous rappellera mes amis
Ces pauvres instants de misère
Que pour toujours l’on soit unis
Espérons n’avoir plus de guerre

  Projets pour sa maison au retour

Penser au retour permettait sans doute au prisonnier d’espérer. Il était entièrement tendu vers l’avenir et le retour. Au recensement de 1911, Alcide, patron charpentier habitait seul avec son épouse. Léon logeait chez Louis Augereau. Sa mère était seule dans sa maison.

La maison d’Alcide et de sa famille après la guerre, 2 place du Centre. C’était sans doute celle de sa mère

  Si je viens à avoir la maison de chez nous, pour loger ma mère, elle logera en la cuisine d’aujourd’hui et je nous ferai une cuisine au bout de notre chambre à coucher, où que ma mère met son vin, avec deux vitraux et une ouverture vitrée qui donnera dans la chambre. De cette manière, nous ne mangerons pas ensemble.
  Si je viens à avoir un pressoir, le mettre au-dessus de la rentrée de la cave qui se trouvera en dessous de la porte qui rentre de la maison à l’atelier, et avec un tuyau qui va dans la cave aujourd’hui, et je ferais brancher.
  Au dessus de l’atelier d’aujourd’hui, sur les deux agniers (sans doute ânier = maîtresse poutre), mettre mes planches de longueur en sapin.
  Pour la chèvre que je voulais arranger, le faire de manière à pouvoir l’allonger par le bois pour faire 7m50 et sans les allonges, la faire pour charger les arbres
  La maison que nous sommes vaudrait bien mieux car elle n’est pas si prise pour les voisins. Si elle ne se vend pas trop cher, attendre avant de faire le partage. Nous trouverons bien quelqu’un pour nous prêter de l’argent car étant chez ma mère tous ensemble cela marchera pas, même pour les repas. Attendre pour partager
  Souillarde et un évier en dessous. Et le renfermer au carré à partir de la marche la plus reculée jusqu'à la porte que le ferais ouvrir dans le hangar qui fera serre bois. Mettre la lessiveuse derrière la porte et faire un petit toit à poules et à lapins dans l'autre coin ainsi que des cabinets qui se videraient avec une baille.

La maison de son frère Léon après la guerre, 15 rue Principale était probablement celle d’Alcide avant la guerre.

  Pour la chambre à coucher, faire un plancher en chêne avec des lames de parquet.

  Faire une petite cheminée au pignon de manière à faire la languette en dehors du mur pour que la chambre soit plus propre.
  Et faire une petite chambre en haut pour Léon pour mettre ses meubles.
  Le lit de ma mère sera mieux dans la cuisine en dessous de l'escalier. Nous autres, seuls dans la chambre, nous serons mieux. Faire la souillarde dans l'atelier d'aujourd'hui, derrière la porte et la lessiveuse plus loin.
  Pour le hangar, et l'atelier, mettre l'égout de la manière la moins couteuse chez Laurent ou chez Morteau car il faut faire l'atelier dedans cette année pour arranger la maison. Car si elle me tombe pas au partage il faut faire de la réparation. Si nous pouvons pas avoir notre part, j'affermerai pas l'autre maison, nous logerions ma mère à sa vie et Léon jusqu'à son mariage ou la mort de ma mère. Émilienne, nous logerions ses affaires.

   Plan de la maison

  Chambre à coucher en bas, faire la cloison jusqu'à la porte d'entrée, et le reste pour faire la cuisine. Faire une cave en dessous de la chambre de manière à loger tout le vin avec entrée sous le hangar qui fait atelier aujourd'hui et qui servira de serre-bois et pour mettre un pressoir. Mettre l'escalier dans la cuisine avec des marches à tourner et faire un petit palier, renfermé assez de manière à donner de la hauteur pour faire une
  Pour le hangar, il faut mieux faire à mon premier plan tel que l'autre mettre l'égout chez Morteau pour avoir plus de hauteur pour mettre le bois et ce sera plus serviable.
  Plus tard, si je venais à avoir la maison, je ferais la chambre à coucher en bas plus grande, à venir jusqu'à la porte d'entrée. Le reste servira de cuisine. Avec une petite souillarde dans le coin où est le lit à ma mère et une porte qui rentrerait dans l'atelier que je laisserai à la même place. Mettre l'escalier à donner dans la cuisine et en pente dans la chambre et en dessous de l'escalier dans la chambre à coucher, renfermer pour faire un cabinet de toilette et mettre le linge sale. En bout de l'atelier, faire le cellier et boucher la porte d'aujourd'hui et mettre le bois de chauffage sous le hangar que je veux arranger avec la hauteur, ce sera plus commode.

 
Plan du hangar

   Sous le hangar, mettre l'égout sur Laurent avec une dalle en zinc, et faire un petit caniveau pour envoyer l'eau sur Marot. Rapporter la cloison en planches jusqu'à la fenêtre pour grandir l'atelier et rapporter une autre panne pour supporter les chevrons du mur au poteau. Si celle qui y est peut servir, on la mettra. Et faire la chiotte à l'autre coin avec porte donnant à l'atelier et porte donnant dans le hangar. Mettre une baille pour faire la chiotte. Et si ma mère veut des poules, faire le toit derrière la porte de l'atelier d'aujourd'hui. À faire le plus tôt possible pour mes bois et mes outils.

  Rêves de nourriture

   En passant à Sainte-Hermine prendre de la viande, un rôti, et de quoi faire une soupe, … et du vermicelle.
  Faire une soupe grasse au vermicelle que j’aime très bien
Menu en arrivant : Crème à la vanille
  Poule à la mayonnaise qu’il y a quelques jours qui me fait envie et canard rôti.
  Faire une bonne soupe à la poule ou la viande
Menu en arrivant : Prendre un chocolat si j’arrive le matin  Soupe à la poule ou vermicelle
  … à la mayonnaise que j’aime bien ,Canard rôti
  Dessert : crème à la vanille faire un petit gâteau
  … au rhum qui me fait envie.
  Vin bouché café et pousse café
  Prendre un chocolat et au lit en attendant le repas.
  Ne pas oublier de boucher du vin de 1914, la terrible année de guerre. Il doit être à peu près bon. Je ferais un bon casier à bouteille de quoi à n’en mettre de 100 à 150. Boucher du cidre s’il en reste.
  En arrivant, si j’arrive le matin, prendre un bon chocolat et au lit. Si j’arrive le soir, manger et prendre un bon café et prendre une douche.
Il me faut aussi une pipe en bois que je demanderais à la Ricottière : une pour le dimanche et une pour la semaine

Alcide Brillouet : Une autre pose à Angers

  Il pense à son travail

  Si l'ouvrage presse pas trop, faire mon échelle à coulisse et défoncer les Noues Pourries pour les planter en Noa et Otello.
  Pour aller à Commequiers, il faut que ce soit dans la semaine que j'arriverai, mais surtout tâche de rester le dimanche à la maison par rapport aux clients que j'aurais grand besoin de voir pour commencer à travailler. Écrire à Commequiers en arrivant. Partir dès le matin pour pouvoir arrêter à la Roche-sur-Yon pour habiller Titi un petit complet d'hiver et une petite pèlerine ou un petit camail faisant pèlerine.
  Et moi prendre mon fusil dont je pense toujours, et des cartouches. Le plus commode pour mon fusil serait peut-être de le prendre à la Roche-sur-Yon en passant pour aller à Commequiers ; Comme les trains sont dérangés, l'argent envoyé pourrait peut-être se perdre et comme cela je pourrais choisir car c'est une succursale de St-Étienne, les mêmes articles. Et en même temps nous achèterions un complet à Titi à la Roche-sur-Yon et nous dirions que c'est son parrain qui l'a acheté. Aller à Commequiers avant de commencer le travail car après pas parler de débaucher.

  Des projets de loisirs et de meubles

  Le fusil 2 bis très pratique pour le gibier grande portée et très fort calibre 16. Pour les poissons gros plombs une quinzaine de grains seulement, et un tube pour les petits oiseaux au calibre de la mesure du canon. Prix 60 F. Percussion centrale. Faire venir des cartouches ensemble. Les carabines pliantes sont trop faibles pour le gibier et la portée trop petite. Le fusil simple démontable est de beaucoup plus pratique c'est celui qu'il me faut : 2 bis.
  Faire un morceau de sapin creux pour mettre le canon, marquer le morceau au centimètre comme une règle de 1m20 et une boite pour mettre la crosse, avec la scie égoïne à côté comme ça on passe sans être aperçu et avoir un paletot de velours avec poche exprès pour les lapins de la Landrière. Petit tube pour les merles, faire venir de suite.
  Pas plutôt mon fusil arrivé nous irons voir le père Pelletier pour lui raconter ma campagne et faire une partie de chasse avec Clément
  Arranger ma bicyclette pour monter Titi avec moi, mettre deux tringles et un siège de la selle à la fourche

 

  Travail à faire en arrivant chez nous :

  Une table de toilette pour mettre à la fenêtre de la souillarde, la garnir de zinc, avec porte plat en-dessous, tuyau en plomb passant en-dessous de l'appui en pierre. Au rebord du zinc, faire un boudin.
  Arranger la table de la maison pour mettre mes livres. Aux deux pièces, faire un tambour de chaque côté. Fermant à clé.
  Acheter une toile pour mettre devant la porte de derrière faire une petite tente pour mettre la cour à l'abri de 3m 5m avec beaucoup d'égout. Faire passer la rigole d'eau plus loin à aller sur la route pour faire le passage plus large.
  Irène LIAIGRE rapporte le témoignage de son père Clément FRAPPIER, prisonnier avec Alcide BRILLOUET, disant que celui-ci lui fournissait des morceaux de pain, étant mieux placé que lui. La manière dont il pense reprendre sa mère chez lui, et même faire une place à son frère et aux affaires de sa sœur montre aussi le souci qu’il avait de son entourage. Revenu d’Allemagne le 17 décembre 1918, il a été mis en congé de démobilisation le 11 mars 1919. Un troisième enfant est né le 18 septembre 1919 : Marthe.
  Ses voisins se souviennent que lorsqu’il rentrait du travail avec un verre de trop, il passait discrètement par les jardins. Mais ils entendaient tous l’accueil que lui faisait “la maraîchine”, car il était un peu sourd.

 Chanson Comique

1er
En 1914, quand tout doucement
Tout doucement
Nous étions prisonniers au camp
Tout doucement

2e
Nous couchions en plein air tout le temps
Tout doucement
Et l’on s’enrhumait facilement
Tout doucement

3e
On avait de l’eau de temps en temps
Tout doucement
Que Munster donnait en rechignant
Tout doucement

4e
On la servait tout en mangeant
Tout doucement
Du pain noir et des féculents
Tout doucement

5e
Les pommes de terre bien souvent
Tout doucement
Étaient le menu du régiment
Tout doucement

6e
Un peu de cochon s’entrelardant
Tout doucement
Nous faisait un mets succulent
Tout doucement

7e
Mais le plat le plus épatant
Tout doucement
C’était les gros pois allemands
Tout doucement

8e
On se régalait en les mangeant
Tout doucement
Et chacun paraissait content
Tout doucement

9e
Mais le soir venu quel bombardement
Tout doucement
C’était le début de l’emmerdement
Tout doucement

10e
Malgré les voisins rouspétants
Tout doucement
Chacun s’endormait en pétant
Tout doucement

11e
Les caporaux et les sergents
Tout doucement
Prenaient part au feu convergent
Tout doucement

12e
Les gradés  jusqu’aux adjudants
Tout doucement
De péter n’étaient pas exempts
Tout doucement

13e
Nous étions par groupe de 700
Tout doucement
Et faisions 24 groupements
Tout doucement

14e
C’est donc à 16 800
Tout doucement
Que nous pétions bien gentiment
Tout doucement

15e
Et un beau concert asphyxiant
Tout doucement
Permet d’atteindre les baraquements
Tout doucement

16e
Je suis de votre avis c’est dégoutant
Tout doucement
D’entendre péter tout le temps
Tout doucement

17e
Ce qui prouve qu’on n’est jamais content
Tout le temps
Vu que c’est la paix que l’on attend
Tout le temps tout doucement

Textes extraits du fonds BRILLOUET aux archives de Vendée par Dimitri CHARRIAU et Jean-Paul BILLAUD