Trois hôpitaux bénévoles à Bournezeau
pendant la guerre 14/18

  La guerre 14/18 a connu de grandes batailles comme celles de la Marne, de Verdun ou du Chemin des Dames. Mais dès le premier mois de la guerre, en août 2014, la “Bataille des frontières” fut très meurtrière, avec, entre-autres, trois défaites cuisantes : Charleroi, Rossignol, Morhange. Du 20 au 22 août, on compte 40 000 morts. Le jour le plus meurtrier fut celui du 22 août où l’on estime qu’il y a eu, selon les sources, 25 000 ou 27 000 morts, autant que pendant la guerre d’Algérie entre 1954 et 1962
  Au total, le premier mois de la guerre fut le plus meurtrier avec près de 100 000 morts. Mais il n’y avait pas que des morts : On estime le nombre de blessés au double de celui des morts.
  Beaucoup de ces blessés ont sans doute été rapatriés pour se faire soigner. Devant cet afflux, les hôpitaux ont probablement été vite débordés. C’est la raison pour laquelle de très nombreux hôpitaux bénévoles ont été mis en place.

En Vendée

  Dès la mobilisation, le 2 août 1914, quelques hôpitaux bénévoles avaient été préparés. Puis vers le 26 août 1914, devant l’arrivée d’un grand nombre de blessés, la Vendée a dû improviser en créant de nombreux hôpitaux. On sait que “La Santé Militaire” a créé des comités pour examiner et agréer les candidatures locales pour les hôpitaux bénévoles, mais c’est postérieur au 2 août 1914.
  Au total, entre 1914 et 1916 la Vendée comptait plus de 70 hôpitaux bénévoles. On peut citer les plus proches de chez nous : La Chaize-le-Vicomte, Mareuil-sur-Lay, Sainte-Hermine, Chantonnay, Puybelliard.
  Le premier hôpital bénévole mis en place en Vendée se situait à l’école des filles de Bournezeau.
  Le plus important hôpital bénévole de Vendée était situé dans la propriété des Sœurs de la Sagesse à Saint- Laurent-sur-Sèvre, avec 200 lits. On note aussi que la salle paroissiale de Mortagne comptait 40 lits.
  L’ensemble des hôpitaux de la 11ème région, qui comprenait les départements de Loire Atlantique, Vendée, Morbihan et Finistère, possédait 27 431 lits. Elle a accueilli 181 009 blessés entre le 1er août 1914 et le 1er août 1916.
  Étant assez loin du front, la Vendée recevait plutôt des blessés légers. De ce fait, très peu de morts ont été constatés dans les hôpitaux bénévoles de Vendée.

Bournezeau

  Selon L’ouvrage : Les hôpitaux de Vendée pendant la guerre 1914-1918 :

« L'implantation d'établissements sanitaires à Bournezeau n'est également pas facile à démêler. Voici, entre-autres, quels sont les éléments indiscutables sur la question : Un premier établissement hôpital bénévole, portant le n° 1 bis, est ouvert dès le 2 août 1914, le premier de la 11ème région, dans l'école libre de filles, route de La Roche, qui existe encore. »

 
Photo prise devant l’école des garçons, on peut observer 17 soldats blessés avec des infirmières.
Au centre, il y a André Bastard, le médecin de Bournezeau en blanc.

Collection Renée Esgonnière


 

  On s’interroge : Pourquoi l’école des filles de Bournezeau fut-elle le premier hôpital bénévole de
la Vendée ? On ne sait pas qui en a pris l’initiative. Est-ce que les sœurs enseignantes se sont proposées à l’administration ? Ou celle-ci a-t-elle proposé ou réquisitionné d’autorité les salles de classe ? Dans ce cas pourquoi Bournezeau ?
  D’autre part en 1914, on sait que l’école des filles était sécularisée. En effet depuis 1903, l’état avait interdit les congrégations religieuses. Les religieuses enseignantes ont donc souvent été obligées de quitter les écoles. À Bournezeau, elles sont restées mais elles ont été contraintes de  ne plus porter leurs habits religieux et devaient se faire appeler par leur nom de famille. Valentine Pogu, (Sœur Thérèse) a été directrice de l’école des filles de 1903 à 1940.
  Une énigme : Il est dit que l’hôpital se situait à l’école des filles, mais le témoignage, ci-dessous, dit que c’est un garçon qui allait à l’école dans une dépendance d’une forge. D’autre part il est signalé que l’école était située sur le bord de la route de la Roche. Par ailleurs, la photo de la page précédente montre clairement que blessés et infirmières sont devant l’école des garçons, près de la route de la Roche.
  L’archiviste de la Communauté de Mormaison nous informe que Victorine Dugast (Sœur Denis) a exercé à l’école des garçons de 1915 à 1917. D’autres sœurs ont peut-être exercé avant 1914 à l’école des garçons. Ceci expliquerait peut-être que cette école a été aussi appelée l’école des filles.
  À Bournezeau, on recense trois hôpitaux bénévoles :1- École des filles. Cet hôpital de 20 lits, avait été programmé dès la mobilisation, le 2 août 1914, mais on ne sait pas quand les premiers blessés sont arrivés. On peut penser qu’ils pouvaient y être dès le mois d’août. Quoi qu’il en soit, la photo témoigne qu’ils étaient présents en septembre 1914.
  Selon le témoignage ci-dessous, l’hôpital a pris fin le 11 septembre 1915. Mais la fermeture officielle daterait  du 2 octobre 1915.
  Les soldats étaient installés dans une partie des classes. Les cours des élèves ont dû se faire dans d’autres lieux, mais on ne sait où. Cependant, le témoignage de Clovis Lamotte, découvert dans l’ouvrage “Les hôpitaux de Vendée pendant la guerre 14/18”, précise un lieu de classe. Il y en avait sûrement d’autres.
 

« M. Clovis Lamotte, demeurant place du Commerce à Bournezeau se souvient bien, il venait de terminer sa scolarité et devait entrer en apprentissage, mais son patron fut mobilisé et le jeune Clovis reprit une année scolaire dans les dépendances d'une forge route de la Gare. Il y faisait froid et sombre. Les plaintes affluèrent, l'école libre qui abritait les soldats fut rendue à sa destination le 11 septembre 1915 et les cours y reprirent à la rentrée?.

  La forge en question était celle de Séraphin et Narcisse Thomas, remplacé plus tard par Maurice Delavaud.

  2- Beauregard, ce 2e hôpital remplace celui de l’école. Il a été mis en place le 23 septembre 1915. M. Benjamin Jossand, conseiller municipal et propriétaire de la grande maison de Beauregard a offert son logement pour faire fonction d’hôpital bénévole. Cet hôpital de 20 lits, numéroté 169 bis, était lié à une filiale de l’hôpital auxiliaire n°103 de la Roche sur Yon (École Normale de garçons)

  Cet hôpital bénévole a fermé le 21 mai 1917.

 Collection Renée Esgonnière

Photo prise sur le perron de l’hôpital de Beauregard entre le 23 septembre 1915 et le 21 mai 1917 :
À l’avant deux soldats, à l’arrière trois infirmières dont Jeanne Esgonnière au centre.
Jeanne est la cousine germaine de Renée Esgonnière.

  3- La Corbedomère, Un mois après Beauregard, un 3e hôpital, également de 20 lits, s’est mis en place le 26 octobre 1915 au château de la Corbedomère. Il servait de filiale à deux hôpitaux de Fontenay-le-Comte, l'hôpital mixte et l’hôpital auxiliaire n°102 (école communale de l'Union des femmes de France, rue Rabelais), tenue par l’Union des Femmes de France.
  L’hôpital a fermé le 15 février 1917. Le château de la Corbedomère appartenait à Henri DANIEL LACOMBE.
  En 1920, le château fut vendu à Mme GUITTON. En 1983, il fut revendu à André CLÉMENT puis à M. et Mme SOULÉ en 1989.

Henri ROUSSEAU

Sources :
- Ouvrage “Les hôpitaux de Vendée pendant la guerre 1914-1918” de E. MOREAU  (Ouvrage réalisé entre 1986 et 1996)
- Site Internet.
- Archives de la Communauté des Sœurs de Mormaison.
- Archives du Diocèse de Luçon