Le Bourg de Bournezeau au milieu du XVIIIème siècle


      À quoi pouvait ressembler le bourg de Bournezeau au XVIIIème siècle ? Il n'existe aucun plan de cette époque pour nous en donner une idée. Seuls des actes notariés et une description manuscrite de la seigneurie de Bournezeau peuvent nous laisser entrevoir l'aménagement du bourg avant la Révolution française. Cependant il ne fait aucun doute que les trois éléments qui structuraient le bourg au XVIIIème siècle étaient le château médiéval avec son étang, l'église et les halles. Malheureusement pour nous, ils n'ont pas survécu aux affres de l'histoire et notamment aux différents réaménagements du bourg au XIXème siècle. La construction de la route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine, débutée avant la Révolution, puis reprise après la guerre de Vendée par ordre de NAPOLÉON 1er, a modifié en profondeur les axes de pénétration venant des communes voisines jusque dans le bourg. Certains axes, qui n'étaient évidemment que des chemins, ont alors disparus car devenus inutiles.  Aujourd'hui, que l'on vienne de Fougeré, la Chaize-le-Vicomte, Sainte-Hermine, Saint-Ouen-des-Gâts ou encore Saint-Vincent-Puymaufrais le flux de communication passe par la route de la Roche-sur-Yon. Il n'en était pas de même au XVIIIème. Avec les quelques informations glanées dans les archives, nous pouvons tenter une restitution du bourg de Bournezeau au milieu du XVIIIème siècle.
        


Plan du bourg de Bournezeau dressé en 1825, extrait du tableau d’assemblage du cadastre napoléonien.
La route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine et les principaux chemins y apparaissent.
(site internet des Archives départementales de Vendée)

  Les ravages des XVIème et XVIIème siècles

  Sans remonter à l'époque médiévale, nous pouvons tracer une brève histoire du bourg lors des guerres de religion (1559-1598).
  Un climat de guerre civile secoua Bournezeau pendant ces quelques décennies. Le bourg fut occupé par les Protestants sous la protection du seigneur de Bournezeau, Charles ROUHAULT DU LANDREAU. L'évêque de Luçon, Baptiste TIERCELIN, écrivit une protestation au roi de France CHARLES IX en 1565 :

« (…) en l’église et paroisse de Bournezeau, située au-dedans du château, ayant le seigneur dudit lieu fait fermer et maçonner la grande et 1ère entrée de ladite église, de sorte qu’il n’est pas possible d’y entrer sinon par le dedans de la cour du logis du seigneur, lequel fait profession de la religion prétendue réformée. Outre, fait servir ce corps de l’église d’une grange, laquelle est toute garnie de foin et paille et le ballet de ladite église d’étable à chevaux (…)»
 

  Et puis volte-face de ROUHAULT DU LANDREAU en 1568 qui redevient catholique. En réponse, les Protestants saccagèrent l'église. En 1569, ils réoccupèrent Bournezeau pendant plusieurs années. D'ailleurs le futur HENRI IV, alors protestant, y passa la nuit le 10 août 1588 avec ses troupes.
  En plus de l'église, il est vraisemblable que le bourg de Bournezeau eut à souffrir de l'occupation des différentes troupes qui vivaient sur la population.
  En mars 1622, nouveau saccage du bourg par les troupes de LOUIS XIII pendant 5 jours au grand dam des habitants qui s'en plaignirent à leur seigneur DE LA TREMOUILLE le 24 mars 1622 :

"(…) Au logement au bourg et château dudit Bournezeau de l’armée de M. le comte DE LA ROCHEFOUCAULD, gouverneur du Poitou, plusieurs ruines de maisons et agats infinis avaient été commis et perpétrés par les gens de guerre dudit sieur comte (…)"

  Peu après, le 21 avril 1622, LOUIS XIII quitta la Roche-sur-Yon pour Sainte-Hermine. La grande route joignant directement ces 2 villes n'existait pas. Il passa à la Chaize-le-Vicomte avant d'arriver à Bournezeau. Dans le réseau complexe des chemins de l'époque conservé encore au début du XIXème siècle, il apparait que le chemin de la Chaize à Bournezeau ne passait pas par Fougeré.
      Lors du passage du roi, au lendemain de l'occupation de son armée, quel aspect avait le bourg saccagé ? Impossible de s'en faire une idée. Il faut attendre près d'un siècle et demi plus tard pour en avoir une description relativement précise

     
 Extrait du tableau d’assemblage du cadastre napoléonien de la commune de Fougeré dressé en 1809.
La nouvelle route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine y apparaît clairement (tracé rectiligne). Les flèches matérialisent “l’ancien chemin de la Chaize-le-Vicomte à Bournezeau”, pris par LOUIS XIII en 1622.
(site internet des Archives départementales de Vendée)

L'aveu du 13 juillet 1763


Le 13 juillet 1763, Charles-René THOMAZEAU, procureur fiscal de Bournezeau, au nom de dame Marie Suzanne Françoise DE CREIL, duchesse de Beauvilliers et marquise de Bournezeau, rédigea un aveu pour le duc DE LA TREMOUILLE, seigneur (ou suzerain) de ladite dame DE CREIL. En quoi consistait un aveu sous l'ancien régime ?
  L'aveu était une déclaration écrite que devait fournir le vassal à son suzerain lorsqu'il rentrait en possession de son fief. Par une description complète, le déclarant reconnaissait par cet aveu les biens qu'il tenait de son suzerain. Il commence par le château et l’église.
1) Le château et l’église
 

« Description de ce que nous tenons à notre domaine. Premièrement, notre chasteau, sis au bourg de Creil-Bournezeau, avec trois jardins en dépendans, y joignans, enclos de murailles et de fossés, au dedans duquel est notre église de notre paroisse de Creil-Bournezeau, consistant en un grand corps de logis, plusieurs chambres basses et hautes, cour, cave, cellier, grange, écuries, toits, fuyes (…), tenant d’une part au chemin qui conduit de notre bas bourg dudit Bournezeau à Saint-Hilaire-le-Vouhis, d’autre à notre allée qui conduit de notre chasteau à notre forêt, d’autre à notre estang et d’autre au chemin qui conduit à notre église et à notre estang ;
  Item, une autre maison où nous logeons gratuitement et autant qu'il nous plaira le curé de notre bourg de Bournezeau, composé de plusieurs chambres basses et hautes, cour, écurie, toit et d'un jardin au-devant (…) tenant d'une part à notre estang, d'autre au jardin des héritiers ALLAIZEAU, d'autre aux maisons et au jardin de FEVRE et BORDAGE, et d'autre au chemin qui conduit du haut de notre bourg de Bournezeau à notre estang.
 »

  Il est intéressant de constater qu’une distinction était faite entre le bas bourg et le haut bourg : le bas bourg pour le sud de la paroisse (aujourd'hui le secteur de la rue du Centre, de la rue Jean GROLLEAU et de l'avenue du Moulin) et le haut bourg pour le nord (secteur de la rue de la Miltière, rue des Halles et rue de l'Abbaye). On retrouve également cette distinction dans certains actes notariés.
  L'église et le château étaient les deux éléments principaux qui constituaient le bourg au XVIIIème siècle. Par chance un plan de l'église a été dressé par l'architecte du département en 1876 afin d'établir un état des lieux du bâtiment dans la perspective d'une restauration ou d'une reconstruction. Nous savons donc à quoi elle ressemblait et où elle se situait dans le bourg (voir illustration ci-dessous). Comme l’indique l’aveu, elle était englobée au château. Dans son rapport, l'architecte émettait l'hypothèse d'une église construite au XIVème siècle. Elle fut détruite puis une nouvelle église reconstruite à partir des années 1880 : elle domine aujourd'hui encore le bourg de Bournezeau. L’histoire de ces deux églises fera l'objet d'un futur article. Quant au presbytère, sa localisation n'a pas bougé jusqu'à aujourd'hui.
   

 
     
   À gauche, dessin de la façade de l’ancienne église dressé en 1876. Elle avait le même aspect au XVIIIème siècle.
   À droite, le même emplacement aujourd’hui avec la même prise de vue que le dessin de gauche.
 
 Ci-dessus, plan du bourg de Bournezeau extrait du cadastre napoléonien de 1825.
   La flèche marque le lieu approximatif de la prise de vue du dessin de gauche et de la photo de droite.

Contrairement à l'ancienne église de Bournezeau, nous n'avons aucun plan, aucune gravure, aucune description précise de l'ancien château médiéval de Bournezeau. Il occupait le cœur du bourg. Nous avons déjà évoqué son histoire  dans “Au fil du temps”, n°13. Cependant, nous constatons, grâce au cadastre de 1825, que les fossés qui l'entouraient occupaient une vaste surface sur l'actuelle place de la mairie : le parking surélevé en face de la place des commerces, de la bibliothèque municipale et de la mairie correspond approximativement aux fossés du château dans sa partie sud-ouest.

2) Les Halles et le four banal

 
  Autre élément structurant le bourg : les halles.
 

  Item, notre four banal avec un emplacement où autrefois estaient nos halles, tenant d'une part aux fossés de nostre chasteau, d'autre au chemin qui conduit de notre bas bourg aux Humeaux, et aux maisons des nommés TRENIT et GODILLON, et d'autre au chemin qui conduit de nostre chasteau à la maison et au jardin de Renée GAUDINEAU, veuve du sieur ESGONNIÈRE DE LA FAIBRETIÈRE. »

  En 1763, les halles occupaient alors l'emplacement de notre salle des halles actuelle, dans le haut bourg, sur le chemin qui menait à Saint-Hilaire-le-Vouhis. Nous apprenons qu’elles n’avaient pas toujours été là : elles étaient situées à proximité des fossés du château, sur le chemin qui conduisait du bas bourg aux Humeaux. Selon nous, elles étaient situées à  l’emplacement actuel des 2 - 4 - 6  Place des 3 canons. Nous ignorons à quel moment et pourquoi eut lieu le transfert des halles. Quoi qu'il en soit le four banal s’y trouvait en 1763. Il appartenait au seigneur de Bournezeau. Les habitants (ou la communauté villageoise) avaient l'obligation de l'utiliser pour cuire le pain contre une redevance au seigneur. Ce droit féodal fut aboli le 4 août 1789.
  Un acte notarié de 1806 nous renseigne sur la localisation de ce four. Il s’agit de la vente d’une  

« masure où est enclavé le ci-devant grand four banal de ce lieu, tenant d’un côté au chemin qui conduit du bas bourg à Saint-Hilaire-le-Vouhis, d’un autre côté à une ruelle qui conduit des halles entre le dit four et la maison où demeure actuellement le citoyen TRENIT, boucher, d’un bout à un emplacement  où se tient actuellement la foire aux bœufs et de l’autre bout à un emplacement de masure attenant audit four. »

  Le four a été détruit à une date inconnue.

 
 

Emplacements possibles des anciennes halles et du four banal
(Photo ci-dessous : localisation actuelle) :
- Le bâtiment 558, appelé dans le cadatsre « maison du champ de foire », n’existe plus aujourd’hui. Les halles étaient peut-être situés ici. Si cette hypothèse est juste, en 1763, il n’y avait ici que « l’emplacement où autrefois estaient nos halles. »
- Le bâtiment numéroté 560 et 559 pourrait être le four banal.

   3) L'étang et le moulin à eau du château

 

« Item, notre estang dudit bourg de Bournezeau avec notre moulin à eau estant au-dessous et y joignant, et la maison en dépendant, tenant le tout d'une part à la Cour du sieur THOMAZEAU, notre procureur fiscal (…) et d'autre à nos jardins et au jardin de la cure (…)
  Item, un jardin (…) tenant d'une part au chemin qui conduit de notre moulin à eau à Puymaufrais (…) »

  L'aveu nous renseigne encore sur un élément insoupçonnable aujourd'hui : un étang et son moulin à eau occupaient une partie du bourg. Le nom des parcelles noté dans le cadastre de 1825 (le pré de l'étang, la prée de l'étang, le pré du pont…) permet de confirmer la localisation de l'étang assez précisément, sans pour autant en connaître la superficie. Il s'étendait sur notre actuel square de la Liberté, en bas de la rue de l'église, une partie de l'allée de l'Europe, la rue de Beauregard et la rue Jean GROLLEAU qui constituait une partie de la chaussée de l'étang. Le moulin à eau se situait au niveau de cette chaussée, probablement entre les n° 28 et 30 de la rue Jean GROLLEAU. L'étang était alimenté par deux cours d'eau : le Bornevelt et la Doulaye « qui descend de Villeneuve ». Aujourd'hui encore le Bornevelt rejoint la Doulaye à proximité du square de la Liberté. La construction de la route de La Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine au tout début du XIXème siècle eut pour conséquence la destruction de la chaussée et du moulin, l'assèchement et le comblement de l'étang. Le propriétaire était alors Jean RABAUD qui avait racheté le château et les terres qui en dépendaient [voir Au fil du temps, n°21]. Pour compenser cette disparition, il se peut que l'étang que nous connaissons aujourd'hui près des terrains de sport ait été construit à la même époque. Il appartenait en 1825 à la famille RABAUD.
  En 1810 la vente d’une maison de Bournezeau apporte un autre éclaircissement :

« (…) Une masure qui autrefois était une maison à laquelle il y a une porte qui sort sur la grande route, située au bourg de Bournezeau près de l’ancien étang dudit lieu, (…) avec un jardin appelé jardin de l’étang touchant l’ancienne chaussée de l’étang, tenant d’un côté du soleil levant aux masures de l’ancien moulin à eau de l’étang (…). »

  Un autre acte de vente daté du 6 février 1817 est encore plus intéressant : Jean RABAUD vend à François BAUDRY, charpentier à Bournezeau,

« ce qui reste de l'emplacement du moulin à eau et ses ruages qui autrefois étaient au bas de la chaussée du ci-devant étang de ce lieu, la dite chaussée maintenant grande route qui a englobé le terrain où était ledit moulin et pour ainsi dire les ruages [surfaces permettant les accès] en totalité. »
   
Partie sud-est du bourg de Bournezeau où se trouvait « notre estang », symbolisé par le cercle, avec le nom de quelques parcelles
1- Ancienne église.
2- Emplacement de l'église actuelle.
3- presbytère avec le jardin de la cure.
4- Grande route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine qui a remplacé la chaussée du moulin. (maintenant rue Jean Grolleau en photo ci-dessous)
5- logis de Beauregard.
6- Localisation supposée du moulin à eau. (voir dessin ci-dessous et photo ci-dessous) 

  dessin dun moulin à eau avec sa chaussée (extrait du site geneanet.org/mahelblonde) et emplacement actuel

4 La fuie du château

 

« Item, une petite maison avec l'emplacement au-devant où se tient la foire aux cochons, et un petit jardin au derrière ladite maison (…) tenant le tout d'une part aux murs de notre église de Bournezeau, d'autre à la maison et jardin de Michel BINEAU ; d'autre à notre jardin où est notre fuye, d'autre aux murs de notre chasteau, et d'autre à la maison des nommés FEVRE et BORDAGE. »

  Le cadastre de 1825 situe clairement la fuie ou pigeonnier dans un terrain appelé « le jardin de la fuie » et dépendant du château. Elle était de forme cylindrique. En 1872, sur le plan dressé par l’architecte du département V. CLAIRE, les termes changent : La fuie devient maison de la Tourette, située dans le jardin de la Tourette. Elle est détruite lors de la construction de la nouvelle église : elle se trouvait au niveau de la nef actuelle, à quelques mètres après le porche d’entrée (voir plan ci-dessous).
  Quant à la petite maison avec son jardin citée dans l’aveu, elle est difficilement localisable sur le plan de 1825 parce qu’elle touche à la fois les murs du château et de l’église, le jardin de la fuie et une autre maison. Sans doute a-t-elle été détruite avant cette date.


Plan dressé parV. Claire en 1872 avec l’ancienne église et le projet d’une nouvelle église. L’emplacement de la fuie, appelé ici Maison de la Tourette, y apparaît (A sur le plan).En superposition, en bas à gauche, plan du même secteur en 1825, avec la fuie (B sur le plan).A droite, fuie du château de Bazoges-en-Pareds, avec le donjon en arrière-plan (site : accueil-vendee.com/communes/bazoges-en-pareds)

De 1763 à 1793, Bournezeau ne subira pas de modifications notables. Les Guerres de Vendée vont avoir impact destructeur sur notre bourg. En effet, le 12 septembre 1793, une armée Républicaine de 2500 hommes s’est avancée jusqu’à Bournezeau et a « incendié tout ce qui servait de repaires aux brigands (…) » Six mois plus tard, le 29 mars 1794, une colonne infernale a incendié une partie du bourg. Bilan de ces exactions : le presbytère, le château, les halles et plusieurs maisons sont incendiés.

La percée de la grande route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine peu après la guerre civile va redessiner le bourg de Bournezeau et obliger le comblement de l’étang et, au cours du XIXème, l’alignement des maisons dans ce nouvel axe. Le centre-bourg va connaître à la fin de ce siècle un nouvel aménagement avec la disparition de l’ancienne église et la construction d’un nouveau et imposant lieu de culte.

Vincent Pérocheau

Sources:
Actes notariés de Bournezeau (ADV : Archives départementales de Vendée : 3 E 8/21 - 8/20 - 8/19)
Cadastre napoléonien (site internet des ADV) : Bournezeau et Fougeré
La Société d’Émulation de la Vendée, série IV, volume 5.