À quoi pouvait ressembler le bourg de
Bournezeau au XVIIIème siècle ? Il n'existe aucun plan de cette époque
pour nous en donner une idée. Seuls des actes notariés et une description
manuscrite de la seigneurie de Bournezeau peuvent nous laisser entrevoir
l'aménagement du bourg avant la Révolution française. Cependant il ne fait
aucun doute que les trois éléments qui structuraient le bourg au XVIIIème
siècle étaient le château médiéval avec son étang, l'église et les halles.
Malheureusement pour nous, ils n'ont pas survécu aux affres de l'histoire
et notamment aux différents réaménagements du bourg au XIXème siècle. La
construction de la route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine, débutée
avant la Révolution, puis reprise après la guerre de Vendée par ordre de
NAPOLÉON 1er, a modifié en profondeur les axes de pénétration venant des
communes voisines jusque dans le bourg. Certains axes, qui n'étaient
évidemment que des chemins, ont alors disparus car devenus inutiles.
Aujourd'hui, que l'on vienne de Fougeré, la Chaize-le-Vicomte,
Sainte-Hermine, Saint-Ouen-des-Gâts ou encore Saint-Vincent-Puymaufrais le
flux de communication passe par la route de la Roche-sur-Yon. Il n'en
était pas de même au XVIIIème. Avec les quelques informations glanées dans
les archives, nous pouvons tenter une restitution du bourg de Bournezeau
au milieu du XVIIIème siècle.
Sans remonter à l'époque médiévale, nous pouvons tracer une brève
histoire du bourg lors des guerres de religion (1559-1598).
Un climat de guerre civile secoua Bournezeau pendant ces quelques
décennies. Le bourg fut occupé par les Protestants sous la protection du
seigneur de Bournezeau, Charles ROUHAULT DU LANDREAU. L'évêque de Luçon,
Baptiste TIERCELIN, écrivit une protestation au roi de France CHARLES IX
en 1565 :
« (…) en l’église et paroisse de Bournezeau, située au-dedans du château, ayant le seigneur dudit lieu fait fermer et maçonner la grande et 1ère entrée de ladite église, de sorte qu’il n’est pas possible d’y entrer sinon par le dedans de la cour du logis du seigneur, lequel fait profession de la religion prétendue réformée. Outre, fait servir ce corps de l’église d’une grange, laquelle est toute garnie de foin et paille et le ballet de ladite église d’étable à chevaux (…)»
Et puis volte-face de ROUHAULT DU LANDREAU en 1568 qui redevient
catholique. En réponse, les Protestants saccagèrent l'église. En 1569, ils
réoccupèrent Bournezeau pendant plusieurs années. D'ailleurs le futur
HENRI IV, alors protestant, y passa la nuit le 10 août 1588 avec ses
troupes.
En plus de l'église, il est vraisemblable que le bourg de
Bournezeau eut à souffrir de l'occupation des différentes troupes qui
vivaient sur la population.
En mars 1622, nouveau saccage du bourg par les troupes de LOUIS
XIII pendant 5 jours au grand dam des habitants qui s'en plaignirent à
leur seigneur DE LA TREMOUILLE le 24 mars 1622 :
"(…) Au logement au bourg et château dudit Bournezeau de l’armée de M. le comte DE LA ROCHEFOUCAULD, gouverneur du Poitou, plusieurs ruines de maisons et agats infinis avaient été commis et perpétrés par les gens de guerre dudit sieur comte (…)"
Peu après, le 21 avril 1622, LOUIS XIII quitta la Roche-sur-Yon
pour Sainte-Hermine. La grande route joignant directement ces 2 villes
n'existait pas. Il passa à la Chaize-le-Vicomte avant d'arriver à
Bournezeau. Dans le réseau complexe des chemins de l'époque conservé
encore au début du XIXème siècle, il apparait que le chemin de
la Chaize à Bournezeau ne passait pas par Fougeré.
Lors du passage du roi, au lendemain de
l'occupation de son armée, quel aspect avait le bourg saccagé ? Impossible
de s'en faire une idée. Il faut attendre près d'un siècle et demi plus
tard pour en avoir une description relativement précise
Le 13 juillet 1763, Charles-René THOMAZEAU, procureur fiscal de
Bournezeau, au nom de dame Marie Suzanne Françoise DE CREIL, duchesse de
Beauvilliers et marquise de Bournezeau, rédigea un aveu pour le duc DE LA
TREMOUILLE, seigneur (ou suzerain) de ladite dame DE CREIL. En quoi
consistait un aveu sous l'ancien régime ?
L'aveu était une déclaration écrite que devait fournir le vassal à
son suzerain lorsqu'il rentrait en possession de son fief. Par une
description complète, le déclarant reconnaissait par cet aveu les biens
qu'il tenait de son suzerain. Il commence par le château et l’église.
1) Le château et l’église
« Description de ce que nous tenons à notre domaine. Premièrement, notre chasteau, sis au bourg de Creil-Bournezeau, avec trois jardins en dépendans, y joignans, enclos de murailles et de fossés, au dedans duquel est notre église de notre paroisse de Creil-Bournezeau, consistant en un grand corps de logis, plusieurs chambres basses et hautes, cour, cave, cellier, grange, écuries, toits, fuyes (…), tenant d’une part au chemin qui conduit de notre bas bourg dudit Bournezeau à Saint-Hilaire-le-Vouhis, d’autre à notre allée qui conduit de notre chasteau à notre forêt, d’autre à notre estang et d’autre au chemin qui conduit à notre église et à notre estang ;»
Item, une autre maison où nous logeons gratuitement et autant qu'il nous plaira le curé de notre bourg de Bournezeau, composé de plusieurs chambres basses et hautes, cour, écurie, toit et d'un jardin au-devant (…) tenant d'une part à notre estang, d'autre au jardin des héritiers ALLAIZEAU, d'autre aux maisons et au jardin de FEVRE et BORDAGE, et d'autre au chemin qui conduit du haut de notre bourg de Bournezeau à notre estang.
Il est intéressant de constater qu’une distinction était faite
entre le bas bourg et le haut bourg : le bas bourg pour le sud de la
paroisse (aujourd'hui le secteur de la rue du Centre, de la rue Jean
GROLLEAU et de l'avenue du Moulin) et le haut bourg pour le nord (secteur
de la rue de la Miltière, rue des Halles et rue de l'Abbaye). On retrouve
également cette distinction dans certains actes notariés.
L'église et le château étaient les deux éléments principaux qui
constituaient le bourg au XVIIIème siècle. Par chance un plan de l'église
a été dressé par l'architecte du département en 1876 afin d'établir un
état des lieux du bâtiment dans la perspective d'une restauration ou d'une
reconstruction. Nous savons donc à quoi elle ressemblait et où elle se
situait dans le bourg (voir illustration ci-dessous). Comme l’indique
l’aveu, elle était englobée au château. Dans son rapport, l'architecte
émettait l'hypothèse d'une église construite au XIVème siècle. Elle fut
détruite puis une nouvelle église reconstruite à partir des années 1880 :
elle domine aujourd'hui encore le bourg de Bournezeau. L’histoire de ces
deux églises fera l'objet d'un futur article. Quant au presbytère, sa
localisation n'a pas bougé jusqu'à aujourd'hui.
Contrairement à l'ancienne église de Bournezeau, nous n'avons aucun plan, aucune gravure, aucune description précise de l'ancien château médiéval de Bournezeau. Il occupait le cœur du bourg. Nous avons déjà évoqué son histoire dans “Au fil du temps”, n°13. Cependant, nous constatons, grâce au cadastre de 1825, que les fossés qui l'entouraient occupaient une vaste surface sur l'actuelle place de la mairie : le parking surélevé en face de la place des commerces, de la bibliothèque municipale et de la mairie correspond approximativement aux fossés du château dans sa partie sud-ouest.
Autre élément structurant le bourg : les halles.
Item, notre four banal avec un emplacement où autrefois estaient nos halles, tenant d'une part aux fossés de nostre chasteau, d'autre au chemin qui conduit de notre bas bourg aux Humeaux, et aux maisons des nommés TRENIT et GODILLON, et d'autre au chemin qui conduit de nostre chasteau à la maison et au jardin de Renée GAUDINEAU, veuve du sieur ESGONNIÈRE DE LA FAIBRETIÈRE. »
En 1763, les halles occupaient alors l'emplacement de notre salle
des halles actuelle, dans le haut bourg, sur le chemin qui menait à
Saint-Hilaire-le-Vouhis. Nous apprenons qu’elles n’avaient pas toujours
été là : elles étaient situées à proximité des fossés du château, sur
le chemin qui conduisait du bas bourg aux Humeaux. Selon nous, elles
étaient situées à l’emplacement actuel des 2 - 4 - 6 Place des
3 canons. Nous ignorons à quel moment et pourquoi eut lieu le transfert
des halles. Quoi qu'il en soit le four banal s’y trouvait en 1763. Il
appartenait au seigneur de Bournezeau. Les habitants (ou la communauté
villageoise) avaient l'obligation de l'utiliser pour cuire le pain contre
une redevance au seigneur. Ce droit féodal fut aboli le 4 août 1789.
Un acte notarié de 1806 nous renseigne sur la localisation de ce
four. Il s’agit de la vente d’une
« masure où est enclavé le ci-devant grand four banal de ce lieu, tenant d’un côté au chemin qui conduit du bas bourg à Saint-Hilaire-le-Vouhis, d’un autre côté à une ruelle qui conduit des halles entre le dit four et la maison où demeure actuellement le citoyen TRENIT, boucher, d’un bout à un emplacement où se tient actuellement la foire aux bœufs et de l’autre bout à un emplacement de masure attenant audit four. »
Le four a été détruit à une date inconnue.
« Item, notre estang dudit bourg de Bournezeau avec notre moulin à eau estant au-dessous et y joignant, et la maison en dépendant, tenant le tout d'une part à la Cour du sieur THOMAZEAU, notre procureur fiscal (…) et d'autre à nos jardins et au jardin de la cure (…)
Item, un jardin (…) tenant d'une part au chemin qui conduit de notre moulin à eau à Puymaufrais (…) »
L'aveu nous renseigne encore sur un élément insoupçonnable
aujourd'hui : un étang et son moulin à eau occupaient une partie du bourg.
Le nom des parcelles noté dans le cadastre de 1825 (le pré de l'étang, la
prée de l'étang, le pré du pont…) permet de confirmer la localisation de
l'étang assez précisément, sans pour autant en connaître la superficie. Il
s'étendait sur notre actuel square de la Liberté, en bas de la rue de
l'église, une partie de l'allée de l'Europe, la rue de Beauregard et la
rue Jean GROLLEAU qui constituait une partie de la chaussée de l'étang. Le
moulin à eau se situait au niveau de cette chaussée, probablement entre
les n° 28 et 30 de la rue Jean GROLLEAU. L'étang était alimenté par deux
cours d'eau : le Bornevelt et la Doulaye « qui descend de
Villeneuve ». Aujourd'hui encore le Bornevelt rejoint la
Doulaye à proximité du square de la Liberté. La construction de la route
de La Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine au tout début du XIXème siècle eut
pour conséquence la destruction de la chaussée et du moulin, l'assèchement
et le comblement de l'étang. Le propriétaire était alors Jean RABAUD qui
avait racheté le château et les terres qui en dépendaient [voir Au fil
du temps, n°21]. Pour compenser cette disparition, il se peut que
l'étang que nous connaissons aujourd'hui près des terrains de sport ait
été construit à la même époque. Il appartenait en 1825 à la famille
RABAUD.
En 1810 la vente d’une maison de Bournezeau apporte un autre
éclaircissement :
« (…) Une masure qui autrefois était une maison à laquelle il y a une porte qui sort sur la grande route, située au bourg de Bournezeau près de l’ancien étang dudit lieu, (…) avec un jardin appelé jardin de l’étang touchant l’ancienne chaussée de l’étang, tenant d’un côté du soleil levant aux masures de l’ancien moulin à eau de l’étang (…). »
Un autre acte de vente daté du 6 février 1817 est encore plus intéressant : Jean RABAUD vend à François BAUDRY, charpentier à Bournezeau,
« ce qui reste de l'emplacement du moulin à eau et ses ruages qui autrefois étaient au bas de la chaussée du ci-devant étang de ce lieu, la dite chaussée maintenant grande route qui a englobé le terrain où était ledit moulin et pour ainsi dire les ruages [surfaces permettant les accès] en totalité. »
« Item, une petite maison avec l'emplacement au-devant où se tient la foire aux cochons, et un petit jardin au derrière ladite maison (…) tenant le tout d'une part aux murs de notre église de Bournezeau, d'autre à la maison et jardin de Michel BINEAU ; d'autre à notre jardin où est notre fuye, d'autre aux murs de notre chasteau, et d'autre à la maison des nommés FEVRE et BORDAGE. »
Le cadastre de 1825 situe clairement la fuie ou pigeonnier dans
un terrain appelé « le jardin de la fuie » et dépendant du
château. Elle était de forme cylindrique. En 1872, sur le plan dressé par
l’architecte du département V. CLAIRE, les termes changent : La fuie
devient maison de la Tourette, située dans le jardin de la Tourette. Elle
est détruite lors de la construction de la nouvelle église : elle se
trouvait au niveau de la nef actuelle, à quelques mètres après le porche
d’entrée (voir plan ci-dessous).
Quant à la petite maison avec son jardin citée dans l’aveu, elle
est difficilement localisable sur le plan de 1825 parce qu’elle touche à
la fois les murs du château et de l’église, le jardin de la fuie et une
autre maison. Sans doute a-t-elle été détruite avant cette date.
De 1763 à 1793, Bournezeau ne subira pas de modifications notables. Les Guerres de Vendée vont avoir impact destructeur sur notre bourg. En effet, le 12 septembre 1793, une armée Républicaine de 2500 hommes s’est avancée jusqu’à Bournezeau et a « incendié tout ce qui servait de repaires aux brigands (…) » Six mois plus tard, le 29 mars 1794, une colonne infernale a incendié une partie du bourg. Bilan de ces exactions : le presbytère, le château, les halles et plusieurs maisons sont incendiés.
La percée de la grande route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine peu après la guerre civile va redessiner le bourg de Bournezeau et obliger le comblement de l’étang et, au cours du XIXème, l’alignement des maisons dans ce nouvel axe. Le centre-bourg va connaître à la fin de ce siècle un nouvel aménagement avec la disparition de l’ancienne église et la construction d’un nouveau et imposant lieu de culte.