Dans « Au fil du temps n° 22 », nous avons évoqué un fait
divers qui a été jugé en cours d’assises de Vendée le 20 février 1812. Il
s’agissait d’une agression physique à la suite d’un guet-apens entre deux
habitants de Bournezeau. L’agresseur avait été condamné à 2 ans de prison
et à 50 francs d’amende.
Nous allons ici retracer un autre fait divers qui aboutira à une
condamnation à mort. Il met en scène deux Bournevaiziens. Malheureusement,
en l’absence de dossier de procédure, nous ignorons les griefs de l’un ou
de l’autre.
Il s’agit probablement de la première exécution à mort d’un
habitant de notre commune depuis celles liées à la guerre de Vendée dans
les années 1793-1794.
La victime se nomme Joseph ALLAIGRE. Il est né à Saint-Rémy en
Corrèze le 28 juillet 1775. Il se marie à Bournezeau le 17 février 1802
avec Victoire Aimée Louise GENAIS, native de Bournezeau. Il est scieur de
long. Ce métier qui consiste à débiter de troncs d’arbre dans leur
longueur pour obtenir des planches, chevrons, etc, s’est développé dans le
Massif central. Les scieurs de long de cette région ont souvent migré de
façon saisonnière et parfois de façon définitive lorsqu’ils fondaient une
famille dans d’autres départements. Cette migration s’explique par le
climat rigoureux l’hiver dans cette région montagneuse. Sans occupation et
pour pouvoir gagner leur vie, ils sont contraints de partir de chez eux
dès l’automne. Nous les retrouvons dans toute la France et plus
particulièrement en région parisienne, le centre de la France et l’ouest.
Comme le montre le tableau ci-dessous nous en retrouvons une dizaine sur
la commune au début du XIXème siècle. Joseph ALLAIGRE a 44 ans en 1819 et,
d’après les actes de l’état civil et le recensement de 1820, il vit dans
le bourg de Bournezeau avec sa femme et ses 4 filles.
L’accusé est Joseph MUSSEAU. Il est natif de Pordic dans les Côtes d’Armor. Il vit à Bournezeau depuis 3 ans. Il exerce la profession de cordonnier. Il est célibataire et a 29 ans en 1819. Les archives ne nous donnent pas plus de renseignements le concernant.
Noms | Prénoms | Profession | Années | Actes | Observations |
JANICOT | Jacques | Scieur de long | 1798 | Mariage | Originaire de la Corrèze |
SALLE | François | Scieur de long | 1798 | Témoin Mariage | |
ALLAIGRE | Joseph | Scieur de long | 1802 | Mariage | Né à St Rémy (Corrèze) |
BENARD | Antoine | Scieur de long | 1806 | Naissance enfant | |
MEUNIER | Jean | Scieur de long | 1806 | Témoin Décès | Décédé en 1806 |
SALLE | Jean | Scieur de long | 1808 | Témoin Naissance | |
SALESSE | François | Scieur de long | 1815 | Naissance enfant | |
BOURBON | Jean | Scieur de long | 1828 | Mariage | Né en Creuse |
BOURBON | Alexis | Scieur de long | 1860 | Témoin Naissance |
Nous sommes dans la soirée du 13 janvier 1819 sur le chemin de Bournezeau
à la Roche-sur-Yon, chef-lieu du département nommée à cette époque
Bourbon-Vendée. Joseph MUSSEAU tire une balle dans la poitrine de Joseph
ALLAIRE avec un fusil simple. La victime survit grâce à l’intervention du
docteur en médecine Noël Etienne HENNEQUIN qui lui a retiré la balle. Pour
l’anecdote, ce médecin s’est marié la veille aux Magnils-Reigniers avec
Victoire Pélagie RABAUD, petite fille de Jean Nicolas RABAUD propriétaire
du château de Bournezeau et décédé en 1817.
Malheureusement nous ne savons rien sur les circonstances de
l’agression, ni sur l’arrestation, si ce n’est l’intervention du
garde-champêtre de Bournezeau nommé Louis Nicolas DRAPEAU qui lui a pris
le fusil. De quelle façon ? Est-il avec eux lors de
l’altercation ou bien est-il simplement présent lors de son
arrestation comme le lui permet sa fonction de garde-champêtre qui est en
quelque sorte un policier rural ? Nous n’en savons rien mais il
est probable que ce dernier ait été informé de l’incident grave afin
d’intervenir rapidement, avant même l’arrivée des gendarmes. Depuis 1816,
le garde-champêtre est autorisé à porter une arme. Nous ignorons si Louis
Nicolas DRAPEAU est armé ou non mais pour neutraliser un homme qui est lui
bien armé et qui vient de tirer sur une autre personne, il faut avoir des
arguments !
Le jury se tient le 13 mai 1819. La pièce à conviction principale
trouvée sur l’accusé est le fusil simple et 3 balles de plomb dont 1 balle
est plus grosse que les autres. Cependant la balle retirée par le médecin
est la même que les deux autres. Ont été trouvés également dans ses poches
des feuillets d’un livre d’église. Un premier témoin, Pierre GUERINET
garçon cordonnier, reconnait le fusil comme appartenant à l’accusé. Pierre
THOMELET, maçon et deuxième témoin, le reconnait également pour l’avoir
échangé contre un fusil à 2 coups avec MUSSEAU. Le garde-champêtre
témoigne également et dit reconnaître le fusil « qu’il a ôté lors de
l’arrestation ».
À l'issue du jugement, Joseph MUSSEAU est reconnu coupable et
condamné à la peine de mort pour « crime de tentative »
d’homicide volontaire et avec préméditation sur la personne de Joseph
ALLAIGRE, « laquelle tentative manifestée par des actes extérieurs
suivie d’un commencement d’exécution, n’a manqué son effet que par des
circonstances fortuites et indépendantes de la volonté de l’accusé. »
C’est la formule juridique classique utilisée au XIXème siècle pour
ce genre de situation.
Aujourd’hui cette condamnation peut nous paraître très sévère étant donné
que la victime a survécu à sa blessure.
À la suite de sa condamnation, Joseph MUSSEAU se pourvoit en
cassation mais la Cour suprême rejette sa demande le 3 juin 1819. Le 22
juin 1819, dans la matinée, il quitte la prison de la Roche-sur-Yon
(aujourd’hui la Poste, rue Jean Jaurès). Elle est située juste derrière le
palais de justice. Il est escorté par 2 détachements de gendarmerie l’un à
pied, l’autre à cheval. Il se dirige à pied vers la place du marché lieu
où se déroulent les exécutions (à l’emplacement actuel de la rue du
Marché) peut-être après avoir traversé l’actuelle place Napoléon. Il est
guillotiné à 11h00.
Dix ans après, le 15 décembre 1829, Joseph ALLAIGRE décède
chez lui, dans le bourg de Bournezeau, à l’âge de 54 ans.
La rivalité qui a existé entre ces 2 hommes reste encore
aujourd’hui un mystère.
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Plan de la Roche-sur-Yon daté de 1823 (Archives de Vendée) A- La Prison
B- Le Tribunal C- Place Napoléon D- Eglise Saint-Louis E- Place des Halles F- Les Halles G- Place du Marché |