Un Bournevaizien condamné à mort le 13 mai 1819


  Dans « Au fil du temps n° 22 », nous avons évoqué un fait divers qui a été jugé en cours d’assises de Vendée le 20 février 1812. Il s’agissait d’une agression physique à la suite d’un guet-apens entre deux habitants de Bournezeau. L’agresseur avait été condamné à 2 ans de prison et à 50 francs d’amende.
  Nous allons ici retracer un autre fait divers qui aboutira à une condamnation à mort. Il met en scène deux Bournevaiziens. Malheureusement, en l’absence de dossier de procédure, nous ignorons les griefs de l’un ou de l’autre.
  Il s’agit probablement de la première exécution à mort d’un habitant de notre commune depuis celles liées à la guerre de Vendée dans les années 1793-1794.

Les protagonistes

 
  La victime se nomme Joseph ALLAIGRE. Il est né à Saint-Rémy en Corrèze le 28 juillet 1775. Il se marie à Bournezeau le 17 février 1802 avec Victoire Aimée Louise GENAIS, native de Bournezeau. Il est scieur de long. Ce métier qui consiste à débiter de troncs d’arbre dans leur longueur pour obtenir des planches, chevrons, etc, s’est développé dans le Massif central. Les scieurs de long de cette région ont souvent migré de façon saisonnière et parfois de façon définitive lorsqu’ils fondaient une famille dans d’autres départements. Cette migration s’explique par le climat rigoureux l’hiver dans cette région montagneuse. Sans occupation et pour pouvoir gagner leur vie, ils sont contraints de partir de chez eux dès l’automne. Nous les retrouvons dans toute la France et plus particulièrement en région parisienne, le centre de la France et l’ouest. Comme le montre le tableau ci-dessous nous en retrouvons une dizaine sur la commune au début du XIXème siècle. Joseph ALLAIGRE a 44 ans en 1819 et, d’après les actes de l’état civil et le recensement de 1820, il vit dans le bourg de Bournezeau avec sa femme et ses 4 filles.

  L’accusé est Joseph MUSSEAU. Il est natif de Pordic dans les Côtes d’Armor. Il vit à Bournezeau depuis 3 ans. Il exerce la profession de cordonnier. Il est célibataire et a 29 ans en 1819. Les archives ne nous donnent pas plus de renseignements le concernant.


Carte postale de scieurs de long de la Corrèze vers 1900 (https://sites.google.com/site/imagesdautrefois3)
Noms Prénoms Profession Années Actes Observations
JANICOT Jacques Scieur de long 1798 Mariage Originaire de la Corrèze
SALLE François Scieur de long 1798 Témoin Mariage
ALLAIGRE Joseph Scieur de long 1802 Mariage Né à St Rémy (Corrèze)
BENARD Antoine Scieur de long 1806 Naissance enfant
MEUNIER Jean Scieur de long 1806 Témoin Décès Décédé en 1806
SALLE Jean Scieur de long 1808 Témoin Naissance
SALESSE François Scieur de long 1815 Naissance enfant
BOURBON Jean Scieur de long 1828 Mariage Né en Creuse
BOURBON Alexis Scieur de long 1860 Témoin Naissance
Liste des scieurs de long dans l’état civil de Bournezeau avec l’année et le type d’acte dans lequel ils apparaissent la 1ère fois.

Les faits


Nous sommes dans la soirée du 13 janvier 1819 sur le chemin de Bournezeau à la Roche-sur-Yon, chef-lieu du département nommée à cette époque Bourbon-Vendée. Joseph MUSSEAU tire une balle dans la poitrine de Joseph ALLAIRE avec un fusil simple. La victime survit grâce à l’intervention du docteur en médecine Noël Etienne HENNEQUIN qui lui a retiré la balle. Pour l’anecdote, ce médecin s’est marié la veille aux Magnils-Reigniers avec Victoire Pélagie RABAUD, petite fille de Jean Nicolas RABAUD propriétaire du château de Bournezeau et décédé en 1817.
 Malheureusement nous ne savons rien sur les circonstances de l’agression, ni sur l’arrestation, si ce n’est l’intervention du garde-champêtre de Bournezeau nommé Louis Nicolas DRAPEAU qui lui a pris le fusil. De quelle façon ? Est-il avec eux lors de l’altercation ou bien est-il simplement présent lors de son arrestation comme le lui permet sa fonction de garde-champêtre qui est en quelque sorte un policier rural ?  Nous n’en savons rien mais il est probable que ce dernier ait été informé de l’incident grave afin d’intervenir rapidement, avant même l’arrivée des gendarmes. Depuis 1816, le garde-champêtre est autorisé à porter une arme. Nous ignorons si Louis Nicolas DRAPEAU est armé ou non mais pour neutraliser un homme qui est lui bien armé et qui vient de tirer sur une autre personne, il faut avoir des arguments !

Le procès

 
  Le jury se tient le 13 mai 1819. La pièce à conviction principale trouvée sur l’accusé est le fusil simple et 3 balles de plomb dont 1 balle est plus grosse que les autres. Cependant la balle retirée par le médecin est la même que les deux autres. Ont été trouvés également dans ses poches des feuillets d’un livre d’église. Un premier témoin, Pierre GUERINET garçon cordonnier, reconnait le fusil comme appartenant à l’accusé. Pierre THOMELET, maçon et deuxième témoin, le reconnait également pour l’avoir échangé contre un fusil à 2 coups avec MUSSEAU. Le garde-champêtre témoigne également et dit reconnaître le fusil « qu’il a ôté lors de l’arrestation ».

La condamnation

 
  À l'issue du jugement, Joseph MUSSEAU est reconnu coupable et condamné à la peine de mort pour « crime de tentative » d’homicide volontaire et avec préméditation sur la personne de Joseph ALLAIGRE, « laquelle tentative manifestée par des actes extérieurs suivie d’un commencement d’exécution, n’a manqué son effet que par des circonstances fortuites et indépendantes de la volonté de l’accusé. » C’est la formule juridique classique utilisée au XIXème siècle  pour ce genre de situation.
Aujourd’hui cette condamnation peut nous paraître très sévère étant donné que la victime a survécu à sa blessure.

L’exécution

 
  À la suite de sa condamnation, Joseph MUSSEAU se pourvoit en cassation mais la Cour suprême rejette sa demande le 3 juin 1819. Le 22 juin 1819, dans la matinée, il quitte la prison de la Roche-sur-Yon (aujourd’hui la Poste, rue Jean Jaurès). Elle est située juste derrière le palais de justice. Il est escorté par 2 détachements de gendarmerie l’un à pied, l’autre à cheval. Il se dirige à pied vers la place du marché lieu où se déroulent les exécutions (à l’emplacement actuel de la rue du Marché) peut-être après avoir traversé l’actuelle place Napoléon. Il est guillotiné à 11h00.
  Dix ans après, le 15 décembre 1829, Joseph ALLAIGRE  décède chez lui, dans le bourg de Bournezeau, à l’âge de 54 ans.
  La rivalité qui a existé entre ces 2 hommes reste encore aujourd’hui un mystère.

      Vincent Pérocheau

Plan de la Roche-sur-Yon daté de 1823 (Archives de Vendée)
A- La Prison
B-  Le Tribunal
C-  Place Napoléon
D- Eglise Saint-Louis
E- Place des Halles
F- Les Halles
G- Place du Marché
Sources :
- Cours d’assises de Vendée : série 2U50 (Archives départementales de Vendée)
- Annie ARNOULT, La grande histoire des scieurs de long (http://www.roelly.org/~fleur/auvergne/).
- État civil de Bournezeau et plan de la Roche-sur-Yon (en ligne sur le site des Archives de Vendée)