Le château de la Corbedomère, que l’on trouve aussi écrit sous la
forme “Corbedomèr”, “Corbdomère”, “Corbdomière”, et plus récemment,
“Domaine de la Corbe”, se situe à quelques kilomètres du centre bourg de
Bournezeau, au cœur de la Vendée, en direction de Sainte-Hermine.
Philippe ESGONNIÈRE fut le premier membre de cette famille à être
qualifié de “Sieur de la Corbedommère”. Il épousa Charlotte BAUD en 1639.
Aussi c’est à lui que l’on peut attribuer la construction du premier logis
datant de 1643.
Il laissa celui-ci à son fils ainé, Nicolas. Ce dernier avait eu
deux fils. Le cadet, Jean-Nicolas ESGONNIÈRE, sieur de la Feybretière,
était sénéchal du marquisat de Creil-Bournezeau. L’ainé, Toussaint
ESGONNIÈRE, sieur de la Corbedomère, hérita de la maison paternelle. Il se
maria avec Marie-Thérèse RUCHAUD. Il n’habitait peut-être pas à
Bournezeau. En tous cas, il mourut à Fontenay-le-Comte le 10 mars 1703, à
l’âge de 37 ans.
Son fils ainé, Simon n’était alors âgé que de 6 ans. Il reçut la
Corbedomère quand il fut possible de procéder à la liquidation de la
succession. Il épousa Gabrielle BLANCHARD et en eut 6 enfants. Quand il
décéda le 26 septembre 1771, ses héritiers se partagèrent ses biens.
En l’absence de sources comme un testament, nous ne savons pas
exactement à qui revenait le domaine de la Corbedomère. Il fut peut-être
partagé entre eux. Nous ignorons également si le domaine subit des
dégradations lors de la guerre de Vendée, notamment dans les années
1793-1794.
Nous retrouvons la trace de deux héritiers de Simon ESGONNIÈRE en
1806 : son fils Louis Simon et sa fille Marie Modeste.
Louis Simon ESGONNIÈRE décéda à la Corbedomère le 22 octobre 1805.
L’enregistrement de sa succession qui eut lieu le 16 avril 1806, indique
qu’il fut propriétaire de plusieurs borderies et du domaine de la
Corbedomère composé d’une maison, d’un moulin et d’une métairie. Sa sœur,
Marie Modeste ESGONNIÈRE, veuve de Charles MICHEAU, ses neveux et
nièces furent ses héritiers. Nous ne connaissons pas la répartition
entre eux.
En revanche, suite au décès de Marie Modeste ESGONNIÈRE, veuve
MICHEAU, qui arriva le 19 mars 1808 à Bournezeau, sa succession
révéla qu’elle était propriétaire de la moitié du domaine de la
Corbedomère.
Son unique héritier était son fils Pierre Gabriel prêtre chanoine
et vicaire général de la Rochelle.
Pierre Gabriel MICHEAU refusa de prêter serment à la Révolution. En
tant que prêtre réfractaire, il fut forcé comme beaucoup de religieux à
s’exiler en Espagne en septembre 1792 avec le cousin germain de sa mère
Gabriel Laurent PAILLOU. Après la pacification, dès 1801, il devient
prêtre à Bournezeau, puis vicaire général de la Rochelle lorsque Gabriel
Laurent PAILLOU devint le nouvel évêque de la Rochelle en 1803.
Jusqu’en 1824, rien ne nous permet de notifier précisément les
différents propriétaires du domaine. Il faut attendre le décès de Pierre
Gabriel pour s’en faire une idée précise. Celui-ci décéda le 11 septembre
1824 à la Corbedomère. Peu avant, probablement se sentant proche de la
mort, il fit un testament olographe daté du 30 août 1824 à la Rochelle,
qu’il transmit au notaire de Bournezeau, Alexandre RIVALLAND.
Voici ce qu’il a écrit : « Je donne à Monsieur
DANIEL-LACOMBE, prêtre, mon neveu [son cousin en réalité], ma maison de
la Corbedomère avec la métairie, les réserves, le moulin, les vignes et
le pré de Maupas. » Il lui légua encore sa bibliothèque de la
Rochelle et ses vêtements religieux.
Le bénéficiaire était Pierre Marie DANIEL-LACOMBE, petit-fils de
Marie Rose ESGONNIÈRE, sœur de Louis Simon et de Marie Modeste ESGONNIÈRE
(voir la généalogie page précédente). Il était prêtre, chanoine de la
cathédrale de Luçon et vicaire général du diocèse. Comme lui, les membres
de sa famille, aussi bien du côté maternel avec les familles PROVOST et
ESGONNIÈRE, que du côté paternel, étaient tous profondément catholiques.
Pierre Gabriel MICHEAU fit également célébrer un service pour lui à
Bournezeau avec la distribution le même jour de 120 livres de pain aux
pauvres de Bournezeau. Il légua aux pauvres de Saint-Ouen-des-Gâts une
rente annuelle et perpétuelle de 25 francs. Il fit le même leg à la
fabrique des Pineaux. Il n’oublia pas non plus sa famille. Il donna la
métairie des Epaissolles (à Saint-Ouen) à sa cousine Agathe PROVOST. Sa
maison de Bournezeau avec les dépendances et la métairie de la Grosselière
furent octroyées à d’autres cousines. Enfin il donna la métairie de la
Birochère (à la Ferrière probablement) à la sœur d’Agathe PROVOST,
Scholastique PROVOST.
Son testament montre clairement qu’il était propriétaire unique du
domaine de la Corbedomère en 1824. Le cadastre de 1825 confirme cette
emprise bien que la famille ESGONNIÈRE du Thibeuf y possédait quelques
biens. Il nomma d’ailleurs, comme exécuteur testamentaire, Monsieur
ESGONNIÈRE du Thibeuf, maire de Bournezeau « par l’amitié et la
parenté qui existe entre nous. »
Dès lors la Corbedomère devint la propriété de la famille
DANIEL-LACOMBE. Cette famille bourgeoise vivait au XVIème siècle à
Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne).
On la retrouva à Fontenay-le-Comte en 1703 : Louis
DANIEL-LACOMBE y épousa Louis MOIZAN. De cette union naquirent au moins 2
garçons. Ceux-ci ont créé 2 branches distinctes qui vécurent en même temps
à Bournezeau au XIXème siècle.
Une première branche vivait aux Humeaux de Bournezeau et la
seconde à la Corbedomère. Elles étaient opposées politiquement : la
branche des Humeaux était de gauche et anticléricale ; celle de la
Corbedomère était de droite et catholique. Rien ne nous permet de dire si
cette dernière était royaliste.
Le nouveau propriétaire, Pierre Marie DANIEL-LACOMBE, décéda le 6
janvier 1860 à Luçon. À sa mort, le domaine passa à son frère Flavien
DANIEL-LACOMBE, notaire à Fontenay-le-Comte, qui vint s’installer dans le
vieux logis de la Corbedomère avec son épouse Marie MEREL.
La succession de Pierre Marie DANIEL-LACOMBE, établie le 21 mai
1860, nous donne la composition immobilière du domaine de la Corbedomère à
cette époque. Elle nous donne uniquement la liste des biens situés sur la
commune de Bournezeau. D’autres biens se trouvent sur des communes
voisines et hors du canton de Chantonnay :
- La maison du maître avec cour et jardin
- L’étang
- Le petit champ de l’étang
(terre labourable)
- L’affiage de l’étang
(endroit où l’on plantait des arbres)
- Le bosquet de la prée (futaie)
- Le pré Cardinant (pré)
- L’ouche du portail (terre)
- Le fief du chêne (vignes)
- Le pré de Lorient (pré)
- Le pré du champas (pré)
L’ensemble couvre environ 6 hectares 25 ares pour un revenu annuel
brut de 500 francs.
Il faut ensuite ajouter la métairie de la Corbedomère qui consiste
en bâtiments, quairaux (espace servant à l’exploitation) et jardins. Cela
donne une surface d’environ 48 ares. Il faut y ajouter l’ensemble des
terres labourables et des prés qui totalisent près de 39 hectares. Le
revenu annuel brut de la métairie est estimé à 1350 francs.
Enfin la métairie de la Perdrière complète le domaine. Elle occupe
une superficie totale d’environ 41 hectares et apporte un revenu brut de
1450 francs (25 hectares sur Bournezeau, soit un revenu brut de 1100
francs, et 16 sur la commune des Pineaux-Saint-Ouen, soit un revenu de 350
francs).
Le défunt a donné à ses domestiques, Louis GUILLET et son épouse Amélie
HUGUET, 920 francs « représentant la valeur des objets légués».
Son héritier, Flavien DANIEL-LACOMBE, mourut dans le logis de la
Corbedomère le 21 septembre 1891. La propriété revint alors à son fils
Henri DANIEL-LACOMBE, docteur en droit. Celui-ci avait épousé à Paris le
29 avril 1889 Lucie Avril.
Lors de nos recherches, nous avons découvert qu’il avait écrit un
ouvrage important intitulé « Le droit funéraire à Rome »,
ouvrage édité en 1886. Le thème mélange l’histoire et le droit sous
l’antiquité.
En 1898, ils entreprirent de remplacer la vieille gentilhommière
du XVIIème siècle par un château moderne (probablement pour des raisons de
confort et pour asseoir les ambitions politiques de monsieur). Ils
chargèrent alors un architecte italien qui était à leur service d’en
dessiner les plans dans un style méditerranéen.
Le château fut vendu en 1919 (1917?) à M. Robert GUITTON. À la date
de l’acquisition, les travaux de transformation de la maison étaient juste
terminés.
Parallèlement au logis principal, d'importants communs en forme de
U avec de grandes écuries et remises ont été construits à la même époque.
La propriété conserve encore un peu à l’écart, une chapelle datée
de 1643 (inscription visible sur le portail roman), construite en granit
et armée de contreforts, couverte en tuiles et ornée d’un clocheton carré,
dernier vestige de l’ancienne gentilhommière. La porte ouvre sur un
escalier qui sépare la chapelle à droite de la sacristie à gauche. Cette
dernière est surmontée d’une petite chambre possédant une cheminée de
style Louis XVI à cannelures.
Même la conciergerie de la propriété fait preuve d’une certaine
recherche architecturale.
Après le décès de M. Robert GUITTON, la propriété revint à sa
fille, Mme Solange LAGRANGE DE MANIQUET et fut ensuite habitée par son
fils, M. Hervé BUDAN DE RUSSÉ (né de son premier mariage avec M. Henri
BUDAN DE RUSSÉ, décédé en 1943).
La propriété fut ensuite rachetée en 1989 par M. SOULÉ qui en a
fait un magnifique lieu de location pour des réceptions, des mariages,
séminaires… Il en est toujours le propriétaire.