Un américain en visite à Bournezeau en octobre 2018
La mairie a été contactée pour organiser une rencontre découverte
avec David FULLER. Ce professeur à la retraite, Président Émérite
de l’université de Minot au Dakota du Nord, U.S.A., désirait mieux
connaître Bournezeau et Les Moutiers-sur-Lay. Il cherche à comprendre la
démarche du missionnaire Jean-Pierre AULNEAU, parti des Moutiers
et assassiné par une prétendue tribu Sioux en juin 1736.
Monsieur FULLER possède une résidence secondaire dans une
petite île du Lac-des-Bois. Ce lac est partagé par la frontière entre le
Minnesota (USA) et l’Ontario (Canada). De sa terrasse, David FULLER
voit l’île où se dressait autrefois le fort Saint-Charles. Il imagine
l’itinéraire qu’a dû emprunter le convoi français accompagnant le père AULNEAU
il y a 282 ans.
Sur ce lac,
« Il est difficile de distinguer une île d’une
autre »…
« Comment des gens, il y a des centaines d’années savaient comment se
déplacer sur ce lac, encore moins dans une pirogue en écorce de
bouleau ? »
« Le lac des Bois, classé septième plus grand lac des
États-Unis, est connu pour ses îles boisées, ses affleurements granitiques
et, même de nos jours, son éloignement inhabituel. Le lac séduit par sa
solitude relative, sa faune et sa beauté spectaculaire. »
(David FULLER)
Alors Monsieur FULLER s’est demandé quelles motivations
pouvaient pousser des gens à s’aventurer dans des lieux inhospitaliers, si
loin de chez eux. Il a découvert les craintes du père AULNEAU
dans ses lettres. Il a voulu rechercher à le comprendre, à connaître sa
famille, les lieux de son enfance, de son éducation, son église, ce qu’est
devenue sa famille plus tard.

Carte d’Amérique Guillaume Delisle 1752
On voit que l’Ouest du Canada et des U.S.A. était inconnu.
J.P. AULNEAU avait l’intention de faire partie d’une équipe de
recherche de la mer de l’Ouest souhaitée par le roi Louis XV.
C’est pourquoi il a remonté le Saint Laurent, les Grands Lacs, la Rainy
River jusqu’au Lac des Bois.
Après des échanges de courriers, la journée du 22 octobre a été
choisie pour découvrir Bournezeau. Le 21, il était aux Moutiers-sur-Lay.
Ce lundi matin donc, nous avons trouvé l’américain au cimetière de
Bournezeau en compagnie de l’interprète qui lui avait été choisie par
Jacqueline COLLEU. Ils déchiffraient les inscriptions sur les
tombes de la famille AULNEAU. À la mairie, après une visite à
l’église, Vincent PÉROCHEAU nous a exposé le résultat de ses
recherches sur la famille AULNEAU avec des arbres généalogiques.
La discussion, en confrontant les connaissances de David Fuller avec
celles exposées par Vincent, n’a pas permis de préciser avec certitude le
moment où la famille AULNEAU est devenue propriétaire du Chêne-Bertin.
D’après le recensement de 1836, le propriétaire est Hyppolite AULNEAU
(petit neveu du missionnaire explorateur).

La famille du missionnaire

et la branche qui s'est intallée au Chêne-Bertin
Les liens entre les familles AULNEAU et ESGONNIÈRE
ont motivé la visite que nous avons faite à la Corbedomère et David FULLER
s’est intéressé à la croix de mission route des Pineaux. Il nous précisera
peut-être dans quelques mois pour quelle raison la famille ESGONNIÈRE
DU THIBEUF a donné le terrain pour faire ériger cette croix en 1889
(cf Fil du Temps n°5). Il fait des recherches et nous prépare un article
pour notre numéro de janvier.
« Jean-Pierre AULNEAU, né le
21 avril 1705 aux Moutiers-sur-le-Lay était l’aîné d’une
famille de cinq enfants. Un de ses frères était jésuite ; un autre,
Michel, était sulpicien, et son unique sœur était religieuse à Fontenay.
Le 12 août 1734, déjà prêtre, il débarquait à Québec,
après une pénible traversée sur le Ruby. Le 15 août, il
fut terrassé par la maladie qui avait décimé le navire et fut deux fois
près de mourir. Revenu à la santé, il prépara au collège de Québec ses
examens de théologie et les passa au carême suivant. Le père AULNEAU
fut donné pour compagnon aux chercheurs de la mer de l’Ouest, vers
laquelle LA VÉRENDRYE avait commencé de se diriger.
Le père AULNEAU devait se rendre jusqu’à une tribu
encore inconnue des Français que l’on appellera plus tard les Mandanes.
Ceux-ci, disait-on, étaient sédentaires. Ils habitaient à 250 lieues
plus à l’Ouest, cultivaient le maïs, possédaient des chevaux et
chassaient le buffle. Ils avaient la peau blanche et on vantait leur
douceur. Le jésuite devait apprendre leur langue et fournir par la
suite des informations à leur sujet.
Au printemps de l 736, LA VÉRENDRYE envoya son
fils aîné avec 19 hommes à Michillimakinac quérir des vivres.
[Le père AULNEAU se joignit à eux, pour visiter son ami,
le père du JAUNAY. Le premier soir après le départ, soit
le 6 juin 1736,] les voyageurs ayant fait halte dans une île
du lac des Bois pour la nuit, une bande de Sioux les surprit. Ils furent
tous massacrés et décapités. Les cadavres furent trouvés le 20 juin
par des Français. Le 17 septembre, LA VÉRENDRYE
envoya chercher les corps de son fils et du missionnaire, avec les têtes
des autres pour les enterrer dans la chapelle du fort Saint-Charles. Ce
désastre mit fin au projet de mission chez les Mandanes. »
Lucien CAMPEAU

Le père Jean-Pierre AULNEAU de la TOUCHE et
Jean-Baptiste de LA VÉRENDRYE.
Monument érigé ezn 1976 à Saint-Boniface. (coll.Jacqueline Colleu)
David FULLER a le projet de préciser le lieu et la cause de la
mort de ces hommes. LA VERENDRYE ne voulait pas accuser une tribu
Sioux de l’attaque car il les considérait comme des alliés.
La conversation par l’intermédiaire de l’interprète demandait du
temps. David FULLER a essayé, en nous montrant des photos du lac,
de sa faune, des îles et des couchers de soleil, de nous faire aimer le
lieu et de nous faire partager des émotions qu’a pu ressentir le père AULNEAU.
L’après-midi, nous avions pensé que Maurice BEDON pourrait
enrichir nos connaissances, mais la famille AULNEAU qu’il
connaissait n’était pas la même. Après la visite du Chêne-Bertin guidée
par le propriétaire, une petite promenade dans les rues du bourg et le
vieux château, nous nous sommes quittés en nous promettant de nouveaux
échanges sur le passé de la commune.
Nous n’avons pas les réponses au questionnement de Monsieur FULLER
Les lieux visités aux Moutiers et à Bournezeau et les mentalités
expliquent-elles le courage de partir ? La famille AULNEAU
avait-elle une particularité qui expliquerait la ténacité de
l’explorateur ? Faut-il chercher du côté de la foi les motivations
qui ont alimenté le courage de Jean-Pierre AULNEAU ?
Jean-Paul BILLAUD
Sources : Recherches généalogiques sur le site des
archives de Vendée et le site Généanet"
Documents remis par David Fuller.
« Les Vendéens au Canada, une épopée migratoire
1880-1920 » Jacqueline COLLEU.