S T O (Service du Travail Obligatoire)

1- La France sous l'occupation

  Après la défaite de 1940, aussitôt installé, l'occupant fait travailler à son compte les entreprises Françaises. Et il réquisitionne les ouvriers spécialisés et les ingénieurs dont une bonne partie sont envoyés d'office en Allemagne. Ensuite, suivent trois catégories de travailleurs Français.
 

  Les volontaires

 
  Dès 1940, l'occupant fait appel à des volontaires et ouvre les premiers bureaux de recrutement (de 1940 à juin 1942). Entre 60 000 et 150 000 ouvriers volontaires partent travailler en Allemagne. De plus, des rafles arbitraires de main-d’œuvre ont lieu dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

  La relève

 
  Manquant de main-d’œuvre, en 1942, est créée “la relève” qui devait consister à échanger un prisonnier de guerre qui rentrerait en France, contre trois ouvriers Français qui partiraient travailler en Allemagne. Une grande campagne de propagande est lancée, mais malgré tous les efforts entrepris par le gouvernement de Vichy, l'appel à volontaires à “la relève” est un échec.
 

  Service du travail obligatoire (STO)

 
  C'est alors qu'est instauré le “Service du Travail Obligatoire”, par la loi n°869 du 4 septembre 1942, qui impose la conscription forcée obligatoire de tous les hommes âgés de 18 à 50 ans et toutes les femmes célibataires de 21 à 35 ans. Mais les pertes Allemandes étant de plus en plus élevées sur le front Russe, l'Allemagne manque de plus en plus de main-d’œuvre.
  Une nouvelle loi est votée le 16 février 1943, portant institution du travail obligatoire qui impose la réquisition pour une durée de deux ans à tous les jeunes gens nés en 1920, 1921 et 1922. Cette nouvelle loi stoppe le retour des prisonniers qui à leur tour, eux aussi, sont contraints au travail forcé.
  Les jeunes gens de Bournezeau des classes 1940, 1941 et 1942, font partie des “requis du STO”. Des prêtres catholiques se portent volontaires pour accompagner ces jeunes du STO, malgré leur hiérarchie. Non déclarés, pour éviter les représailles !
  Environ 1 500 000 Français sont réquisitionnés au STO. 60 000 d'entre eux meurent en déportation ; 15 000 sont fusillés ou pendus, pour actes de résistance, de sabotages, de vols. Ils connaissent l'humiliation, la faim, le froid, la maladie, les bombardements, les représailles…
  De retour en France les STO sont souvent confondus avec les volontaires. Ils ont de la misère à être reconnus comme déportés du travail envoyés par le gouvernement Français en Allemagne nazie. Donc ils créent des associations locales, départementales, sous couvert de la Fédération Nationale des Déportés et Requis du Travail, 6, rue Saint-Marc 75002 Paris.


Carte de la Baltique

  Il leur faut attendre la loi du 16 octobre 2008, alors qu’ils ont 86 ans, pour être enfin reconnus comme : “Victimes du Travail Forcé en Allemagne nazie” et avoir droit au drap mortuaire comme les anciens combattants.
 

2- La classe 1942 de Bournezeau : Requis du S.T.O



Banquet de conscrits de la classe 1942

 

  Ils ont fait la vie de conscrit, comme toutes les classes précédentes. Le 22 juin 1941, l'Allemagne déclare la guerre à la Russie. En octobre 41, les Allemands sont aux portes de Moscou. La bataille de Stalingrad fait rage, en Janvier et février 1943. L'armée Allemande y perd plus de 300 000 soldats. Faute d'hommes (partis sur le front Russe) pour faire tourner la machine de guerre, les nazis font appel à des VOLONTAIRES dans les pays occupés, mais c'est un échec. Une deuxième proposition est faite : la RELÈVE. De nouveau c’est un échec.
  Les nazis passent alors un accord avec le gouvernement Français qui fait voter une loi le 16 février 1943 portant institution du travail obligatoire en Allemagne, loi qui impose la réquisition de tous les jeunes gens nés en 1920, 1921 ou 1922.
  Les préfets sont chargés de la conduite des opérations de réquisition des jeunes, et chargent les maires des communes d’en effectuer le recensement.
  Bournezeau n'échappe pas à la loi : Louis JOGUET maire est chargé du recensement, sur ordre du Préfet de la Vendée. C'est ainsi que la classe 1942 part de la gare de Bournezeau en direction de La Roche-sur-Yon le 10 juin 1943, où un train l’attend à destination de la Baltique, via Paris, la Belgique, la Ruhr. (À leur départ ils ne connaissent pas leur destination).
 

  3- Voici leur trajet, leur vie en camp de S.T.O. et leur retour à la vie civile

 
   Le 13 juin ils arrivent à Postdam puis à Stettin, à 17 heures, au camp de Messègelende. Le lendemain 14 juin ils prennent le bateau pour la Poméranie et arrivent à Ostswine le mardi 15 juin 1943, où ils passent leur première nuit dans un baraquement en bois recouvert de papier goudron.

  
Pièce d’identité  allemande d’Yves JAULIN

  Après avoir reçu leurs papiers Allemands et tickets de nourriture, en colonne par quatre, ils découvrent le chantier naval où on leur remet à chacun un numéro.
  Leur premier repas comprend des pommes de terre et une louche de soupe semoule. Le petit déjeuner : seigle et orge grillée (comme café) Embauche du matin à 7 heures, douche à l'eau froide. (hiver comme été, tout au long de leur déportation).
  Au travail, ils font toujours les mêmes gestes. Un bateau est construit chaque jour. Ils sont environ 400 à travailler au port.
  Le camp d'Ostswine est immense et construit à la hâte pour les travailleurs du chantier naval où se mélangent des gens de toute l'Europe : Hollandais, Belges, Polonais, Ukrainiens et Russes. Ils sont plus de 3 000 à vivre dans ce camp.
  La vie n'y est pas rose : La douche est froide ; les vidanges des latrines sont faites tardivement ; les fosses débordent et l'odeur est intenable, ce qui attire dans les baraques les moustiques qui les piquent le soir au coucher.
  Le dimanche est férié. Ils sont autorisés à sortir en ville ; Ils vont souvent au café boire une bière brune. Ils en profitent pour scruter les alentours à la recherche de nourriture : un champ ou carré de pommes de terre, car leurs rations sont plutôt à la baisse. Pourtant, eux, gens de la campagne, reçoivent beaucoup de colis de nourriture qu’ils partagent entre eux. Et malgré cela, ils commencent à voler des pommes de terre dans les champs à leurs risques et péril.

   Voici, par exemple une lettre de Dorice Vrignaud à son patron. (Cette personne n’est pas de Bournezeau)

Stéttin dimanche 14 octobre 1943
Cher patron
   Je viens à vous aujourd’hui pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment et j’espère qu’il doit en être ainsi de vous tous. Pour les nouvelles du pays elles sont toujours les mêmes à part la température qui commence à se faire sentir assez rude, dimanche dernier nous avons eu un peu de neige, mais ça n’a pas duré.
   Je vais aussi vous dire que nous commençons à travailler le dimanche. Dimanche dernier, nous étions deux de la piaule et aujourd’hui, nous y étions cinq et vu qu’il a mouillé nous avons retourné à dix heures. Nous avons également travaillé le jour de la Toussaint.
   Ce qu’il y a qui commence à nous inquiéter c’est la mort, trop nombreuse de beaucoup de camarades au début il en tombait un par mois et maintenant en voilà quatre en trois semaines, et aujourd’hui c’est un camarade d’Olonne sur Mer qui est mort, celui-là n’est pas loin de chez nous.
   Aujourd’hui j’ai reçu une lettre du 5 novembre de chez nous, et il n’avait pas fini d’emblaver encore vu le manque de main d’œuvre et surtout la mauvaise température. Il suffit toujours de n’être pas de force pour que la température ne s’y prête pas. Ils m’ont conté que les betteraves étaient encore belles cette année et les choux à peu près aussi. À part cela, la situation est toujours la même et ce ne sera pas pour cette année que l’on se reverra, mais dans le début de la prochaine.
   Cher patron je vous quitte en vous serrant cordialement la main et à bientôt de plus près.
Vrignaud Dorice

  En août 1943, un bombardement fait des milliers de morts, des brûlés vifs et des noyés
  À Noël 1943, ils apprennent que les Allemands reculent en Russie et que les alliés sont en Italie. Une messe est célébrée au camp en ce soir du 24 décembre par un prêtre Français. Ce samedi soir prend un air de fête. Ils chantent des airs du pays.
  Le jour de Noël, il fait très froid. Ils ont droit au pain blanc. Janvier et février 1944 sont très froids. La grippe fait son apparition au camp. En Mars, malgré le froid, la neige commence à fondre. Les Vendéens font et célèbrent leurs premières Pâques en captivité.

    
   Lettre d’Yves Jaulin, avec le timbre Hitler, adressée à ses parents.
Le courrier est ouvert, lu et contrôlé par les allemands, avant d’être envoyé aux destinataires.

   En juin 1944, ils apprennent que les alliés ont débarqué en Normandie. Leurs visages s’épanouissent de joie. Par contre, leurs chefs Allemands font grise mine et deviennent de plus en plus sévères avec eux. Ils sont de plus en plus surveillés dans leur travail, car lorsqu’ils peuvent, ils osent saboter, en supprimant des vis ou en faisant tomber dans la mer des caisses entières de vis, boulons, clous. (Malheur à celui qui se fait prendre à saboter, la punition est lourde : déportation en camp de discipline, fusillade ou pendaison). En juillet 1944, les lettres et colis n'arrivent plus.
  


Fernand Avril et Raymond Bordage

  En août 1944, Stettin subit de violents bombardements. Eux, à Ostswine, subissent toujours des alertes sans dégâts pour le moment. Leur nourriture diminue de plus en plus. Ils ont faim. L'hygiène devient de plus en plus critique.

        En Octobre 1944, des quartiers entiers de Stettin sont rasés par les bombardements. De temps en temps, ils reçoivent des nouvelles de l'évolution de la guerre. Les Allemands sont de plus en plus méchants avec eux et n'hésitent pas à les frapper.
 
De gauche à droite, en haut: 1…..?- 2 Raymond Bordage - 3...... ? - 4 Camille Rattier - 5 Pierre Lechaigne
- 6 René Beaufour - 7 Yves Jaulin
Au milieu - 8 Henri Bossard - 9… ? - 10 Armand Gautron - 11 Fernand Avril- 12 Raoul Lorieu - 13 René Avrit-
En bas 14 Émile Perreau- 15… ? - 16 … ? - 17 Pierre Vallet
Ils ont mis un peu d'humour sur la pancarte : Les Privés Dames !

   Sur cette photo, si vous reconnaissez un homme non identifié, merci de le faire connaître à la commission histoire. Avec eux il y avait des gens des communes voisines : Maurice Pennisson et Adelin Plissonneau (blessé et handicapé à vie) de Saint-Florent-des Bois, Fernand Guillet de Venansault, Clément Meunier de Mouchamps, Raymond Roulet de Saint-Vincent-Sterlanges, Georges Grelet d’Aizenay, Marcel Gautron de Ste Hermine… Peut-être sont-ils sur la photo ?

 
  En Novembre 1944, le froid est arrivé. Pour l'instant, ils sont épargnés par les bombardements. Ils ont de plus en plus faim, ce qui les oblige à sortir du camp la nuit pour voler des pommes de terre et ils apprennent que les champs et silos vont être surveillés.
  Ils apprennent que les Russes sont bloqués à Varsovie et les Alliés dans les Ardennes. Ils ne reçoivent plus ni colis, ni lettres de Vendée.
  En décembre 1944, il fait très froid. Il y a de la neige. Ils manquent de charbon pour se chauffer. Il leur faut voler du bois sur le chantier sans se faire prendre. Leurs vêtements et chaussures sont usés, rapiécés et ne sont plus que loques.
  Janvier 1945 : Ils ont de plus en plus froid. De plus en plus de bateaux arrivent au port pour se faire réparer. La guerre bat son plein.
  Mars 1945 : Le désordre commence à s'installer. Les Allemands sont inquiets, de plus en plus sévères envers les prisonniers et ne savent pas toujours quoi faire d’eux.
  Avec le printemps, le beau temps arrive. Le camp est misérable. Partout, la rapine est la règle. La police Allemande est lasse et très inquiète sur son devenir. Au loin, on entend le bruit des canons et de l'artillerie.
  Ils voient passer d'immenses colonnes de réfugiés. Ils sont bombardés sans cesse par vagues successives. Une partie du camp est détruite, il y a des morts ou disparus. 27 français sont morts. Abel Pillaud de Bournezeau est tué en plein milieu de la prairie du camp le lundi 12 mars 1945.
  Le mardi 13 mars, ils décident de quitter l'île pour rejoindre le continent. Leur chantier naval n'est plus que désolation. Des morts gisent un peu partout. Le spectacle est atroce et insoutenable. Le front russe n'est plus qu'à quelques kilomètres. Sur le trajet, ils sont arrêtés par des SS qui les réquisitionnent pour du travail : couper du bois, faire des tranchées. Beaucoup d'entre eux sont malades, c'est le cas de leur camarade Yves Jaulin de Bournezeau. Ils sont dirigés vers le continent, à l'hôpital, car les Allemands ont peur d'être contaminés. (Yves Jaulin décède à l’hôpital de Bromberg, Pologne, le 23 mai 1945).  Ils prennent la direction d’Anklam. Le 1er Avril, jour de Pâques, à cinq heures, un prêtre prisonnier leur célèbre la messe et ils peuvent communier. Ils sont toujours obligés de voler des pommes de terre pour se nourrir. Ils ne sont pas les seuls : Les soldats allemands font comme eux, en faisant attention eux aussi à la gestapo.
  Fin avril 1945, ils cherchent du travail dans les fermes pour pouvoir manger. Les avions russes passent en rase-mottes en lâchant quelques bombes. Les policiers Allemands les ont abandonnés. Beaucoup de civils fuient l'avancée des russes.
  Alors qu’ils dorment dans une grange, dans la nuit du 6 au 7 mai 1945, ils sont réveillés par un soldat russe qui leur demande qui ils sont : (Franzers, De Gaulle, Staline, camarade) et tout va bien. Le lendemain matin, les russes occupent le village.
  Les russes enferment les femmes et les jeunes filles du village dans un abri où ils abusent d'elles. Les cris sont abominables.
  Le 8 mai 1945, ils prennent le chemin de la France, et ils croisent de longues colonnes de prisonniers Allemands en direction de la Russie.
  Le 10 mai 1945, ils prennent la direction de Neubrandenburg où les russes contrôlent leurs identités car ils sont à la recherche de nazis. Les russes les conduisent à Schwerin, les confient aux Canadiens qui les conduisent à Lunebrug où ils sont désinfectés. Ensuite, les Canadiens les conduisent à Rheine, à la frontière Hollandaise
  Le 24 mai, ils arrivent à Nivelle, près de Bruxelles. Le 25 mai, ils sont à Lille. La journée est consacrée aux formalités. On vérifie s’ils sont bien des requis du STO (car les travailleurs volontaires ont un numéro tatoué sous le bras).


Photo prise devant leur baraquement. Abel Pillaud au centre, tient le panneau.
Il est décédé le 12 mars 1945.
   On peut remarquer que cette photo, à leur arrivée à Ostswisne, est prise en costume cravate et envoyée à leur famille pour montrer qu’ils ne sont pas malheureux. (Photo publicitaire)

  Le 26 mai, un train les ramène. À 14 heures, ils sont en gare de Nantes. Des cars les ramènent en Vendée où leurs familles, prévenues, les attendent.

4- Retour à la vie civile

 
  Le retour à la vie civile est un peu compliqué. Vus du côté des anciens combattants de 14/18, des politiques, de la résistance… ils sont comme les prisonniers de guerre, accusés de “captifs de l'an quarante”, victimes expiatoires de la défaite. Comme eux, les requis du STO sont confondus avec les volontaires et accusés à tort d'avoir collaboré avec l'Allemagne nazie. Ils créent donc leurs propres associations. Pour les STO : Section locale des Déportés et Requis du Service du Travail Obligatoire de Bournezeau. Avec des adhérents à Thorigny, Les-Pineaux-Saint-Ouen, Saint-Vincent-Puymaufrais, Sainte-Hermine, Saint-Jean-de-Beugné et Bournezeau.

 

Cette section locale est couverte par l'Association Départementale de Vendée des Travailleurs Forcés Expatriés Requis du STO et des Réfractaires, 17 rue Lafayette 85015 La Roche-sur-Yon qui dépend elle-même de la Fédération Nationale des Déportés du Travail Obligatoire 6, rue St Marc 75002 Paris.

                                
   Le drapeau des déportés, section de Bournezeau

  Aussitôt créée, la section de Bournezeau a son propre drapeau, ce qui lui permet d'assister à toutes les cérémonies, patriotiques, civiles, militaires, d'accompagner les camarades STO ou anciens combattants à leur dernière demeure. Alors âgés de 81 ans, ils décident de dissoudre leur association locale avec remise d'une plaque mortuaire à chacun. Le 8 mai 2003, Fernand AVRIL, responsable et porte drapeau de la section de Bournezeau, remet à Eugène POUPIN, président de la section UNC de Bournezeau, le drapeau des déportés du travail. Ce drapeau est porté depuis le 11 novembre 2003 par un “soldat de France” de la section UNC. Ce qui permet de rendre un dernier hommage aux déportés. La sépulture du dernier d'entre eux a lieu le 30 novembre 2018.
  Aujourd'hui les anciens du STO ne sont plus là pour raconter leurs tragédies. Abandonnés par la société, ils nous ont quitté sans avoir été entendus. Les tombes de ceux de leurs camarades fusillés, pendus, torturés, morts de maladies, en pays ennemis, sont aujourd'hui à l'abandon.

  Seuls ceux qui ont connu cette épreuve de la vie peuvent pleinement en mesurer le prix. Après avoir été confinés dans des baraquements en bois surpeuplés, soumis à un travail harassant sous une surveillance répressive, cette jeunesse est venue à la vie civile stigmatisée par la mémoire collective, sur un incontournable sujet qui reste largement tabou.
  Ils sont au nombre de plus de 650 000, ces jeunes nés en 1920, 1921, 1922, envoyés par l'État Français. La France d'aujourd'hui ne parle que d'un simple épisode de guerre, alors que le tribunal de Nuremberg en 1945 a classé de crime contre l'humanité cette déportation des S.T.O. du travail forcé par l'État Français.


   Banquet des 40 ans des STO de Vendée à Commequiers. (Parmi eux des anciens STO de Bournezeau)

   Le Comité Départemental de la Vendée, pour pallier au manque de reconnaissance de la République Française envers ceux qui furent déportés du travail obligatoire leur attribua une médaille départementale des STO de Vendée. (ci-contre)
  

  5- Conclusion

  La guerre n’est jamais belle. Quelle qu'elle soit, elle est une abomination inhumaine !
  Sans celle voulue par Napoléon III en 1870, il est fort probable qu'il n'y aurait pas eu 14/18 et 39/45. Si 14/18 fut un massacre militaire, 39/45 fut tout autre, avec la déportation inhumaine de civils, en masse, parce qu'ils étaient juifs, roms, politiques, gaullistes, résistants, communistes, etc.… La plupart ont été exterminés dans des camps de concentration.
  N’oublions pas les soldats alliés qui ont donné leurs vies, les prisonniers de guerre, les F.F.I. et les S.T.O.. Ces quelques lignes qui retracent leurs vies en déportation ne sont pas là pour les réhabiliter, car ce terme n'a plus lieu d'être aujourd'hui mais pour faire mieux connaître la diversité de ces quelques 600 000 requis qui eurent la malchance d'être livrés par leur gouvernement à l'économie ennemie.
  Ces jeunes Français d'une vingtaine d'années, parfois mariés, sont partis au travail obligatoire par obéissance, par peur des représailles contre leur famille, et non comme volontaires. Il n'y a pas eu de partant heureux et la peine fut double à leur retour, comme s’ils étaient abandonnés une deuxième fois. Car malgré la délibération du tribunal de Nuremberg en 1945 qui a reconnu le S.T.O. crime contre l'humanité, c'est seulement en 2008, alors qu'ils étaient âgés de 86 ans, que la France les a reconnus comme victimes du travail forcé en Allemagne nazie.
  Parmi eux des gens sont devenus célèbres : Georges Brassens, Michel Galabru, Antoine Blondin, Cavanna, Raymond Devos, André Tissier, André  Bergeron etc...

Jean-Yves Jaulin

   Sources : Lettres de correspondances envoyées à leurs familles retraçant leur quotidien
   - De la Vendée à la Baltique (Eugène Texier)     -   Mairie de Bournezeau (état civil)
   - Les STO histoire des Français requis en Allemagne nazie 1942 - 1945 (Pierre Arnaud)
   - Remerciements à : Patrick Avril, Marie Reine Bossard, Jean Claude Bordage, Nicole Bousseau,
   - Marie Droillard, Dominique Goineau, Louis-Marie iraudeau, Alcide Jaulin, René Lorieu,
   - Jean Paul Motte, René Perreau, Christian Rattier, Maurice Robert.

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Témoignages de familles de S.T.O classe 1941 de BOURNEZEAU

   1- Maurice Robert

  MauriceR obert, né aux Essarts, est arrivé à BOURNEZEAU après la guerre. Il a été requis du S.T.O, déporté dans la région de Saxe-Anhalt sur les rives de l’Elbe à Magdeburg en Allemagne orientale.
  Il a connu, le froid, la faim, le harcèlement au travail, des bombardements en permanence, mais aussi une amitié exemplaire de partage entre déportés. Maurice a été blessé à un bras par des éclats d’obus, marque de blessures qu’il gardera à vie.
   Témoignage de son fils Maurice
   Photo prise le jour de Noël 1943 au camp de Magdeburg
                                                 Maurice Robert debout au fond
  

2- Gaston Giraudeau

Gaston Giraudeau est né en 1921. Pendant toute sa captivité, il a consigné chaque journée sur un journal de bord.
  
   « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage. » Cette première strophe du célèbre sonnet de Joachim Du Bellay, membre éminent de la (Pléiade), aurait pu s’adresser à Gaston Giraudeau de Bournezeau, mais hélas, son long périple de la Vendée à la lointaine Norvège n’était pas un voyage d’agrément et il n’a pas rendu heureux notre boulanger vendéen, qui avait dû quitter brutalement sa famille et ses amis, laissant son père bien seul, à la tête de son entreprise.
  La loi Sauckel du 16 février 1943 était en effet promulguée ; Le lundi 29 mars 1943, notre requis devançait de trois mois la classe 1942 et prenait la direction de Stettin, ville Allemande à l’embouchure de l’Oder sur la mer Baltique, où il commença à travailler au nettoyage de la coque des nombreux bateaux ancrés dans le port.
  De façon exemplaire, Gaston Giraudeau a tenu un journal de bord quasi quotidien, ce qui nous
permet de suivre son activité de S.T.O. au jour le jour.

   La routine du travail quotidien est brutalement interrompue le 9 mai 1943. En effet, ce jour-là, grand branle-bas dans le camp où sont logés tous les ouvriers requis, car il est question d’un prochain départ de certains d’entre eux pour la Norvège.
  Effectivement, Gaston Giraudeau fait partie du groupe et embarque le 12 mai 1943 sur le navire DONAU, direction OSLO. (Départ un peu tristounet, car lors du voyage du camp au bateau, il a malheureusement perdu sa précieuse gamelle, indispensable pour la soupe du soir !).
   Notre ex-boulanger raconte avec moult détails son voyage imprévu. Tout d’abord en mer Baltique, puis lors du passage au large de Copenhague.
  L’escorte du convoi de quatre bateaux comportait un destroyer, deux dragueurs de mines et sept vedettes rapides. À l’approche du Danemark, ils furent survolés par des hydravions allemands.
La carte d’adhérent de Gaston Giraudeau à la Fédération Nationale des Déportés du Travail
  À l’entrée en Mer du Nord, l’escorte a été considérablement renforcée, avec, en particulier, apparition d’un sous-marin.
  Le jeudi 13 mai 1943 à 11h45, alerte à bord, une mine flottante frôle leur bateau à tribord. Les canons du navire entrent en action, mais sans résultat ; par contre, les éclats d’obus blessent deux camarades qui se tenaient sur le pont arrière !
  Le samedi 15 mai, ils arrivent à Oslo, où un train les attend pour Bergen.
  De nouveau, embarquement sur le bateau (le Levante) qui, en trois jours, rejoint Ardalatangena, (un port situé plus au nord) où l’accueil de la population norvégienne est très chaleureux.
  Installation par un froid glacial dans des baraquements où habitent déjà des norvégiens requis du STO comme eux.
  Après un jour de repos, qui lui permet de visiter le secteur qu’il trouve très joli, Gaston Giraudeau est affecté à la firme “Sambygg” : son travail consistant à effectuer des terrassements, charger des wagonnets le matin et poser des traverses et rails de chemins de fer l’après-midi. Cette activité dure, pour lui, un peu plus d’un mois car, comme il se sent de plus en plus fatigué, il se rend à l’infirmerie du camp, où l’on diagnostique chez lui un diabète mellitus, maladie qui a été considérée par l’état français comme une conséquence de fait de guerre, par présomption d’aggravation.
  Après un long séjour à l’hôpital, Gaston est rapatrié en France le 26 octobre 1943 et reprend son travail de boulanger, rue Jean Grolleau. Il se marie et est père de trois enfants dont le maire actuel de Bournezeau.
  Il décède jeune, des conséquences de son diabète, en 1976, à l’âge de 55 ans.

   Extrait de l’ouvrage de Louis Gouraud “Les STO vendéens au rendez-vous de l’histoire”