Septembre 1914 : la bataille de la Marne

  Après la défaite sévère de la fin du mois d’août, l’armée française a battu en retraite. Les soldats étaient fatigués par des marches de 40 km par jour, mais les allemands aussi et leur avancée rendait le ravitaillement plus difficile.
  Galliéni, promu gouverneur de Paris que le gouvernement avait quitté, averti d’une brèche entre deux armées allemandes a décidé Joffre à contre attaquer sur le flanc du dispositif allemand. C’est là qu’ont été utilisés les taxis parisiens pour transporter des hommes. L’ordre a été donné de ne plus reculer : La bataille s’est engagée le 7 septembre le long de la Marne et de ses affluents, entre Paris et Verdun. Les soldats de notre commune se trouvaient surtout au centre du dispositif, où Joffre avait l’intention d’attaquer.
 


L’avance allemande en août 1914

  Interview de Christophe Gué pour le journal “La Croix 4-5 janvier 2014” : Les leçons des premières semaines du conflit, précise cet officier historien, ne seront vraiment tirées par l'état-major français qu'en 1917

C. G. : Près du sixième des Français tués pendant la Grande Guerre l'ont été en août et septembre 1914!
La puissance de destruction des armes modernes face aux “pantalons rouges” rendait inévitables de lourdes pertes. L'état-major du général Joffre les a aggravées en sous-estimant les effets du feu,
Les nombreux échecs et défaillances qui se sont produits sous le choc de la réalité, conjugués au souci du grand quartier général (GQG) de ne pas s'en voir imputer la responsabilité, ont été à l'origine d'autres pertes, telles que le limogeage de 162 généraux, dont Lanrezac.
C. G. : Des enseignements ont bien été tirés et des chefs compétents promus. Mais le prestige que la bataille de la Marne a valu à Joffre et au GQG, s'ajoutant à la vertu dissuasive des limogeages, a empêché une véritable remise en question.

  Élie Minguet, 26 ans, de Bournezeau est mort le 30 septembre 1914. Son régiment, le 153ème R.I. combattait du côté de Liaucourt, au nord de Paris. Il est inhumé à la Fère-Champenoise.

 
Nécropole Nationale de Fère-Champenoise
Sur une superficie de 16 480 m2, ont été inhumés les corps de 5 986 soldats :  
- 5 816 soldats français dont 3 349 en ossuaires, 4 soldats britanniques et 2 soldats tchèques, tués au cours de la 1ère guerre mondiale,
- 161 soldats français et 3 soldats belges, tués au cours de la 2ème guerre mondiale.
(https://artois1418.skyrock.com) .

Louis Baudry avait 31 ans. Né à Saint-Vincent-Puymaufrais, il avait été ajourné en 1905 pour “imminence de tuberculose”. Mais il a pu effectuer son service militaire en 1906 et 1907. Il avait été ouvrier agricole à Saint-Martin-Lars, à la Réorthe, aux Moutiers. Également au 137ème R.I., il a disparu ce 8 septembre à la Fère-Champenoise. Ses parents résidaient à Villiers et son nom a été inscrit à Bournezeau.

  
8 Septembre 1914 : nouvelle canonnade à 3 h 00 du matin. Elle cesse à 3 h 45. Une nouvelle attaque allemande se déclenche en usant d’un stratagème : on entend la sonnerie “cessez le feu”, ce qui doit laisser croire à un arrêt de l’offensive, mais en fait il n’en est rien. Une forte fusillade provient de la lisière du bois au sud de la voie ferrée : les 1er, 2ème et 3ème bataillons sont entourés et se font jour au Sud à la baïonnette.  
 Les pertes sont qualifiées “d’effrayantes”, atteignant sur cette journée et pour les seuls soldats 21 tués, 378 blessés et 158 disparus. Pour finir, 160 hommes se rassemblent à Euvy (Marne, au sud de la Fère Champenoise), occupant la lisière du bois entre ces deux localités. Ils se portent ensuite vers la cote 139 au Sud-Est de Corroy. (Journal de marche du 137ème RI)

  Flavien Avrit, 32 ans, de la Grande-Forêt était au 137ème R.I. Il a été déclaré mort à La Fère-Champenoise le 9 septembre 1914 et inhumé au nord du chemin de la Fère-Champenoise à Lenharrée, commune de Normée, tombe n°719.  

Le Colonel Lamay, commandant la 42ème Brigade, 93ème et 137ème, chef résolu et énergique, donnant à tous l'exemple de la valeur la plus calme et du plus grand esprit de sacrifice, maintint, à Normée, sa Brigade - dépourvue d'artillerie, - sous le leu écrasant de l'ennemi (paroles du Général De Castelneau) Historique du 137ème R.I.

  Antonin Besson, 24 ans, de Bois-Morin à Saint-Vincent-Puymaufrais était au régiment d’infanterie de Parthenay (le 114ème R.I.). Il a disparu aussi ce 8 septembre à la Fère-Champenoise.

  
Cette journée du 8 a été, comme on le voit, particulièrement dure : Sans actions très marquées, sous une pluie continuelle de projectiles, dans des mouvements de va et vient incessants. Nous la soldons finalement par des sacrifices sanglants. (Historique du 114ème R.I.)
 

Ernest Herbreteau, 25 ans, du Simon-la-Vineuse était au 64ème R.I. d’Ancenis. Domestique agricole, il a peut-être travaillé à Bournezeau : Deux Herbreteau E. sont inscrits sur le monument aux morts de Bournezeau. Il est aussi sur celui du Simon. Il a disparu à la Fère-Champenoise le 8 septembre.

  
Plusieurs corps à corps se produisent au cours de la nuit du 7 au 8 ; des groupes qui se trouvent encerclés foncent dans le tas et s’ouvrent un chemin sanglant ; […] Au cours de ces glorieuses journées, les pertes du régiment s’élèvent 1 050 hommes environ. (Historique du 64ème R.I.)

  Arthur Gautier, de Puymaufrais, 25 ans, caporal au 64ème R.I. a été blessé le 8 septembre à la Fère-Champenoise par un éclat d’obus. La gangrène a causé sa mort le 12 septembre à l’hôpital de Luchon. Il avait déjà été blessé le 22 août à Maissin mais il avait refusé d’être évacué. Il a été décoré de la croix de guerre avec étoile d’argent.


Arthur Gautier au 64ème R.I.

  Emmanuel Vallet, 26 ans, (le père de René, Pierre et Eugène Vallet), originaire de la Vendrennière, cultivateur à Saint Vincent-Puymaufrais, a été fait prisonnier le 8 septembre à la Fère-Champenoise. Il était au 64ème R.I. Il a été interné à Erfurt et à Cassel et est revenu le 20 décembre 1918. Il s’est marié le 4 août 1919 avec Mathilde Marot. Son frère Florent était aussi mobilisé.

  Élie Blanchard, appelé Léon, 24 ans, de l’Audjonnière, du 65ème R.I. de Nantes a disparu le 9 septembre 1914 à la Fère-Champenoise.

  Henri Auger, 33 ans, de Bournezeau (son père était instituteur), est passé sous-lieutenant le 7 septembre 1914. Le lendemain, il a été blessé à la Fère Champenoise : Lésion de la hanche droite et perte de la vision d’un œil. À la suite de son service militaire de 1902 à 1905, il s’était toujours engagé dans l’armée avec le 93ème R.I. Il s’était marié à Bournezeau avec Ernestine Pelon, fille d’un cafetier de Bournezeau. Il est mort à Tiffauges en 1925.

  Narcisse Blanchard, 29 ans, a été blessé le 7 septembre 1914 à la Fère-Champenoise par un éclat d’obus à la cage thoracique. Charpentier, il avait été incorporé au 6ème régiment du Génie de 1905 à 1908. Il a eu une autre blessure en 1917.

  Albert Augereau, de Chenillac à St Vincent-Puymaufrais, était au service militaire au 2ème Zouaves à Oran lors de la déclaration de guerre. Muté au 151ème R.I., il a été tué le 9 septembre à Saint-Prix, au château de Montgoux, département de la Marne. (au sud d’Épernay)

  
Le 8, le 151ème reprend l'attaque, enlève les villages de Corfélix, de Culots. Au cours de ces combats, le régiment perdit 600 officiers et soldats. Le 9, la 42ème D.I., pour parer à un mouvement ennemi, glisse vers la droite et prend position dans la région de Fère-Champenoise : théâtre de luttes épiques, de combats sans merci, de corps à corps sanglants. Mais l'ennemi arrêté sur tout le front, éprouvé par des pertes cruelles, prix de son avance rapide, faiblit et bat en retraite. (Historique du 151ème R.I.)
 
Bataille des marais de Saint-Gond (5-9 sept.1914)
Albert Augereau y est peut-être passé

  Marc Crépeau est né à La Réorthe. Il habitait à la Brunière. Il a fait son régiment au 114ème R.I. de 1911 à 1913, puis a été rappelé le 4 août 1914. Il a été blessé à la fesse droite par balle le 15 septembre 1914, près de Reims.

  
Aussi les 14 et 15 septembre, le 114 livre de très durs et très pénibles combats à l'Est de Moronvillers et au Nord de la voie Romaine sans réaliser des gains de terrain appréciables. (Historique du 114ème R.I.)

  Il a été réformé le 3 septembre 1919 pour tuberculose pulmonaire et en est décédé le 24 janvier 1920 à Bournezeau. Ce n’est que le 24 janvier 1921 qu’une pension de 2 400 F lui fut attribuée, avec effet au 1er septembre 1919.

  Alphonse Bernereau, forgeron, (père de Jean) était au 20ème R.A.C. depuis le 8 octobre 1912. Il a été blessé par éclat d’obus au bras gauche le 7 septembre 1914 à Sézanne (À l’ouest de la Fère-Champenoise). À sa guérison, il a été muté dans les services auxiliaires, puis détaché à l’usine de Castelsarrasin à partir du 20 février 1916.

  
Débarqué à midi, [à Troyes] il |le régiment] entreprend immédiatement une marche forcée de plus de 70 kilomètres sur Connantre. Le lendemain au petit jour, surprise ; il faut se replier sur Gourgançon. On entend le grondement des canons des camarades aux marais de Saint-Gond. La division se déploie et le suprême effort des Allemands se brise sous les rafales du 75. Le soir, l'ennemi battait en retraite (9 septembre). (Historique du 20ème R.A.C.)

  Louis Blaud, pupille de la nation, employé au Chêne-Martin, est mort de maladie le 21 septembre à l’hôpital de Chalons-sur-Marne.

  Alphonse Droussé, 21 ans, né à Bournezeau, instituteur public à Bournezeau, était au 114ème R.I. de Parthenay. Il a été promu caporal le 15 septembre. Il a été tué à Mourmelon-le-Grand le 19 septembre.

   Le 18, l'ennemi débouchant d'Auberive déclenche à son tour une attaque qui réussit un moment à enfoncer la ligne tenue par le 1er Bataillon et à refouler ses éléments jusqu'au sud de la voie Romaine. Le lendemain nous réoccupons nos anciennes tranchées et arrivons même les jours suivants à progresser de 3 ou 400 mètres. (Historique du 114ème R.I.)

  Octave Chauvet, 24 ans, de la Corbedomère est décédé le 9 octobre 1914 dans l’ambulance à Chalons-sur-Marne, suite à ses blessures. Son régiment, le 114ème R.I. combattait un peu à l’ouest d’Auberive, creusant des tranchées.


La cuisine à l’heure de la soupe au camp de Chalons.

  Zénob Guinaudeau, 26 ans, a été blessé le 24 septembre 1914. Plaie par balle au pied gauche. Son régiment, le 114ème R.I. était en Champagne, du côté d’Auberive. Le 30 novembre, il était de retour, mais à partir du 1er janvier 1915, il a presque toujours été malade et a fréquenté de très nombreux hôpitaux et maisons de convalescence. Il avait une forme de tuberculose des vertèbres lombaires.

  Léon Augereau, 23 ans, de Saint-Vincent-Puymaufrais était au 134ème R.I. à Macon depuis le 10 octobre 1912. Il avait été blessé à Apremont, près de Nancy. Le 6 octobre à la redoute du Bois-Brûlé, il a reçu un éclat d’obus à la cuisse droite. Il a été évacué sur Marseille jusqu’au 22 novembre.

  
Les allemands se portent six fois à l’attaque, six fois ils sont repoussés. La mort héroïque de leur capitaine a électrisé les défenseurs de la redoute que nous garderons encore plusieurs jours. Beaucoup de braves, malheureusement, tombent sous les coups de l’adversaire. En sept jours 180 hommes de la 6ème compagnie sont mis hors de combat. […] Le 6 octobre, la redoute est toujours défendue par la 6ème compagnie. (Historique du 134ème R.I.)


Redoute du Bois-Brûlé (photo du Capitaine Lepineux

  
Le centre de la bataille

  Édouard Giraudeau, 32 ans, né à Thorigny, avait été domestique aux Pineaux puis à Bournezeau en mars 1914. Il était au 123ème R.I. Il est décédé de ses blessures sur le champ de bataille de Verneuil-Courtonne, dans l’Aisne, le 18 décembre. Son corps est dans l'ossuaire de la Fère-Champenoise.

  
Le 12 novembre, le 123ème va occuper le secteur de Verneuil-Moussy - ferme du Metz. Il termine l'année 1914 dans les tranchées de Moussy-Verneuil-Beaulne. C'est le stationnement qui commence dans des conditions déplorables. Les tranchées ne sont que des fossés pleins de boue pas d'abri, pas de boyau praticable; les travaux d'aménagement s'annoncent énormes. (http://chtimiste.com/batailles1418/divers/historique123.htm)

  Jules Roy, 27 ans, de la Borelière a été blessé le 8 septembre à la cuisse droite par éclats d’obus, à la Fère-Champenoise. Il était au 137ème R.I.et a été évacué en train sanitaire vers l’hôpital d’Albi jusqu’au 24 septembre. Mais il n’a rejoint les armées que le 10 mai 1915. Il a été évacué encore le 31 janvier 1916 en Champagne, et à son retour, le 17 mai 1916, il est passé au 99ème R.I. il a été malade 10 jours plus tard vers Cerny (Chemin-des-Dames) et est revenu “aux armées” le 12 juin. Blessé de nouveau au combat du Mont-Kemmel le 16 avril 1918, il rejoint son poste le 8 novembre 1918. Il a pu se retirer à Bournezeau le 16 juillet 1919.

  Le 27 octobre, Henri Gaillard avait 34 ans. Son père était marchand de grains domicilié au champ de foire de Bournezeau. Lui, il avait été teinturier à Laon. Rappelé au 137ème R.I. il a disparu à Mailly-Maillet, dans la Somme. C’est ce qui est déclaré sur sa fiche “Mémoire des hommes”, pourtant, son régiment n’était pas à cet endroit le 27 octobre, mais près du Chemin-des-Dames où il y a bien eu une attaque meurtrière.

  
Le 27 Octobre, le 1er Bataillon a l'ordre d'attaquer la grande tranchée entre la ferme de Toutvent et Lassigny. […]. Deux sections de la 4ème et de la 1ère s'élancent à la baïonnette et traversent le réseau. À 10 mètres de la tranchée allemande, elles rencontrent des fougasses qui explosent, une mitrailleuse les prend en écharpe, elles sont forcées de se replier. (Historique du 137ème R.I.)

  Pierre “Joseph”Alétru, 33 ans, de la Maison Neuve, était fils unique et son père est décédé pendant son service qu’il a effectué de 1902 à 1904 au 125ème R.I. Sa mère a continué à tenir la ferme avec des domestiques et a dû le faire de nouveau de 1914 à 1919. Joseph a été blessé le 29 septembre à la Boisselle (au nord d’Amiens) : éclat d’obus aux reins. Il était au 137ème R.I.

  
Le 29 Septembre, un peu avant la nuit, le 137ème reçoit l'ordre d'enlever la Boisselle. Il s'élance sous un feu violent d'artillerie. Quelques Compagnies mélangées sont accueillies par un feu violent qui les oblige à se terrer. Elles se replient légèrement derrière la crête, et pendant la nuit, creusent des tranchées. (Historique du 137ème R.I.)

  Désiré Suzenet, 33 ans, qui fut domestique à Bournezeau où il est né, était incorporé au 137ème R.I. Il a été déclaré tué à l’ennemi à Chalons-sur-Marne le 24 septembre. Quand il a disparu, son régiment était alors en train de se déplacer des environs de Reims en direction de Compiègne d’où il a été transporté en train vers l’Artois : Il s’éloignait de Chalons-sur-Marne. L’avis de décès a été envoyé à Pérignac en Charentes. Son nom est sur le monument aux morts de Bournezeau, mais aussi à Pérignac.

 Zénob Huvelin, 25 ans, pupille de la nation domestique à Bezeau, a été rappelé en août 1914 au 64ème R.I. Il a été fait prisonnier le 8 septembre vers Chalons-sur-Marne et emmené à Langensalza. Libéré le 18 janvier 1919, il a émigré en Charente à Semussac.


Base du monument de Mondement, construit au sud des marais de Saint-Gond
pour commémorer la victoire de la Marne en 1914.

  Pierre Rivière avait 20 ans quand il est parti au service militaire le 27 novembre 1913, au 51ème d’artillerie. Il est mort d’une phlébite, suite de blessures de guerre, à l’hôpital de Limoges le 28 septembre 1914. Son régiment était en Argonne ce mois-là.Son corps repose dans le carré militaire "Louyat" 36 à Limoges n°27.

  Attaquée sur son aile droite, l’armée allemande a dû faire reculer le centre de son dispositif. Après le mois de septembre, malgré l’envie d’attaquer des généraux français, les lignes de front se sont stabilisées sur les positions acquises. Elles n’ont été que très peu modifiées pendant 3 ans, malgré les offensives et les morts

 Jean-Paul Billaud

   Sources : fiches matricules militaires
   Recensements de 1911 et 1921
  http://jeanluc.dron.free.fr/th/historiques2.htm
  https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/recherche.php?fam=7