Inviter aux sépultures autrefois

             
 
  Le silence habituel qui régnait sur le bourg de Bournezeau venait de s’arrêter : On entendait sonner une des trois cloches de l’église.
  Le Curé de la paroisse avait prévenu le sacristain de venir sonner “un glas”. Ce dernier arrivait de suite et se mettait à tirer sur la corde qui actionnait une des trois cloches. Il la faisait sonner d’une certaine façon : “au coup par coup”. Elle tintait et produisait un son allongé assez lugubre qui se répétait environ toutes les dix secondes et cela pendant une dizaine de minutes.
  C’était un glas, ce qui signifiait que quelqu’un de la paroisse venait de mourir.

  Les femmes du bourg habituées à parler beaucoup et curieuses sortaient tout de suite dans la rue pour savoir qui était mort et colporter la nouvelle.

  Avant les années 80, il n’y avait pas de moyens de communication sauf le journal pour une minorité.
  La famille du défunt demandait les voisins pour “inviter à la sépulture” Ces personnes faisaient chacune une tournée des villages et des fermes de la commune.

Louis Pelon

Très souvent certains préposés pour avertir devaient aller dans des communes voisines pour prévenir des parents éloignés ou des amis du défunt.

  Parfois la tournée était longue. Elle se faisait en vélo. Il ne fallait pas s’attarder à discuter dans chaque maison et surtout ne pas aller à la cave car la journée n’était pas finie. Certains se laissaient piéger et ne savaient plus ce qu’ils faisaient. Ils retournaient en hâte le lendemain matin finir la tournée.
  Autour des années 60/70 la famille du défunt ne prenait plus les voisins pour faire les tournées de la campagne et prévenir quelques familles des communes voisines. Les invitations du bourg étaient alors souvent faites par une personne attitrée. Elle était rétribuée.
  À Bournezeau Louis Pelon, (Le fils du garde-champêtre) ouvrier maçon, a assuré ce service. Il connaissait par cœur toutes les familles, tous les villages et les fermes isolées de la commune.

  Pour faire sa tournée il se servait toujours de sa mobylette.

  En arrivant dans chaque maison, le rituel était toujours le même : « Mesdames, Messieurs, bonjour !» suivant qui était présent. Ensuite « Je passe inviter à l’enterrement d’Untel ou d’Unetelle. »
  Il citait le nom et le prénom de la personne décédée, son lieu d’habitation : le bourg ou le nom du village. Il ajoutait l’âge du défunt ou de la défunte. Il indiquait aussi la maladie qui avait provoqué sa mort. Il annonçait le jour et l’heure de la sépulture et pour éviter la confusion entre l’heure solaire et l’heure officielle, il précisait souvent les deux horaires.
  Il s’en allait aussitôt vers une autre maison. En le voyant arriver, les gens disaient « Ça y est, il y a quelqu’un de mort dans la commune ».

Dans certaines régions les personnes qui faisaient les invitations à une sépulture étaient appelées “des Prieuses”
  Ce service s’est progressivement arrêté, vers les années 1980/90, à cause des moyens modernes de communication : les S.M.S., les mails, le téléphone. Beaucoup de famille reçoivent aussi le journal où la page des avis d’obsèques est souvent lue en premier.
  Personne n’est plus demandé pour ce service. En étant le spécialiste de ce genre de travail, Louis Pelon est devenu une figure emblématique connue de tous les habitants de Bournezeau.

   Francis Herbreteau

  

   Comme dans certaines paroisses, le sacristain de Saint-Juire-Champgillon sonnait, pour un homme, 9 tintements (3 fois 3), avant la sonnerie du glas, et pour une femme 6 tintements, (2 fois 3), puis la sonnerie du glas. Quelques personnes interrogées en ont entendu parler, mais pour Bournezeau, personne n’en a de souvenir précis, avant l’électrification des cloches en 1968.
   D’autres personnes ont aussi assuré ce service, entre autres : René Jousseaume et Joseph Bordage