Histoire de l’entreprise CHARRIER

  La forge de l’entreprise CHARRIER de la Croisée de la Boule a été créée vers 1893 par Théophile BOCQUIER, puis, trois générations de CHARRIER se sont succédé, avant de laisser la place à Pascal LOUINEAU et Olivier TURPAUD en 2011. Depuis plus d’un siècle, cette entreprise de travaux agricoles s’est fait une grande renommée dans notre région.

Propriétaires successifs de l’entreprise 

  1 - Vers 1893, Théophile BOCQUIER, né en 1865 et marié en avril 1893 a créé la forge de la Croisée de la Boule. Il est décédé en 1933.
     (Théophile était le frère d’Armand dit ?Staline? forgeron à la Boule. C’est leur père Joseph, forgeron, décédé à 76 ans en 1901, qui leur a fait construire chacun une forge, l’une à la Boule et l’autre à la Croisée de la Boule.)
  2 - Vers 1930, son gendre Clovis CHARRIER, né le 27 aout 1902 à Beaufou, a pris la suite. Avant il avait été embauché en 1927 comme ouvrier forgeron chez Théophile. Clovis est décédé en 1993.
   Clovis s’est marié le 16 avril 1928 à Bournezeau avec BOCQUIER Yvonne née le 16 avril 1908 à la Croisée la Boule de Bournezeau. Clovis est le Fils de CHARRIER Pierre, Charpentier à Beaufou, et MINAUD Alphonsine ménagère.
  3 - En 1958, ce sont les fils de Clovis qui prennent le relais. Ils créent la société CHARRIER frères : Pierre né en 1929 – Clovis en 1932 et Jacques en 1937. En 1975, ils créent la SARL CHARRIER Frères.
  4 – Le 1er janvier 1989, c’est le fils de Clovis, Jean-Michel CHARRIER, né en 1955, qui prend l’affaire à son compte. Il s’était d’abord associé en 1985 avec son père et ses oncles. Il a toujours travaillé dans l’entreprise.
  5 - En 2011, l’entreprise passe aux mains de deux associés : Pascal LOUINEAU et Olivier TURPAUD. Avant 2011, ils étaient ouvriers chez Jean-Michel CHARRIER. Ils sont à ce jour toujours responsables de l’entreprise.

Évolution de l’entreprise et des bâtiments

 
  Après la guerre 39/45, la mécanisation et la motorisation de l’agriculture ont suscité des besoins nouveaux et engendré de nouveaux métiers. Clovis CHARRIER et ses enfants étaient entreprenants. Ils ne se sont pas contentés de la petite forge traditionnelle.
  À partir des années 1950, la maison CHARRIER a évolué avec son temps. Elle est devenue une véritable entreprise de travaux agricoles. Pour répondre à la demande des agriculteurs, l’entreprise s’est adaptée, a pris de l’importance et une autre dimension.
  Ces nouveaux besoins ont contraint l’entreprise à investir progressivement dans des nouveaux bâtiments
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La première forge à gauche se situait au carrefour de la Croisée de la Boule, sur la gauche en direction de Villiers. Elle a été agrandie sur le bord de la route à deux reprises en 1960 et 1973. Le 2ème agrandissement s’est réalisé à l’endroit de la première forge.

Collection Jacqueline Charrier

        
Vue aérienne des bâtiments de l’entreprise en 1989. On observe les deux agrandissements de la première forge, puis le grand bâtiment créé en 1989. Le hangar 1 construit vers 1970/71 a été enlevé en 1992
   Le hangar 2 construit en 1972 a été démonté en 1999, un peu avant l’agrandissement du grand bâtiment.

Collection Jean-Michel Charrier

Activités de l’entreprise CHARRIER

  En dehors des activités habituelles de la forge : entretien et réparations du matériel nécessaire aux travaux de la terre pour les agriculteurs, l’entreprise CHARRIER s’est adaptée aux nouveaux besoins du monde agricole. Elle fabrique différents matériels utiles pour l’agriculture. Voici les principales fabrications de l’entreprise.

1 – Fabrication de remorques, caissons et tonne à eau

 
  Vers 1958/60, l’entreprise a fabriqué d’abord des petits plateaux pour remplacer les charrettes et les tombereaux des agriculteurs. Puis, en 1968, elle a commencé à faire des remorques à vérin. La première chez Fernand Vrignaud à la Barre. Enfin à partir des années 1970, elle a réalisé beaucoup de remorques à vérin hydraulique équipées pour l’ensilage. Cette activité a pris fin vers les années 1980.
  De 1960 à 1975, l’entreprise a aussi fabriqué beaucoup de caissons qui se fixaient sur l’attelage trois points des tracteurs.
  À partir de 1970/71, jusqu’en 1980 des tonnes à eau, d’une capacité de 800 et 1000 litres, ont été réalisées. Elles étaient destinées aux éleveurs pour alimenter les troupeaux en eau, dans les pâturages qui n’avaient pas de point d’eau. Signalons aussi la fabrication de quelques désileuses distributrices dans les années 1980

2 - Fabrication de fourches à fumier

 
  Après l’arrivée des tracteurs, les agriculteurs ont voulu mécaniser le chargement du fumier dans les charrettes, remorques ou épandeurs à fumier. Vers 1967/68, pour répondre à ces besoins, l’entreprise a commencé à fabriquer des fourches à fumier à un vérin. Elle les installait sur les tracteurs de toutes marques. Cette activité a pris fin vers 1977.

3 - Fabrication de cuves à Fuel

 
  Autrefois, les maisons se chauffaient exclusivement au bois. La cheminée était le seul point de chauffage pour l’ensemble de la maison. Puis, progressivement les chaudières à fuel ont été installées. Dans ce nouveau système, il fallait des cuves à fuel. Vers 1960, l’entreprise CHARRIER, attentive aux nouveaux besoins s’est alors mise à fabriquer des cuves de toutes dimensions : 1400 l mais surtout des 600 et 1200 l. Les cuves étaient fabriquées et livrées par l’entreprise dans Bournezeau, communes avoisinantes et quelquefois plus loin. La fabrication s’est arrêtée vers 1974.
  Quelques noms d’ouvriers qui ont travaillé plus d’un an à plein temps, depuis les années 1960, dans l’atelier pour la fabrication, l’entretien et les réparations de matériel : Jean-Jacques FRADIN embauché en octobre 1966, a travaillé toute sa vie professionnelle : 44 années dans l’entreprise. Denis RENAUDIN, employé de juillet 1975 à 2017, 42 ans, dont 28 ans chef d’atelier. Olivier TURPAUD, Samuel CHAPELEAU Gilbert VALLET, Hugues VALOTEAU, Gabriel BLÉNEAU, Régis MENANTEAU, Joseph GILBERT, Michel CORNU, Albert MACQUIGNEAU, Marcel DAVID, Olivier GILBERT, Daniel GILBERT, Hubert MOIZEAU, Jacques.TABLIER, Thierry BORDAGE, Alain MARCEAU, Gilles RIPAUD, Raymond LOISEAU.
Ouvriers présents dans l’atelier en 2021 :
Sébastien CRÉPEAU, Théo PAPIN, Olivier JAULIN, Thomas HERBRETEAU, Guillaume DAVIEAU, Frédéric FOURNIER, Jérôme POIREAU, Maxime COUSSEAU,
Anthony GILBERT, Mathias PIVETEAU.


Ce grand bâtiment construit en 1989 et agrandi en 1999 regroupe les ateliers, bureaux et magasin.
Au fond on observe deux grands hangars de stockage de matériels, le 1er installé en 1992 et le plus loin en 2014

4 - Commerce de tracteurs et matériels agricoles

  En 1956, au nom de l’entreprise, Pierre CHARRIER a commencé à vendre les premiers tracteurs avec Armand Bourgouin concessionnaire “Société Française” de la Caillère. Le 1er tracteur vendu était le modèle 201, d’occasion, à Victor BELON en juin 1956. Le premier tracteur neuf a été vendu en septembre 1956 à Alcide JAULIN.
  Plus tard, vers 1958, l’entreprise a changé de marque de tracteurs quand Armand BOURGOUIN a pris sa retraite. Son gendre, Bernard SUAUD, a alors pris sa succession et s’est installé à la Roche-sur-Yon. Il abandonna la marque “Société Française” et fit le choix de vendre des tracteurs “Fordson”. L’entreprise CHARRIER a toujours suivi et travaillé avec le concessionnaire Bernard SUAUD. Ce dernier a changé de marque à plusieurs reprises : Ford vers 1965, Renault en 1978, puis le tracteur Renault a pris le nom de Claas vers 2002.
  L’entreprise vend également aux agriculteurs tous les matériels nécessaires à leurs besoins : Charrue, herse rotative, rotavator, semoirs d’engrais, de céréales, de maïs, faucheuse-conditionneuse, botteleuse, presse, round-baller, pulvérisateur etc. Avec le développement des stabulations, elle vend aussi des désileuses distributrices.
  Pascal LOUINEAU est devenu le commercial de l’entreprise à son embauche en 1994.
 

5- Construction de hangars en bois

 
  En 1961, l’entreprise se diversifie. Un investissement dans une scierie s’est réalisé. C’est Clovis qui lance cette nouvelle activité, Il réalise les charpentes des nouvelles maisons et fait également des escaliers. Pour les besoins agricoles, des hangars de stockage en bois sont proposés aux agriculteurs et plus tard de très nombreuses stabulations sont réalisées sur Bournezeau, ses environs et même jusque dans les Deux -Sèvres.
  Personnes qui ont travaillé dans cette activité de charpente : Marcel GUIGNÉ, Denis PASQUEREAU, Joseph LECHAIGNE, Gaby HERBRETEAU, André G, Gabriel BLÉNEAU, Camille VÉRONNEAU.
  S’il y avait besoin, Ces personnes travaillaient aussi à la forge.
  L’entreprise CHARRIER a cessé la construction de hangars en bois en 1989. Marcel GUIGNÉ qui travaillait dans l’entreprise depuis fin 1973 a pris la succession de cette activité et s’est installé à son compte le 1er avril 1989 à la Vendrennière. La scierie de la Croisée de la Boule a été démontée et installée dans l’atelier de Marcel GUIGNÉ.
  À côté des hangars bois, l’entreprise avait aussi commencé, vers 1975, à construire des hangars métalliques. Après 1989, cette activité a tourné au ralenti et a cessé vers 1994.

  Entreprise de travaux agricoles

  Par ailleurs, la maison CHARRIER était une entreprise de travaux agricoles. Elle effectuait chez les agriculteurs de nombreux travaux tels que les labours, travail du sol avec rotavator, cover crop et herse rotative, semis, ainsi que bottelage de paille et de foin et les traitements… Nous allons détailler deux autres gros postes de travaux agricoles, l’ensilage et les battages.

Ensileuses

  Les premiers ensilages d’herbe ont eu lieu à Bournezeau en 1967 dans le cadre d’une CUMA. Quelque temps après, en 1972, l’entreprise CHARRIER a imaginé de fabriquer une ensileuse automotrice équipée pour deux rangs de maïs et d’un pickup pour l’herbe. Le fabricant de la marque Claas s’est inspiré de ce prototype pour réaliser ses premières ensileuses.
   Vers 1976/77, achat d’une ensileuse automotrice Hesston équipée de trois rangs de maïs et d’une coupe directe pour l’herbe.
  En 1979, achat d’une ensileuse Claas Jaguar quatre rangs et d’un pickup pour l’herbe.
  Vers 1985/90, achat d’une Claas Jaguar 6 rangs.


Ensileuse Claas Jaguar 870, 8 rangs maïs,
Pour l’herbe un pickup de 3m 80

  Depuis 1975/80, l’entreprise possède deux ensileuses automotrices équipées pour la récolte de l’herbe et du maïs. En 2021, elle dispose de deux ensileuses Claas Jaguar 870 équipées chacune de 8 becs pour le maïs et d’un pickup de 3,80 m pour l’herbe.

   
  
Ensileuse automotrice fabriquée par l’entreprise

Collection Jean-Michel Charrier

  Par ailleurs, signalons aussi qu’en 2004, l’entreprise, a acheté une enrubanneuse, Ce matériel a pour fonction de mettre l’ensilage en balles rondes enveloppées de film plastique. Encouragée par le succès de ce matériel, l’entreprise en a acquis deux autres, elle en possédait trois en 2017.
  Beaucoup de personnes employées temporairement ont conduit les moissonneuses-batteuses, ensileuses et autres matériels, mais nous ne pouvons tous les citer, ils sont trop nombreux. Notons cependant Marcel SOURISSEAU qui fut le chauffeur de la première moissonneuse-batteuse en 1959.
  Jean-Claude BORDAGE était le chauffeur attitré des machines de toutes sortes, il a formé de très nombreux jeunes chauffeurs. Il avait été embauché à plein temps à partir du 1er janvier 1981 jusqu’en 2016. Avant, il avait été 5 ans saisonnier dans l’entreprise.


 

  Remarques sur le personnel

 
  Solange CHARRIER a assuré la permanence du magasin de 1989 à 2020. Marie-Claude BUSSONNIÈRE a été la secrétaire de l’entreprise d’avril 1969 au 31 décembre 2010, soit pendant près de 42 ans. Yvelise Breteau a travaillé aussi comme secrétaire de 1982 à 1990. Depuis le 1er janvier 2011, c’est Céline RAIMOND qui assume cette fonction.
  Joseph Gilbert qui a fait son apprentissage dans l’entreprise Charrier a obtenu le prix du meilleur apprenti de France en 1964, lors de son examen de fin d’apprentissage artisanal.

Matériel de battage

 
  Théophile BOCQUIER avait un matériel de battage avec loco entre les deux guerres. Peut-être l’avait-il avant la guerre 14/18, mais personne ne sait précisément l’année d’acquisition de ce matériel. La vanneuse était une Merlin. Un tracteur Société Française a remplacé la locomotive à vapeur vers 1948. Cette activité de battage s’est arrêtée en 1966.


Batteuse et loco de l’entreprise
Bocquier Théophile/Charrier Clovis, en 1930

  En 1959, Les fils CHARRIER ont acquis leur première moissonneuse-batteuse de la marque Claas modèle SF largeur de coupe 3 m.
  En 1961, ils ont acheté une deuxième moissonneuse-batteuse Claas modèle Matador 3 m
  En 1962 ou 63, Acquisition d’une troisième moissonneuse-batteuse Claas. Modèle Gigant Matador 3, 60 m.
  En 1963, l’entreprise possédait trois moissonneuses-batteuses. En 1975, elle en avait cinq dont quatre Senator et une Matador.
  La plus grosse, achetée en 2019, est une Claas Lexion, avec une coupe de 7 mètres 70 de large. Dans les meilleures conditions de rendement et de
forme de la parcelle, elle peut récolter un hectare en moins de 20 minutes.
  L’entreprise possède une très grosse clientèle qui s’étale sur Bournezeau, les communes avoisinantes mais surtout sur Saint-Hilaire-le-Vouhis, Saint-Martin-des-Noyers, Les-Essarts et La-Chaize depuis une dizaine d’années. En 2021, elle possède cinq moissonneuses-batteuses, mais elle en a eu six de 2010 à 2017. Toutes les personnes employées à plein temps dans l’entreprise assurent les remplacements pour la conduite des moissonneuses-batteuses au moment des repas.
  Nous pouvons mesurer l’évolution de la moisson et du battage du blé depuis la fin de la guerre. Quel progrès aussi depuis le battage manuel du blé avec le fléau avant la fin du 19ème siècle et la mécanisation du battage avec la vanneuse et sa locomotive à vapeur, jusqu’à cette moissonneuse-batteuse de 2019 !


La dernière moissonneuse-batteuse Claas Lexion,
avec une coupe de 7 m 70, achetée en 2019

 
  Par son importance et la diversité de ses activités, l’entreprise CHARRIER a acquis une grande renommée. Elle a marqué de son empreinte l’agriculture de Bournezeau, des communes avoisinantes et même au-delà. Les différentes générations, patrons et ouvriers, qui ont travaillé dans cette entreprise, au service des agriculteurs depuis plus d’un siècle, ont contribué à l’évolution et à la vulgarisation de la mécanisation du matériel agricole.

   Henri ROUSSEAU

   Source : Témoignages de : Jean-Michel CHARRIER, Solange Charrier, Jacques CHARRIER, Jacqueline CHARRIER, Olivier TURPAUD, Pascal LOUINEAU, Jean-Jacques FRADIN, Denis RENAUDIN, Marie-Claude BUSSONNIÈRE,
Thérèse GUIGNÉ, Gaby HERBRETEAU, Jean-Claude BORDAGE, Marcel SOURISSEAU, Joseph GILBERT, André ROBIN,
Gaston M, Jean-Yves JAULIN, Victor RATTIER, Jean-Pierre PERROCHEAU, René PERREAU.