Un drame à Bournezeau en 1931

Un déserteur blesse deux personnes qui tentaient de l’arrêter et prend la fuite.

  Avant de relater cette tragédie survenue à Bournezeau le 15 juillet 1931, regardons le parcours de l’auteur de ce drame. C’est un déserteur appelé René Boisseau. Il est né en 1910 à Mouchamps, ses parents l’ont abandonné. Il fut alors confié à l’Assistance publique. Son père 31 ans travaillait à la carrière de la Meilleraie. Sa mère 21 ans était sans profession. Le couple habitait Mouchamps au moment de la naissance.

  René Boisseau a été élevé par Mme Ricard, sa tante, de la Roche-sur-Yon. De 5 à 10 ans, il logeait dans un taudis de la rue des Poilus, chez la “Mère Ameline”. Il manquait l’école, jetait l’argent des courses, vidait le lait. Son père ne payait plus la pension. Il fut placé chez des agriculteurs. Sa mauvaise conduite et son indiscipline lui valurent d’être envoyé à 14 ans dans une maison de correction à Belle-Île-en-Mer dans le Morbihan, d’où il partit pour le régiment à Strasbourg.
  Le 20 juin 1931, Il déserte sa garnison en volant le vélo d’un sous-officier. Le 24 juin, il arrive à Pauxeux dans les Vosges. Il abandonne son vélo et en dérobe un neuf dans le magasin d’un mécanicien. Il prend aussi un lapin pour manger. À Étampes, il vole 800 F à un boulanger et monte dans le train pour la Roche-sur-Yon. Les gendarmes de Pauxeux qui découvrent le vélo abandonné informent le régiment de René Boisseau, car ils voient que ce vélo appartient à un sous-officier de ce régiment. C’est ainsi que l’identité du voleur est établie.

  La chasse à l’homme

  Il a passé plusieurs jours chez Mme Ricard. Il a circulé librement en ville et fait des achats : chemises, chaussures… et un révolver avec une boîte de 25 balles. Il a demandé du travail dans une ferme des Clouzeaux.
  Le déserteur René Boisseau a été recherché longtemps. Le mercredi 14 juillet, les gendarmes de la Roche-sur-Yon apprennent qu’il serait au cinéma. Lorsqu’ils s’y présentent Boisseau a disparu. Continuant leurs investigations ils l’aperçoivent devant la cabane de sa tante, Mme Ricard. Ils le poursuivent mais le déserteur tire avec son révolver, se sauve à toutes jambes dans le dédale des rues et disparaît. Mme Ricard ignorait sa situation de déserteur. Elle a bien essayé de le raisonner, mais il disait : « Vous ne m’aurez pas vivant ! »
  Toute la nuit de mercredi à jeudi, des patrouilles de gendarmes armés parcourent les environs sans trouver la moindre trace du bandit.
 
Le jeudi 15 juillet au matin, après avoir pris un café chez Mme Ricard, Boisseau part à pied en direction de Nantes. Puis on retrouve ses traces près de Dompierre-sur-Yon, mais Boisseau leur échappe à nouveau. Le même jour, vers 13 h 30, un automobiliste déclare l’avoir rencontré entre la Chaize-le-Vicomte et Bournezeau. Comme Boisseau a une tante à Bournezeau, les gendarmes de cette brigade sont alertés. Vers 19 h, ils l’aperçoivent. À la vue des uniformes, le déserteur se sauve à travers les jardins et tire trois fois sur les gendarmes, en se cachant derrière un arbre. Les gendarmes ripostent mais leur pistolet s’enraye.


Cette photo était déjà dans Au fil du temps de janvier 2007
De g à d : Eutrope Guérin, Albert Gillon et Eugène Blain en tenue de pompiers

  La poursuite continue à travers les rues du bourg. Sur la place du Champ-de-Foire, deux civils tentent de l’arrêter. Le déserteur sort son revolver, acheté le 7 juillet à la Roche-sur-Yon, et fait feu. Monsieur Albert Gillon, 36 ans, ferblantier à Bournezeau s’écroule, il est grièvement blessé d’une balle à la poitrine. Il est transporté au Pavillon de chirurgie de la Roche-sur-Yon.  L’autre victime, M. Eugène Blain, 31 ans, a reçu une balle dans une cuisse. Ces deux personnes sont membres des sapeurs-pompiers.
Les recherches continuent
  Après son délit, Boisseau se sauve à travers champs vers la gare. Il finit par monter dans un train de marchandises, en partance pour la Roche-sur-Yon. Le chef de train le voit descendre des derniers wagons à contre-voies à la Chaize-le-Vicomte.
  Vers 21 h, des battues organisées par les gendarmes des brigades de Bournezeau, Chantonnay et la Roche -sur-Yon ne permettent pas de découvrir ses traces. On suppose qu’il s’est réfugié dans les bois.
  René Boisseau, qui n’est pas très fort, est doué par contre d’une agilité extraordinaire et d’un flair étonnant. Vendredi matin, une femme l’a aperçu qui dormait au pied d’une meule dans un champ. Mais elle l’a réveillé et quand les gendarmes sont arrivés, ils ne l’ont pas revu.
  Les gendarmes surveillent Bournezeau et la gare de Chantonnay, sachant que René Boisseau a un oncle à La-Forêt : Eugène Péault , ramoneur surnommé “Riquiqui”.
  

Ce fait divers a déjà été traité dans le “Au fil du temps” n°3. Il relatait l’action dans les rues de Bournezeau en se basant sur les témoignages des plus anciens.

La capture

  Au village de l’Angle, les gendarmes aperçoivent vers minuit de la lumière dans une remise. Les issues sont aussitôt gardées. Le patron de la ferme, réveillé, affirme qu’il n’y a personne dans la remise. Quand les gendarmes entrent dans la remise, le malfaiteur casse les carreaux d’une fenêtre, emprunte un escalier et se sauve par la toiture qui donnait sur le jardin.
  Il s’enfuit alors à travers champs et arrive à Fougeré le samedi 17 juillet vers 6 h du matin. Il est reconnu par des habitants qui tirent des coups de fusil sans l’atteindre.
  M. Daviet prend sa voiture et va chercher les gendarmes de Bournezeau qui parviennent à l’approcher. René Boisseau exténué lève les bras. Il avait encore son révolver et possédait encore 18 cartouches.
  Il est enfin arrêté et passe sa première nuit de prison à la gendarmerie de Bournezeau, avant d’être transféré à la prison de la Roche sur Yon.

Une population inquiète

  La cavalcade de René Boisseau s’est étalée sur quatre jours, les 14, 15, 16 et 17 juillet. Il parvenait toujours à s’échapper et finissait par terroriser toute une région. De grands moyens humains furent alors engagés avec neuf brigades de gendarmerie sollicitées pour le rechercher.
  Dans le train, dans les rues, c’était le principal sujet des conversations et les habitants de notre secteur étaient inquiets de la présence de ce dangereux criminel qu’on a eu de la peine à arrêter. Ce fait divers a été relaté dans les journaux du 17, 18, 19 et 20 juillet 1931.

Le procès

  Le journal du 6 février 1932 développe le déroulement de son procès aux Assises de la Vendée. Son avocate, Mme Pignet, pour expliquer son comportement, décrit l’enfance difficile et malheureuse de Boisseau qui a été privé de la tendresse d’une mère abandonnée par son mari.  L’avocate ne demande pas la relaxe, mais une peine de 5 ans. Au final, René Boisseaua été condamné à 10 ans d’emprisonnement et 10 ans d’interdiction de séjour.


René Boisseau aux assises de la Vendée

  René Boisseau a été plusieurs fois condamné. Il s’était évadé trois fois de la colonie pénitentiaire où il avait été interné à Belle-Île-en-mer.
  Quant à l’état de santé de M. Gillon, sa blessure était moins grave qu’annoncée. Par un hasard inouï, la balle est passée en dessous du cœur, sans toucher aux poumons et s’est logée dans les muscles du dos. L’hôpital a déclaré que l’extraction du projectile ne serait pas tentée.

 Henri Rousseau

Sources : - Journal Ouest-Éclair du 17, 18, 19, 20 juillet 1931 et 6 février 1932, relevé par Dimitri Charriau
- État civil de la mairie de Bournezeau et de Mouchamps
- Article d’André Seguin dans Au fil du temps n° 3 de janvier 2007.