Bournezeau
et la Guerre de Vendée - 8e partie -

  Juin 1793 : cela fait près de 3 mois que notre région est en guerre. Rappelons que la paroisse de Bournezeau est englobée dans l’Armée de la Roche-sur-Yon qui est elle-même une composante de l’Armée du Centre. L’Armée de la Roche-sur-Yon se caractérise par la désunion entre ses différents détachements et leurs commandants notamment Lavoyerie et Saint-Pal. Les causes sont multiples. Conscients de ces difficultés qui menacent la cause commune des Vendéens, les chefs de l’Armée du Centre comme Royrand, Sapinaud ou encore Verteuil tentent d’apaiser les conflits et d’unifier les différents détachements dans la perspective d’une attaque conjointe sur Luçon. Les troupes Républicaines en profitent pour lancer des excursions dans le bocage entretenant ainsi un climat d’insécurité parmi la population en faisant des victimes et des prisonniers.

      Désunion et individualisme des chefs vendéens

        


Nom des commandants vendéens par paroisse composant l’Armée de la Roche-sur-Yon,
répertoriés dans la correspondance de la Collection Dugast-Matifeux

La collection Dugast-Matifeux regroupe une grande partie de la correspondance qu’ont entretenue les chefs vendéens de notre région entre mars et août 1793. À travers cette correspondance le constat est sans appel : la mésentente est totale.
  Pour l'expliquer plusieurs éléments entrent en ligne de compte et en premier lieu l'absence d'une forte personnalité à la tête de l'Armée de la Roche-sur-Yon capable de rassembler derrière elle l’ensemble des commandants de chaque paroisse. Leur individualisme ne permet pas au commandant de l’Armée de la Roche-sur-Yon, Bulkeley, de mener une politique d`ensemble, chacun faisant ce qu'il veut sur sa paroisse. Mme de Lavoyerie s’en inquiète et réclame au nom de son mari « un chef, car c'est ce qu’il nous faut... »
  Les intérêts personnels supplantent l’intérêt général. Un exemple, parmi d’autres, nous est donné par Lavoyerie qui commande à Nesmy : le 11 juin 1793, Saint-Pal se rend à la Couture avec 500 hommes chiffre probablement exagéré pour s’approvisionner. Alors qu’ils chargent 6 charretées de blé, on lui dit que son domicile du Tablier est pillé par les Républicains. Aussitôt il retourne à son camp pour finalement ne rencontrer aucun ennemi : c’était une fausse alerte. Et à Lavoyerie de conclure que le blé est perdu à cause de Saint-Pal.
  Dès le début de l’insurrection, ce dernier cristallise sur sa personne les critiques des autres commandants de paroisse, d’autant qu’il est en contact direct avec le commandant en chef de l’Armée du Centre, Royrand, alors qu’il doit rendre compte à son supérieur, Bulkeley.
  Saint-Pal, dans une lettre datée du 1er juin et adressée aux commandants de la Roche, leur fait part de son refus d’obéir à leurs ordres préférant les recevoir directement de Royrand :
   « Messieurs, je reçois une lettre de Mr de Royrand en réponse à celle que je lui ai écrite au sujet de la demande que vous m'avez faite de rentrer à la Roche, ce que je ne pouvais faire sans au préalable lui en donner avis, d’après ses ordres de garder ce poste et d'être sur la défensive (…) »
  Le 6 juin Verteuil, bras droit de Sapinaud à Chantonnay, souhaite un rassemblement des forces basées au sud de la Roche-sur-Yon, au Tablier afin d’attaquer le poste républicain du Port-la-Claye et ainsi menacer Luçon et les Sables-d’Olonne. Sa demande est restée vaine, personne ne voulant se réunir avec Saint-Pal.  Dépité, Verteuil a écrit à Bulkeley le 8 juin un message qui résume à lui seul l’état d’esprit qui règne entre les chefs : « Nous voyons avec douleur la mésintelligence la plus parfaite qui règne parmi vous autres. Songeons au serment et au parti que nous avons juré de défendre (…) Mais en vous coalisant parfaitement avec M. De Saint-Pal la chose ne pouvait que mieux aller. »

  
Le logis de Saint-Pal au Tablier

(Photo : Le Tablier, le Puy ©Getty-Mairie du Tablier)

  Le 16 juin, de son château de la Domangère à Nesmy, Lavoyerie, exaspéré par l’attitude de son voisin, écrit à Bulkeley : « Mr de Saint-Pal qui est toujours en grande liaison avec Mr de Royrand , m'a dit que ce dernier lui avait fait entendre que l’armée d’Anjou ne tarderait pas à venir sur Luçon et la Claye, et que nous nous joindrons tous pour aller sur les Sables et qu’il fallait patienter. (…) »
  Saint-Pal va même jusqu’à se déplacer personnellement à Chantonnay le 17 juin pour recevoir l’ordre de Royrand d’effectuer un rassemblement des paroisses de Nesmy, Aubigny et la Boissière au Tablier ! Là encore le résultat est le même : personne ne veut se joindre à lui. Saint-Pal n’hésite pas à se plaindre auprès de Bulkeley le 20 juin : « Mr Royrand a enjoint le rassemblement d’Aubigny, de Nesmy et de la Boissière de se réunir à nous pour composer un corps respectable pour l’ennemi dans cette partie avec ordre de couper le pont de la Claye et ensuite se porter sur Saint-Cyr et les Moutiers et autre partie des environs pour en chasser l’ennemi et intercepter la communication de Luçon aux Sables. Ces messieurs n’ont pas jugé à propos d’adhérer à l’avis général et c’est malgré moi que je suis obligé de lui en faire part ne pouvant sans eux mettre ses ordres à exécution. »
  On imagine l’aversion que Bulkeley doit ressentir vis-à-vis de Saint-Pal qui conteste ouvertement son autorité au profit de Royrand.


Le château de la Domangère à Nesmy au début du XXe siècle (Site Internet des archives de Vendée)

  Si nous ajoutons l’indiscipline de certains soldats-paysans, le manque d’armement et de munitions, les difficultés que chaque paroisse rencontre pour s’approvisionner, certain n’hésitant pas à se servir sur le territoire du voisin, alimentant ainsi les querelles, puis le peu d’empressement de certaines paroisses à répondre aux ordres des commandants supérieurs, voire à leur désobéir, nous percevons clairement que l’Armée de la Roche-sur-Yon n’est pas en mesure d’apporter une aide efficace aux autres armées vendéennes.
  Royrand en est conscient. Aussi tente-t-il de coordonner l’action des détachements de la région en missionnant 2 officiers vendéens. Il en informe Bulkeley le 2 juin : « Deux de nos collègues Baudry d’asson et Vaugiraud sont à faire une tournée dans les différentes armées qui correspondent avec nous pour concerter avec les différents commandants sur ce qui peut être le plus avantageux à la bonne cause, nous pensons que vous les verrez. »
  La suite de la correspondance et des événements prouve que cette initiative n’aura servi à rien malgré une tentative de rapprochement entre Saint-Pal et Lavoyerie lors d’une attaque concertée sur les Moutiers-les-Mauxfaits. Nous y reviendrons. Quant à Baudry d’asson, une fois sa mission terminée, Royrand lui ordonne, probablement vers la fin de juin 1793, de prendre le commandement du camp de Bournezeau afin de défendre le passage du Lay à Trizay, Sainte-Pexine et Moutiers-sur-le-Lay.
  Nous ne savons pas de combien d’individus se compose le camp ou la garde de Bournezeau à cette époque et qui doit être stationné dans le château. Nous pouvons avancer le chiffre de 300 soldats sans aucune certitude. D’ailleurs, comme dans l’ensemble de la Vendée militaire, les chiffres sont fluctuants en fonction des périodes : la plupart des soldats-paysans ne souhaitent pas être mobilisés en permanence eu égard aux travaux des champs.
 

      Des incursions républicaines de plus en plus nombreuses

     
  Le château de la Roche-Louherie reconstruit au XIXème siècle après avoir été canonné et incendié pendant la Guerre de Vendée.
Le 1er juin 1793 les Républicains repoussent une troupe vendéenne qui souhaite fourrager dans les environs de la Claye. Le bilan est 6 tués du coté vendéen ; 1 seul tué et 3 blessés du côté républicain.
  Le lendemain, l’armée républicaine sous les ordres du chef de brigade SANDOZ, quitte Luçon dans la nuit pour occuper Sainte-Hermine qui serait aux mains de 300 Vendéens.


Le château de la Roche-Louherie reconstruit au XIXe siècle après avoir été canonné et incendié pendant la Guerre de Vendée

  Le 7 juin SANDOZ rapporte une autre expédition sur le château de la Roche-Louherie situé à Saint-Vincent-Fort-du-Lay et occupé par le chef vendéen Gaspard de Béjarry : (…)

J’occupe tous les jours Saint-Hermand paroisse à côté de Sainte-Hermine et les villages voisins (…). Sur les quatre heures, le lieutenant-colonel Richard a été informé que les brigands enlevaient du grain et du vin dans un château voisin. Il a détaché des dragons et quelques cavaliers de sa gendarmerie, qu’il soutenait avec son infanterie et le reste de sa cavalerie. On a fondu sur eux, 6 ont été tués, 4 prisonniers. Le reste a été poursuivi jusque dans les bois au pied du château de la Roche -Louherie, leur quartier général. Tout le bled qu’ils enlevaient a été conduit à Luçon, partout le drapeau blanc a été arraché (…) »

  Plus à l’ouest, le 17 juin, la troupe républicaine des Moutiers-les-Mauxfaits lance une attaque sur la garde vendéenne qui contrôle le point de passage de l’Epinette sur la paroisse de la Boissière-des-Landes

  Le bilan est le suivant : les Républicains « ont saccagé et tué toute la garde qui était au nombre de 6 hommes et ont emmené 5 hommes prisonniers. »


Acte de décès de Jean Borget, lieutenant républicain décédé lors de la bataille de Moutiers-les-Mauxfaits

  ( État civil des Moutiers-les-Mauxfaits, ADV en ligne)

Cette défaite va être une prise de conscience. Afin de laver cet affront, pour la première fois, une tentative de rapprochement se fait entre Saint-Pal et Lavoyerie. Ce dernier lui écrit une lettre le 20 juin en des termes conciliants :

« Monsieur, comme tous les gens d’ici sont réduits à venger la mort de ces pauvres malheureux qui ont été tués dernièrement à la garde de la Boissière, la Roche, les Clouzeaux, Aubigny et Nesmy sommes décidés à faire une sortie sur les Moutiers -les-Mauxfaits. Nous serions enchantés que vous voudriez être de la partie et vous réunir à nous et nous aurons un surcroit d’obligation si vous vouliez nous envoyer 200 hommes pour vendredi prochain, 21 de ce mois, dont le rendez-vous sera l’Espinat [l’Epinette ?] à 4 heures du matin, et en retour nous nous joindrons avec plaisir à vous quand vous voudrez pour aller vers le Port-la-Claye. Tâchez je vous prie d’y joindre une cavalerie (…) »
 

  Saint-Pal qui souhaite depuis quelques semaines un rassemblement des forces au Tablier, ne peut qu’accepter et s’y présente comme convenu avec 500 hommes. Au total l’armée vendéenne, d’après Lavoyerie, compte 900 hommes (600 d’après Sandoz) et se présente sur une colonne devant les Moutiers-les-Mauxfaits ce matin du vendredi 21 juin 1793. La bataille ne dure qu’une heure. Les Républicains parviennent à les repousser et même à les poursuivre jusqu’à la Boissière-des-Landes. Bilan : 3 à 4 morts du côté vendéen, au moins 1 lieutenant tué côté républicain.

  La tentative de rapprochement entre les 2 chefs vendéens n’aura duré que quelques heures ! Le compte rendu que Lavoyerie fait à Bulkeley le lendemain de la défaite se passe de commentaires : « Ce n’est pas je vous assure de ma faute si nous avons attaqué que sur une colonne ayant proposé d’attaquer sur 2 et nous étions sûr de la prise des Moutiers. Ledit Saint-Pal nous a engagé dans un parti ennemi, s’étant entouré de fourrées fort épais en face des maisons du bourg dont les citoyens étaient cachés dessus. Jugez de leur force, ils nous voyaient très bien et nous ne pouvions pas les voir. Le capitaine de notre troupe s’est bien présenté et a beaucoup tiré. La cavalerie qui s’est avancée mal à propos à l’ennemi, dit-on par Saint-Pal et qui s’est retiré sur le champ intimidé du feu de l’ennemi, a mis l’épouvante dans la troupe et tous prirent la fuite. »

   

Tableau des hommes de Saint-Ouen-des-Gâts faits prisonniers par Sandoz le 27 juin 1793, puis envoyés à la Rochelle

(Archives de la Charente-Maritime : L1258-1259-1260)

 

  Malheureusement nous n’avons pas la version de Saint-Pal sur cette déroute. Faut-il prendre au pied de la lettre le jugement de Lavoyerie sur la responsabilité de son collègue du Tablier ? Il y a probablement un fond de vérité car nous savons qu’un certain nombre des hommes de Saint-Pal le quittent courant juillet pour rejoindre Baudry d’asson, chef vendéen beaucoup plus combatif et énergique.

  Sandoz ne s’arrête pas là et poursuit ses razzias dans la zone insurgée. Le 27 juin il franchit le Lay et lance une nouvelle expédition sur Saint-Ouen-des-Gâts, paroisse proche de Bournezeau et de Puymaufrais : « J’ai marché la nuit dernière et me suis porté à Saint-Ouen commune contre-révolutionnaire où l’ennemi entretient une espèce de garnison ; surpris par une marche à laquelle il ne s’attendait pas, il a pris la fuite à notre approche, mais nous l’avons chargé avec rapidité et lui avons tué 4 hommes, fait 12 prisonniers parmi lesquels on compte des chefs de partis. Mes dragons et ma cavalerie qui voltigeaient autour du village ont poursuivi une partie de ces brigands qui enlevaient 32 bœufs, ils s’en sont emparés après avoir démonté 2 cavaliers dont ils ont également pris les chevaux. Cette expédition très délicate a été exécutée avec beaucoup d’ordre. »

  D’abord conduits et interrogés à Luçon, ils sont emmenés ensuite dans les prisons de la Rochelle pour y subir de nouveaux interrogatoires, probablement dans la tour Saint-Nicolas. Les archives de la Charente-Maritime les ont conservées. Ils sont riches de renseignements même si nous savons qu’un prisonnier va naturellement minimiser sa participation ou déclarer qu’il a été contraint de participer par des personnes qu’il ne connait pas.

  Ils citent cependant les chefs de Bournezeau et de St-Vincent-Puymaufrais comme Cautereau, Beaurepaire, De Béjarry et les noms de quelques pilleurs. Une constante dans les interrogatoires : ce sont les gens de Bournezeau qui sont la cause des désordres à Saint-Ouen (pillage, rassemblements, menaces…).



Port de la Rochelle à la fin du XIXe siècle, avec la tour Saint-Nicolas à gauche qui a servi de prison

    (Fonds FC, éditions LL, en ligne : sudouest.fr)

  Comme le montre le tableau, la majorité des prisonniers meurent en prison. Là encore c’est une constante : un détenu vendéen a de grandes chances de décéder pendant son incarcération tant les conditions de vie sont déplorables : promiscuité, manque d’hygiène, maladies infectieuses… La situation sanitaire n’est guère mieux dans les hôpitaux. D’après Gaston Blandin « la gale est en 1793 et 1794 un sérieux fléau dans les prisons et les hôpitaux. »

  Dans une lettre adressée aux administrateurs républicains de Niort dans laquelle il fait part de son expédition sur Saint-Ouen, sandoz la justifie en ces termes :

« Les brigands ont répandu depuis quelques jours, citoyens administrateurs, qu’ils viendraient m’attaquer à Luçon, je les attendais inutilement et je me suis convaincu que ce n’était qu’une fanfaronnade, et une ruse de guerre. J’ai voulu la faire cesser.

  Il se trompe lourdement puisque le lendemain de son expédition, le vendredi 28 juin 1793, l’armée du Centre lance une attaque de grande ampleur sur Luçon : c’est la première bataille que la ville subira.

     

      28 juin 1793 : la 1re bataille de Luçon

 

  Luçon est placé à cette époque sous le commandement de l’Armée des Côtes de la Rochelle. Une armée y est cantonnée et se trouve sous les ordres de Sandoz.

  Après avoir reçu des renseignements sur la faiblesse des postes vendéens des Clouzeaux et du Tablier, ce dernier, dans une lettre datée du 25 juin, espère convaincre son supérieur, le général Boulard, de lancer une vaste offensive en direction de la Roche-sur-Yon en passant par Mareuil et Saint-Florent-des-Bois. Boulard le tempère et lui demande de rester sur ses gardes ayant appris que les Vendéens souhaitent attaquer Luçon.

  Alors que la Grande Armée Catholique et Royale s’apprête à attaquer Nantes le 29 juin 1793, Royrand décide d’effectuer une diversion sur Luçon le 28 juin.

  Les forces en présence sont nettement à l’avantage des Vendéens : selon les sources, de 5 à 6000 Vendéens contre 1500 à 1800 Républicains.

  Seule l'Armée du Centre, avec à sa tête Royrand et Sapinaud, est mobilisée en même temps qu’un détachement de l’armée poitevine. L’armée de la Roche-sur-Yon n’a pas été informée du moment exact du combat. Saint-Pal est resté au Tablier et Rorthais à Aubigny comme le prouvent leurs lettres.

  Le rassemblement des troupes se fait à Chantonnay. L’armée se divise alors en 2 colonnes chacune devant passer par le pont de Mainclaye. D’après A. Billaud, la première se dirige vers la Tabarière et le Pont-Charron. La deuxième passe par Bournezeau, les Pineaux, les Moutiers-sur-le-Lay et atteint Bessay. Il est donc probable que des soldats de Bournezeau et de Saint-Vincent-Puymaufrais aient joint l’une des colonnes, d’autant que Billaud cite comme officiers ayant participé à la bataille Béjarry et Baudry d’Asson.



  
Plan de la bataille de Luçon le 28 juin 1793

   (d’après A. Billaud)

  Le combat s'engage vers 17 heures. Chaque belligérant a divisé son armée en trois colonnes. Sous le nombre imposant d’ennemis, Sandoz ordonne à sa colonne de se replier et envoie l’ordre de repli aux deux autres colonnes. Cet ordre n'arrive pas à destination et le combat se poursuit sans lui. Les deux colonnes restantes parviennent avec le renfort décisif du détachement de La-Claye, alerté par la canonnade, à repousser les Vendéens qui comptabilisent 400 morts, alors qu'il n’y aurait que 3 morts et 12 blessés dans l'autre camp. Notons que 150 hommes d’une compagnie républicaine ayant déserté plusieurs jours précédemment pour rejoindre les Vendéens, changent une nouvelle fois de camp au cours du combat, ajoutant de l’affolement au sein de l’armée vendéenne. Comme il fallait s'y attendre, malgré la victoire, Sandoz est destitué et remplacé par Tuncq.

  Le lendemain, 29 juin, Rorthais écrit au commandant de la Roche-sur-Yon : « Il y eu hier beaucoup de coups de canon du côté de Luçon et une grande fusillade du côté du Port-la-Claye. On nous a dit ce matin qu'on avait fait évacuer Luçon et qu'on avait poursuivi l’ennemi jusqu'au Port-la-Claye. »

  Saint-Pal paraît mieux informé :

« Je vous donne avis qu'il y a eu un combat depuis 5 heures jusqu'à 10 heures. Je croyais tout d’abord que c'était sur Nieul, mais on m'assure que c'est sur Luçon (...). Il est bien malheureux qu'on n’ait pas voulu seconder les voeux de M. de Royrand pour faire un corps de troupe ici pour aller intercepter le passage du Port-la-Claye, ce qui aura facilité l'ennemi de se préserver des forces du côté des Sables, il m'a témoigné son mécontentement mais heureusement il sait à qui en imputer la faute. A l'instant, on nous assure de notre malheureuse déroute et l'avantage des ennemis ».

  Il est droit dans ses bottes : c’est la faute de Rorthais et de Lavoyerie si le camp républicain du Port-la-Claye n’a pas été pris par les Vendéens avant la bataille sur Luçon : la Claye reste et restera un point stratégique pendant toute la guerre de Vendée.

  Échec devant Luçon mais également échec devant Nantes… En cette fin de juin 1793, la situation n’est guère réjouissante pour l’ensemble des armées vendéennes. Néanmoins l’objectif de s’emparer de Luçon n’est pas oublié. Il faudra attendre encore un mois pour qu’une nouvelle expédition sur la ville s’organise avec des effectifs encore plus importants.

   Vincent Pérocheau

  
Sources : - Collection Dugats-Matifeux (Médiathèque de Nantes) :
    - Volume 2 - Doc. 193  ///  Volume 3 - Doc. 10  ///  Volume 4 - Doc. 199 / 151
      - Volume 5 - Doc. 11 / 14 / 31 / 43 / 48 / 115 / 141
      - Série 2 - n°17 - Vol. 3 - Doc. 31 / 34 / 39 / 43 / 44 / 53 / 54 / 442  ///  Série 27 - Doc. 552
- Gaston Blandin, « L’hospitalisation pendant la guerre de Vendée », 1990, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, en ligne sur le site internet : www.persee.fr
      - Revue du Bas-Poitou, 1892, p.466
      - Chassin, Vendée patriote, tome 2
- A. Billaud, « 1793 : La guerre dans le bocage vendéen », Éditions du choletais, 1960.