Deux monuments marquent le paysage de notre commune de Bournezeau
encore aujourd’hui. Le premier est évidemment l’église. Nous avons déjà
retracé son histoire dans “Au fil du temps”. Le second illustre la
couverture de notre revue : il s’agit du moulin à vent de la Cave.
Écrire son histoire n’est pas chose facile. En effet il y a eu un moulin
de la Cave à deux époques et deux endroits différents. Autrement dit, le
moulin que nous voyons aujourd’hui n’était pas à cet endroit sous l’Ancien
régime (avant la Révolution française). Détruit pendant la Guerre de
Vendée en 1794, il ne fut reconstruit qu’au milieu du
Quand a été construit le “premier” moulin de la Cave ? Nous ne
le savons pas. La première mention que nous retrouvons remonte au 28
février 1698 dans un acte notarié dans lequel un propriétaire loue une
borderie à un dénommé Pierre B
« corps fixe en pierre surmonté d’une toiture pouvant pivoter seule, sur 360° »
. Pour compliquer l’affaire, deux moulins apparaissent sur la carte.
Y-avait-il réellement deux moulins jadis à cet endroit ? C’est
possible mais les archives en notre possession ne parlent que du moulin de
la Cave au singulier. Dans le répertoire du cadastre napoléonien de 1825,
des parcelles au niveau du village de la Coussaie (la Coussay sur la
carte C
Qui est à l’initiative de sa construction ? Là encore nous
ne savons pas mais il est fort probable qu’il s’agisse du seigneur de
Bournezeau : il a la propriété foncière et la puissance financière
pour le construire. En retour il en attend un revenu. Pour ce faire, il
bénéficie en Poitou d’un droit banal ou féodal appelé droit de vérolie,
c’est-à-dire que les habitants ou les meuniers sont obligés de faire
moudre leurs blés dans son moulin. L’aveu de 1763 énumère les moulins
soumis à ce droit de vérolie au profit du seigneur de Bournezeau, à savoir
le duc
Pourquoi s’appelle-t-il moulin de la Cave et où se situe-t-il ? Le moulin que nous voyons aujourd’hui a bien une cave mais le “premier” moulin en avait-il une ? Il n’y rien de moins sûr. Si nous regardons le cadastre napoléonien de 1825, période pendant laquelle le moulin n’existe plus, plusieurs parcelles se nomment “Champ de la Cave” ou “Pré de la Cave” ou encore “La Cave”, le tout se situant à proximité du lieu-dit “la Maisonnette” que nous connaissons aujourd’hui à l’impasse du même nom. Émettons donc l’hypothèse que le nom du moulin vient du nom de la parcelle où il a été construit. D’ailleurs le “second” moulin de la Cave sera construit au milieu du XIXe siècle dans ce même secteur, appelée le “Pré de la Cave” et “la Cave.”
Un constat s’impose : nous ne savons quasiment rien sur ses origines. Mais peu à peu, à partir du XVIIIe siècle, des documents d’archives comme les actes notariés vont se multiplier et donner une consistance à l’histoire de notre moulin.
Le 25 avril 1705, un contrat de mariage est rédigé par le notaire
de Bournezeau. Le futur époux, André F
Nous reparlerons de cette famille F
Il s’agit là encore d’un contrat de mariage évoquant le moulin de
la Cave : Marie M
Un troisième acte notarié nous apporte enfin des éléments
importants sur le nom du propriétaire du moulin et sur la composition
foncière de la propriété. Il a été rédigé le 12 avril 1720 :
« Messire Louis SAJOT chevalier seigneur de la Semignonnière demeurant au bourg de la paroisse dudit Creil-Bournezeau a baillé (…)audit Jean BOISDE , farinier demeurant à Rassouillet paroisse de Saint-Hilaire-le-Vouhis, savoir son moulin à vent appelé de la Cave avec la pièce de terre où est ledit moulin, la maison et dépendances avec la pièce de terre et le pré au bout dicelle pièce de terre qui joint à ladite maison le chemin de la Chaize et ce lieu entre deux et tout ainsi qu’en jouit à présent François THOMAS , farinier. »
Le propriétaire, Louis S
Un quatrième acte notarié va nous permettre de progresser dans la
connaissance de son histoire. Il s’agit d’un acte rédigé en deux temps et
daté du 26 et 27 août 1789. Il est d’autant plus intéressant qu’il fait
référence à un autre acte plus ancien que nous n’avons pas retrouvé dans
les archives et qui a été passé le 27 janvier 1755.
L’acte de 1755 est un acte d’arrentement. C’est un contrat par
lequel une personne donne à une autre la propriété d’un bien à condition
d’en recevoir annuellement et perpétuellement une prestation ou rente
foncière soit en nature, soit en argent. Ce 27 janvier, Renée G
L’acte daté du 26 août 1789 est la vente de l’acte d’arrentement de
1755. Les vendeurs sont Jean F
« les parts et portions qui leur appartiennent dans la maison, moulin à vent et dépendances de la Cave, situées paroisse de ce lieu de Bournezeau. »
À la lecture de l’acte, il semble que le couple F
Avec la guerre civile déclenchée à partir de mars 1793, les moulins
vont être particulièrement sollicités. Rappelons que le but premier du
moulin est de moudre l'élément de base à l'époque : le pain. C'est
une préoccupation majeure pendant la guerre de Vendée : il faut faire du
pain en grande quantité. Les chefs en réclament continuellement pour leurs
troupes. Ainsi le 12 avril 1793, C
« Messieurs, il nous est impossible de vous envoyer la quantité de bled que vous nous demandez. Nous vous envoyons 2 boisseaux de bled seigle provenant des greniers du sieur RABAUD , fermier de Bournezeau, n’ayant aucun bled froment. Nous vous envoyons aussi 33 boisseaux de froment (…) du Thibeuf et 93 boisseaux de seigle. Si vous l’exigez davantage nous nous trouverons gênés pour subsister. Nos greniers étant vides, vous convenez comme nous qu’il faut du bled pour nourrir 300 hommes tous les jours ici. »
Le 15 avril, S
Nous avons également l’interrogatoire d’un dénommé Rémy C
Il déclare encore
« qu’étant à son moulin à deux déroutes qu’ils éprouvèrent à Luçon [30 juillet et 14 août 1793], il se cacha par crainte qu’à leur retour ils ne lui fissent un mauvais parti. »
De quel moulin parle-t-il ? Le Thibeuf ? La cave ? Nous l’ignorons. En revanche nous savons par le témoignage à charge d’un habitant patriote de Bournezeau qu’un bournevaizien nommé René MORIN, prisonnier vendéen à la Rochelle, a
« été pris au moulin de la Cave accusé d’avoir été courrier des brigands et plusieurs par lequel m’ont dit l’avoir vu avec le panache blanc. »
Par son interrogatoire, nous savons qu’il a été fait prisonnier par l’armée républicaine de Luçon le 28 août 1793 et qu’il a monté plusieurs fois la garde. À cette date le moulin de la Cave existe toujours.
Quelques mois plus tard, à partir de janvier 1794, le général
républicain T
« faire l’évacuation générale des grains, fourrages, bestiaux de toutes espèces. [Le commandant de la colonne] se fera fournir (…) les voitures, bœufs, chevaux, attelages nécessaires à l’évacuation ; le transport du tout sera conduit sur Luçon et escorté scrupuleusement. (…) Il s’attachera spécialement à démolir et brûler les fours et moulins. »
La colonne commandée par B
« (…) J’en suis parti [de Saint-Ouen] le 9 [germinal] à 8 heures du matin après avoir incendié tout le bourg pour St-Vincent-Fort-du-Lay. Nous nous sommes ensuite portés sur Bournezeau où nous n’avons incendié que la moitié du bourg, le château et les moulins, à défaut de charrette toutes les métairies, moulins le long de notre route ont été réduits en cendre (…). »
Le moulin de la Cave est du nombre comme l’attestent trois actes notariés postérieurs à l’année 1794.
Le premier acte date du 2 novembre 1808. Marc Antoine S
« un petit morceau de terre où autrefois il y avait un moulin à vent (…) faisant la 12ème partie d’un hectare de terre ou environ ».
La terre et les pierres de ce moulin restent possession du vendeur.
Autre information importante : la parcelle où se trouve l’emplacement
du moulin tient « d’un côté à la grande route qui conduit de
Sainte-Hermine à Napoléon [La Roche-sur-Yon], de l’autre côté à la terre
labourable du nommé Louis F
« pour l'emplacement où était le moulin à vent appelé le ci-devant moulin de la Cave. »
Quelques jours plus tôt, toujours devant le notaire de Bournezeau, ils avaient échangé des terres, toujours dans ce secteur proche de la Maisonnette.
Avec toutes les données notariales relevées et l’aide du cadastre napoléonien de 1825, nous pouvons tenter de situer le "premier" moulin de la Cave sur le plan cadastral ci-dessous. Nous partons de l’hypothèse vraisemblable qu’il n’y avait à l’origine qu’un seul moulin à vent près de la Maisonnette.
Détruit en 1794, puis vendu en 1808 à une famille de
cultivateurs, le "premier" moulin de la Cave a totalement
disparu. Le cadastre est formel : il n’y a plus de traces de moulin
dans les environs de la Maisonnette en 1825 si ce n’est dans le nom des
parcelles. Néanmoins nos recherches le situeraient sur la propriété
actuelle de la famille P
Là encore un doute persiste quant à l’année de construction du moulin que nous voyons aujourd’hui. Une source essentielle peut nous aider dans notre enquête : il s’agit des recensements qui ont lieu tous les 5 ans. Celui de 1836 est le premier qui nous donne les professions des chefs de famille. Le moulin de la Cave n’y apparaît pas et aucun meunier ne vit à la Maisonnette :
- 2 meuniers au Pont du Servant (la famille N
- 3 meuniers à la Martinière (la famille J
- 1 meunier au moulin de Forgette (famille L
- 1 meunier (famille S
Les 3 moulins du château (2 à vent et 1 à eau) que l’on retrouve
sur la carte C
En 1841, nous retrouvons les mêmes familles dans les mêmes
villages mais il y a désormais 2 meuniers au Thibeuf : la famille S
Dans les recensements suivants (1846, 1851 et 1856), le moulin de
la Cave n’est toujours pas mentionné et il n’y a aucun meunier à la
Maisonnette. Vivent au Thibeuf au tout début de l’année 1856, 3
meuniers : Hippolyte et Louis-René S
Cette année 1856 est très importante car le moulin de la Cave est
mentionné pour la première fois dans les archives depuis sa destruction en
1794. En effet, le 7 avril 1856, Hippolyte S
« s’associent pour exploiter en commun les moulins dits du Thibeuf et de la Cave, (…) les pièces de terre et pré qui en dépendent tels que le sieur S>ALÉ en jouit actuellement."
Elle doit débuter le 24 juin 1856 et se terminer 3 ans plus tard, à la même date. Ils reconnaissent que les biens sont dans un bon état et doivent partager à égalité les frais liés à l’exploitation comme l’achat de chevaux.
Le 20 juillet 1856, dans un acte de vente quelconque, il
est indiqué qu’Hippolyte S
Une certitude : le 24 juin 1856 le moulin est en fonctionnement. Mais quand a-t-il été construit et par qui ?
Essayons de remonter l’histoire de la parcelle où a été construit
le moulin. Nous savons qu’en 1825 le propriétaire de la parcelle en
question est la famille V
Le 26 septembre 1852, ce Pierre V
« donne aux époux SALÉ à titre d’échange un morceau de terre nommé le champ de la Cave contenant 10 ares environ. »
En échange, il reçoit un autre terrain qu’avait obtenu Stéphanie N
Ce morceau de terre obtenu est-il bien celui où a été construit
le moulin ? Nous avons la réponse grâce un nouvel acte notarié
enregistré à Bournezeau le 1er septembre 1875 et qui fait suite au décès
de Stéphanie arrivé au moulin de la Cave le 20 août 1875. Cet acte notarié
indique l’origine de la propriété appartenant au couple S
« Les immeubles ci-dessus désignés à l’exception de 10 ares de terrain sur partie desquels ont été édifiés le moulin et la maison et les autres servitudes qui appartenaient en propre à l’épouse SALÉ… »
Il est inutile de retranscrire davantage l’acte : le terrain
obtenu par Stéphanie N
Malheureusement nous n’avons retrouvé aucun acte notarié dans les études de Bournezeau ou de Chantonnay pouvant le prouver. Peut-être que des actes de marché avec des artisans ont été passés ailleurs ou bien la construction s’est faite sans acte officiel ?
Hippolyte SALÉ, par l’acte notarié du 1er septembre 1875 que nous venons d’évoquer, fait donation par moitié à ses deux filles, Lucie et Marie, de ses biens acquis avec son épouse Stéphanie, à savoir : le moulin à vent de la Cave, la maison d’habitation, le jardin, le champ de la Cave, le pré de la Cave et une vigne.
Peu après Lucie vend sa part à sa sœur qui devient alors la seule
propriétaire de l’ensemble des biens. Marie S
En décembre 1925, Marie fait donation de la propriété à sa fille
unique, Marie Louise C
En effet, dans la 2e moitié du
En 1924, ils ne sont plus que 2 meuniers sur la commune.
En 1935, étant de moins en moins rentable et ne voulant plus
payer la taxe sur les moulins, Séraphin G
Les deux enfants de Séraphin G
En 1998, elle décide avec son mari, Patrick B
Photo du Moulin de la cave prise côté Ouest
En 2006, Dyonise B