Le Moulin de la Cave

  Deux monuments marquent le paysage de notre commune de Bournezeau encore aujourd’hui. Le premier est évidemment l’église. Nous avons déjà retracé son histoire dans “Au fil du temps”. Le second illustre la couverture de notre revue : il s’agit du moulin à vent de la Cave. Écrire son histoire n’est pas chose facile. En effet il y a eu un moulin de la Cave à deux époques et deux endroits différents. Autrement dit, le moulin que nous voyons aujourd’hui n’était pas à cet endroit sous l’Ancien régime (avant la Révolution française). Détruit pendant la Guerre de Vendée en 1794, il ne fut reconstruit qu’au milieu du XIXe siècle : C’est le moulin actuel qui a donné son nom à l’avenue, anciennement la route de Sainte-Hermine à la Roche-sur-Yon. Ainsi, pendant une soixantaine d’années, le moulin de la Cave n’avait plus d’existence. Nous allons essayer de faire revivre son histoire chaotique à l’aide des documents d’archive en notre possession : les registres paroissiaux, les actes d’état civil, les recensements, les actes notariés et de succession de Bournezeau, le cadastre napoléonien… 

      
Carte CASSINI réalisée dans la 2de moitié du XVIIIe siècle (extraite du site internet BNF)
A- Le moulin à vent de la Cave (2 moulins dessinés mais dans les archives on ne parle que d’un moulin de la Cave)
B- Les 2 moulins à vent du château                D- Le moulin à eau du Thibeuf
C- Le moulin à vent du Thibeuf                    E- Le moulin à eau du château

     Les origines du moulin de la Cave

 
  Quand a été construit le “premier” moulin de la Cave ? Nous ne le savons pas. La première mention que nous retrouvons remonte au 28 février 1698 dans un acte notarié dans lequel un propriétaire loue une borderie à un dénommé Pierre BOISSEAU « farinier au moulin de la Cave. »   À l’époque, le meunier se charge « de moudre le grain dans un moulin à vent ou à eau pour en faire de la farine » et le farinier de la vendre. Avec le temps les fonctions tendent à se confondre. Aussi est-il possible que l’indication “farinier” ait été utilisée pour désigner un meunier. Nous sommes alors sous le règne de Louis XIV. Il faut savoir que les archives notariales et les registres paroissiaux de Bournezeau antérieurs à 1680 ont disparu. Néanmoins il ne fait aucun doute que le moulin existait bien avant 1698 et qu’il s’agit dès l’origine d’un moulin à vent. Selon la carte CASSINI (voir ci-dessus), le moulin est en pierre, sans doute de type moulin-tour comme celui que nous connaissons aujourd’hui :

« corps fixe en pierre surmonté d’une toiture pouvant pivoter seule, sur 360° »

. Pour compliquer l’affaire, deux moulins apparaissent sur la carte. Y-avait-il réellement deux moulins jadis à cet endroit ? C’est possible mais les archives en notre possession ne parlent que du moulin de la Cave au singulier. Dans le répertoire du cadastre napoléonien de 1825, des parcelles au niveau du village de la Coussaie (la Coussay sur la carte CASSINI) sont appelées “champs du moulin”. C’est peut-être ce 2e moulin dessiné sur la carte ? L’exploitation aux Archives nationales des archives de la seigneurie de Bournezeau, beaucoup plus anciennes, pourrait apporter des éléments nouveaux. L’accès et la lecture de ces documents sont malheureusement difficiles.

  Qui est à l’initiative de sa construction ? Là encore nous ne savons pas mais il est fort probable qu’il s’agisse du seigneur de Bournezeau : il a la propriété foncière et la puissance financière pour le construire. En retour il en attend un revenu. Pour ce faire, il bénéficie en Poitou d’un droit banal ou féodal appelé droit de vérolie, c’est-à-dire que les habitants ou les meuniers sont obligés de faire moudre leurs blés dans son moulin. L’aveu de 1763 énumère les moulins soumis à ce droit de vérolie au profit du seigneur de Bournezeau, à savoir le duc DE LA TREMOILLE. Mais voilà, le moulin de la Cave n’y est pas cité contrairement aux moulins du Thibeuf par exemple. Son propriétaire à cette époque n’est donc pas, ou plus, soumis à ce droit féodal. Nous en reparlerons.

  Pourquoi s’appelle-t-il moulin de la Cave et où se situe-t-il ? Le moulin que nous voyons aujourd’hui a bien une cave mais le “premier” moulin en avait-il une ? Il n’y rien de moins sûr. Si nous regardons le cadastre napoléonien de 1825, période pendant laquelle le moulin n’existe plus, plusieurs parcelles se nomment “Champ de la Cave” ou “Pré de la Cave” ou encore “La Cave”, le tout se situant à proximité du lieu-dit “la Maisonnette” que nous connaissons aujourd’hui à l’impasse du même nom. Émettons donc l’hypothèse que le nom du moulin vient du nom de la parcelle où il a été construit. D’ailleurs le “second” moulin de la Cave sera construit au milieu du XIXe siècle dans ce même secteur, appelée le “Pré de la Cave” et “la Cave.”

  Un constat s’impose : nous ne savons quasiment rien sur ses origines. Mais peu à peu, à partir du XVIIIe siècle, des documents d’archives comme les actes notariés vont se multiplier et donner une consistance à l’histoire de notre moulin.

     Le moulin de la Cave au XVIIIe siècle

 
  Le 25 avril 1705, un contrat de mariage est rédigé par le notaire de Bournezeau. Le futur époux, André FOURNIER, est farinier. Ses parents demeurent au moulin à eau du Thibeuf. Sa sœur, Anne FOURNIER, et son mari, Mathurin BLANCHET, sont témoins et habitent au moulin de la Cave sans autre précision quant à son activité professionnelle, mais sans doute est-il lui-aussi farinier.
  Nous reparlerons de cette famille FOURNIER du Thibeuf. Elle compte parmi les familles importantes de fariniers/meuniers à Bournezeau au cours du XVIIIe siècle. L’acte ne nous renseigne pas sur le nom du propriétaire du moulin. Une constante est néanmoins à signaler : les familles de fariniers/meuniers s’unissent fréquemment avec des familles du même milieu comme le prouve l’acte suivant daté du 1er juillet 1714.
  Il s’agit là encore d’un contrat de mariage évoquant le moulin de la Cave : Marie MANDIN, veuve de Jean BALINEAU, farinier, « demeurant au moulin à vent de la Cave », souhaite épouser René BARAUD qui vit au moulin de la Roche à Chantonnay. La future mariée a pour témoin Jean THOMAS, « farinier, son voisin et bon ami ». On imagine qu’il habite à la Maisonnette.
  Un troisième acte notarié nous apporte enfin des éléments importants sur le nom du propriétaire du moulin et sur la composition foncière de la propriété. Il a été rédigé le 12 avril 1720 : 
   

« Messire Louis SAJOT chevalier seigneur de la Semignonnière demeurant au bourg de la paroisse dudit Creil-Bournezeau a baillé (…)audit Jean BOISDE, farinier demeurant à Rassouillet paroisse de Saint-Hilaire-le-Vouhis, savoir son moulin à vent appelé de la Cave avec la pièce de terre où est ledit moulin, la maison et dépendances avec la pièce de terre et le pré au bout dicelle pièce de terre qui joint à ladite maison le chemin de la Chaize et ce lieu entre deux et tout ainsi qu’en jouit à présent François THOMAS, farinier. »


Baptême d’un fils de François THOMAS le 4 mars 1719 (Registres paroissiaux de Bournezeau – Site ADV)

  Le propriétaire, Louis SAJOT, est chevalier, c’est-à-dire qu’il est noble, dans le bas de la hiérarchie nobiliaire. Nous ne savons pas comment il a acquis le moulin : par succession familiale, achat, donation ? François THOMAS est le farinier qui exploite ce bien en tant que locataire. Nous retrouvons ce nom dans les familles de fariniers à Bournezeau. Même si la Maisonnette n’est pas évoquée dans l’acte, l’ensemble moulin/maison/dépendances/terrains se situe à proximité, le long du chemin qui mène à la Chaize-le-Vicomte. Il y a une donnée qu’il ne faut pas oublier : la route de la Roche-sur-Yon telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existait pas au XVIIIe siècle. Elle n’a été achevée qu’au début du XIXe. Aussi, en 1720, ce secteur est-il différent de celui que l’on retrouve en 1825 dans le cadastre napoléonien, rendant ainsi plus difficile la localisation du "premier" moulin de la Cave.
  Un quatrième acte notarié va nous permettre de progresser dans la connaissance de son histoire. Il s’agit d’un acte rédigé en deux temps et daté du 26 et 27 août 1789. Il est d’autant plus intéressant qu’il fait référence à un autre acte plus ancien que nous n’avons pas retrouvé dans les archives et qui a été passé le 27 janvier 1755.
  L’acte de 1755 est un acte d’arrentement. C’est un contrat par lequel une personne donne à une autre la propriété d’un bien à condition d’en recevoir annuellement et perpétuellement une prestation ou rente foncière soit en nature, soit en argent. Ce 27 janvier, Renée GAUDINEAU, veuve de Jean Nicolas ESGONNIÈRE, sieur de la Faibretière, donne à André FOURNIER, journalier et petit-neveu d’André FOURNIER que nous avons vu dans l’acte de 1705, et à Marie BIRONNEAU, son épouse, le moulin de la Cave avec la maison et les dépendances qui en dépendent. La rente annuelle et perpétuelle que doit verser le couple à Renée GAUDINEAU est constitué d’une somme de 24 livres en argent, un gâteau de fleur de farine, un boisseau de froment et 2 chapons. Nous savons que Renée GAUDINEAU est la tante par alliance de Louis SAJOT. Le moulin lui serait-il parvenu par cette filiation ? Quoi qu’il en soit son fils Cyr Louis ESGONNIÈRE, hérite de la rente de 1755 : c’est l’objet de l’acte de 1789

   
En gras les noms des propriétaires du moulin de la Cave trouvés dans les actes notariés de Bournezeau.

 
  L’acte daté du 26 août 1789 est la vente de l’acte d’arrentement de 1755. Les vendeurs sont Jean FOURNIER, cabaretier à Bournezeau, et son épouse Marie G. Jean est le fils du couple FOURNIER / BIRONNEAU. Il l’a probablement hérité de ses parents. Les acheteurs sont deux frères FOURNIER qui ont le même prénom : Louis. Ils sont cousins germains du vendeur et fariniers au Thibeuf. L’acte est ainsi rédigé : le couple leur vend

« les parts et portions qui leur appartiennent dans la maison, moulin à vent et dépendances de la Cave, situées paroisse de ce lieu de Bournezeau. »

  À la lecture de l’acte, il semble que le couple FOURNIER / GABORIT ne possède qu’une partie du moulin de la Cave. Un autre acquéreur ou plusieurs autres posséderaient d’autres parts. Le doute existe. L’acte précise également que les deux frères deviennent fermiers du moulin de la Cave et des deux moulins du Thibeuf (un moulin à vent et un moulin à eau). Le lendemain, 27 août 1789, les deux frères reconnaissent devant le même notaire devoir à Cyr Louis ESGONNIÈRE la rente annuelle évoquée plus haut.


 

     Le moulin de la Cave pendant la Guerre de Vendée (1793-1794)

 
  Avec la guerre civile déclenchée à partir de mars 1793, les moulins vont être particulièrement sollicités. Rappelons que le but premier du moulin est de moudre l'élément de base à l'époque : le pain. C'est une préoccupation majeure pendant la guerre de Vendée : il faut faire du pain en grande quantité. Les chefs en réclament continuellement pour leurs troupes. Ainsi le 12 avril 1793, CAUTEREAU, qui commande les Vendéens à Bournezeau, écrit aux commandants de la Roche-sur-Yon :
  

« Messieurs, il nous est impossible de vous envoyer la quantité de bled que vous nous demandez. Nous vous envoyons 2 boisseaux de bled seigle provenant des greniers du sieur RABAUD, fermier de Bournezeau, n’ayant aucun bled froment. Nous vous envoyons aussi 33 boisseaux de froment (…) du Thibeuf et 93 boisseaux de seigle. Si vous l’exigez davantage nous nous trouverons gênés pour subsister. Nos greniers étant vides, vous convenez comme nous qu’il faut du bled pour nourrir 300 hommes tous les jours ici. »

   Le 15 avril, SAINT-PAL, commandant au Tablier et à Mareuil-sur-Lay, précise qu’il ne peut plus utiliser les moulins des environs de Mareuil parce qu’ils sont aux mains des Républicains et qu’il est donc contraint d’utiliser les moulins autour de Saint-Florent-des-Bois.

   Nous avons également l’interrogatoire d’un dénommé Rémy COUTURIER de Puymaufrais, arrêté chez lui le 21 novembre 1793 par les Républicains. Il est « domestique de FOURNIER, farinier à Bournezeau ». Il s’agit sans aucun doute d’un des frères que nous avons rencontré dans l’acte notarié de 1789. Ce dernier aurait été obligé par les chefs Vendéens de monter la garde à Bournezeau et ne voulant le faire, il a obligé son domestique à la monter à sa place, armé de son fusil de chasse.

   Il déclare encore

« qu’étant à son moulin à deux déroutes qu’ils éprouvèrent à Luçon [30 juillet et 14 août 1793], il se cacha par crainte qu’à leur retour ils ne lui fissent un mauvais parti. »

De quel moulin parle-t-il ? Le Thibeuf ? La cave ? Nous l’ignorons. En revanche nous savons par le témoignage à charge d’un habitant patriote de Bournezeau qu’un bournevaizien nommé René MORIN, prisonnier vendéen à la Rochelle, a

« été pris au moulin de la Cave accusé d’avoir été courrier des brigands et plusieurs par lequel m’ont dit l’avoir vu avec le panache blanc. »

Par son interrogatoire, nous savons qu’il a été fait prisonnier par l’armée républicaine de Luçon le 28 août 1793 et qu’il a monté plusieurs fois la garde. À cette date le moulin de la Cave existe toujours.

  
Photo du Moulin de la cave prise en juin 2008

  Quelques mois plus tard, à partir de janvier 1794, le général républicain TURREAU met en place les Colonnes Infernales dans le but de mettre fin à la guerre de Vendée de façon brutale et notamment en empêchant la population insurgée ou supposée l’être, de se nourrir. Elles se mettent en marche dans notre région fin mars 1794 avec pour ordre de

« faire l’évacuation générale des grains, fourrages, bestiaux de toutes espèces. [Le commandant de la colonne] se fera fournir (…) les voitures, bœufs, chevaux, attelages nécessaires à l’évacuation ; le transport du tout sera conduit sur Luçon et escorté scrupuleusement. (…) Il s’attachera spécialement à démolir et brûler les fours et moulins. »

  La colonne commandée par BARDOU déferle sur Bournezeau le 29 mars 1794 et exécute les ordres de TURREAU concernant les moulins. Dans son rapport, BARDOU note :

« (…) J’en suis parti [de Saint-Ouen] le 9 [germinal] à 8 heures du matin après avoir incendié tout le bourg pour St-Vincent-Fort-du-Lay. Nous nous sommes ensuite portés sur Bournezeau où nous n’avons incendié que la moitié du bourg, le château et les moulins, à défaut de charrette toutes les métairies, moulins le long de notre route ont été réduits en cendre (…). »

Le moulin de la Cave est du nombre comme l’attestent trois actes notariés postérieurs à l’année 1794.

  Le premier acte date du 2 novembre 1808. Marc Antoine SAVARY DE L’EPINERAYE (héritier probable de son grand-oncle Cyr Louis ESGONNIÈRE) vend à Jacques et François VINCENT, père et fils laboureurs, domiciliés à la Maisonnette, les champs proches de ce lieu-dit dont

« un petit morceau de terre où autrefois il y avait un moulin à vent (…) faisant la 12ème partie d’un hectare de terre ou environ ».

La terre et les pierres de ce moulin restent possession du vendeur. Autre information importante : la parcelle où se trouve l’emplacement du moulin tient « d’un côté à la grande route qui conduit de Sainte-Hermine à Napoléon [La Roche-sur-Yon], de l’autre côté à la terre labourable du nommé Louis FOURNIER, d’un bout à celle du sieur RABAUD (…). » Le moulin n’est pas nommé dans l’acte mais il est vraisemblable qu’il s’agisse du moulin de la Cave : cela faisait près de 15 ans qu’il avait été détruit. Le second acte confirme ce point : le 15 août 1812 Louis FOURNIER vend à Jean RABAUD « le ¼ au total dans l'emplacement du moulin à vent appelé le ci-devant moulin de la cave (…) le tout situé près de la maison appelée la Maisonnette. » Enfin, dans le dernier acte daté du 31 juin 1817, Jacques VINCENT, de la Maisonnette, verse une rente de 30 livres à Jean RABAUD

« pour l'emplacement où était le moulin à vent appelé le ci-devant moulin de la Cave. »

Quelques jours plus tôt, toujours devant le notaire de Bournezeau, ils avaient échangé des terres, toujours dans ce secteur proche de la Maisonnette.

  Avec toutes les données notariales relevées et l’aide du cadastre napoléonien de 1825, nous pouvons tenter de situer le "premier" moulin de la Cave sur le plan cadastral ci-dessous. Nous partons de l’hypothèse vraisemblable qu’il n’y avait à l’origine qu’un seul moulin à vent près de la Maisonnette.


Cadastre napoléonien de 1825 : juxtaposition de 2 planches cadastrales (site ADV)
A) Localisation possible du “premier moulin” de la Cave                 B) Moulin de la Cave actuel
En gras les noms des parcelles relevés dans le cadastre de 1825.
Nom des propriétaires en 1825 :
1) Héritiers VINCENT   2) Louis TRENIT   3) Jean PATÉ   4) Héritiers VINCENT   5) Héritiers VINCENT
6) Pierre CTTREAUO   7) SAVARY de l’EPINERAY   8) Héritiers VINCENT   9) Héritiers VINCENT
10) LOYAU   11) Demoiselles ROUSSEAU   12) Héritiers VINCENT   13) Demoiselle ROUSSEAU
14) Héritiers VINCENT   15) LOYAU

  Détruit en 1794, puis vendu en 1808 à une famille de cultivateurs, le "premier" moulin de la Cave a totalement disparu. Le cadastre est formel : il n’y a plus de traces de moulin dans les environs de la Maisonnette en 1825 si ce n’est dans le nom des parcelles. Néanmoins nos recherches le situeraient sur la propriété actuelle de la famille PAYNEAU, proche de leur établissement professionnel de vente et réparation automobile. La forme quelque peu circulaire de la parcelle (lettre A sur le plan ci-dessus) peut laisser à penser qu’un moulin pouvait s’y trouver. Le moulin de la Cave que nous connaissons aujourd’hui (lettre B) est juste de l’autre côté de l’avenue du Moulin ou anciennement route de la Roche-sur-Yon à Sainte-Hermine. La question est de savoir quand ce "second" moulin de la Cave a été construit.

     La renaissance du moulin de la Cave

    Là encore un doute persiste quant à l’année de construction du moulin que nous voyons aujourd’hui. Une source essentielle peut nous aider dans notre enquête : il s’agit des recensements qui ont lieu tous les 5 ans. Celui de 1836 est le premier qui nous donne les professions des chefs de famille. Le moulin de la Cave n’y apparaît pas et aucun meunier ne vit à la Maisonnette :

- 2 meuniers au Pont du Servant (la famille NORMAND).
- 3 meuniers à la Martinière (la famille JOUSSEAUME).
- 1 meunier au moulin de Forgette (famille LIÈVRE).
- 1 meunier (famille SALÉ) sans indication de moulin mais sans aucun doute au Thibeuf.

  Les 3 moulins du château (2 à vent et 1 à eau) que l’on retrouve sur la carte CASSINI, ont été détruits probablement en même temps que le moulin de la Cave en 1794. Ils n’ont jamais été reconstruits.

  En 1841, nous retrouvons les mêmes familles dans les mêmes villages mais il y a désormais 2 meuniers au Thibeuf : la famille SALÉ et une proche parente, Marie FOURNIER.

  Dans les recensements suivants (1846, 1851 et 1856), le moulin de la Cave n’est toujours pas mentionné et il n’y a aucun meunier à la Maisonnette. Vivent au Thibeuf au tout début de l’année 1856, 3 meuniers : Hippolyte et Louis-René SALÉ, frères, et Louis REMAUD.

 


Acte de naissance du 22 décembre 1856
(État civil de Bournezeau, ADV en ligne)

  Cette année 1856 est très importante car le moulin de la Cave est mentionné pour la première fois dans les archives depuis sa destruction en 1794. En effet, le 7 avril 1856, Hippolyte SALÉ « farinier demeurant au moulin du Thibeuf », et Louis REMAUD « aussi farinier demeurant à Bournezeau » concluent devant le notaire de Bournezeau une coopération professionnelle. Ils

« s’associent pour exploiter en commun les moulins dits du Thibeuf et de la Cave, (…) les pièces de terre et pré qui en dépendent tels que le sieur S>ALÉ en jouit actuellement."

Elle doit débuter le 24 juin 1856 et se terminer 3 ans plus tard, à la même date. Ils reconnaissent que les biens sont dans un bon état et doivent partager à égalité les frais liés à l’exploitation comme l’achat de chevaux.

   Le 20 juillet 1856, dans un acte de vente quelconque, il est indiqué qu’Hippolyte SALÉ demeure au moulin du Thibeuf. Cinq mois plus tard, le 22 décembre, Hippolyte est témoin de la naissance au moulin du Thibeuf du fils de son associé. Il est noté dans l’acte d’état civil qu’Hippolyte habite au moulin de la Maisonnette. Il s’agit bien-sûr de notre "second" moulin de la Cave. Dans le recensement de 1861, il réside à la Maisonnette.

  Une certitude : le 24 juin 1856 le moulin est en fonctionnement. Mais quand a-t-il été construit et par qui ?

  Essayons de remonter l’histoire de la parcelle où a été construit le moulin. Nous savons qu’en 1825 le propriétaire de la parcelle en question est la famille VINCENT. Or, le 22 mars 1852, Marie Anne THOUZEAU, veuve de Jacques NIVAULT, fait donation à ses 5 enfants de ses biens divisés en 5 lots. Parmi ses enfants, nous trouvons Stéphanie NIVAULT épouse d’Hippolyte SALÉ, et Ursule NIVAULT épouse de Pierre VINCENT, sabotier de profession et petit-fils de Jacques VINCENT que nous avons déjà rencontré plus haut.

  Le 26 septembre 1852, ce Pierre VINCENT 

« donne aux époux SALÉ à titre d’échange un morceau de terre nommé le champ de la Cave contenant 10 ares environ. »

En échange, il reçoit un autre terrain qu’avait obtenu Stéphanie NIVAULT lors de la donation.

  Ce morceau de terre obtenu est-il bien celui où a été construit le moulin ? Nous avons la réponse grâce un nouvel acte notarié enregistré à Bournezeau le 1er septembre 1875 et qui fait suite au décès de Stéphanie arrivé au moulin de la Cave le 20 août 1875. Cet acte notarié indique l’origine de la propriété appartenant au couple SALÉ / NIVAULT :

« Les immeubles ci-dessus désignés à l’exception de 10 ares de terrain sur partie desquels ont été édifiés le moulin et la maison et les autres servitudes qui appartenaient en propre à l’épouse SALÉ… »

  Il est inutile de retranscrire davantage l’acte : le terrain obtenu par Stéphanie Nsuite à l’échange de 1852 est bien la parcelle sur laquelle le moulin sera construit. Autrement dit, le moulin de la Cave que nous connaissons aujourd’hui a été construit entre le 26 septembre 1852 et le 24 juin 1856. L’initiative de sa construction est probablement due au couple.

  Malheureusement nous n’avons retrouvé aucun acte notarié dans les études de Bournezeau ou de Chantonnay pouvant le prouver. Peut-être que des actes de marché avec des artisans ont été passés ailleurs ou bien la construction s’est faite sans acte officiel ?

     Le moulin de la Cave entre 1856 et 1935

    Hippolyte SALÉ, par l’acte notarié du 1er septembre 1875 que nous venons d’évoquer, fait donation par moitié à ses deux filles, Lucie et Marie, de ses biens acquis avec son épouse Stéphanie, à savoir : le moulin à vent de la Cave, la maison d’habitation, le jardin, le champ de la Cave, le pré de la Cave et une vigne.

  Peu après Lucie vend sa part à sa sœur qui devient alors la seule propriétaire de l’ensemble des biens. Marie SALÉ réside avec son époux Victor CRéPEAU, meunier de profession, au moulin de la Cave.

  En décembre 1925, Marie fait donation de la propriété à sa fille unique, Marie Louise CRÉPEAU, qui a épousé en 1908 Séraphin GAUDUCHEAU : ce fut le dernier meunier du moulin de la cave.


Tableaux des exploitants de moulins (…) demandés par le préfet en 1908
(ADV en ligne : 6 M 1245)

  En effet, dans la 2e moitié du XIXe siècle, la Révolution Industrielle initiée par la machine à vapeur, va donner un coup d’arrêt progressif à l’utilisation des moulins à vent, désormais supplantés par les minoteries utilisant la vapeur, puis plus tard l’électricité. Au tout début des années 1900, Victor CRéPEAU, utilise la vapeur pour moudre au moulin de la Cave. En 1908, ils sont 4 meuniers à Bournezeau.

  En 1924, ils ne sont plus que 2 meuniers sur la commune.


État de renseignement du centre de réception des Sables d’Olonne et de Chantonnay en 1924
(ADV en ligne : 6 M 1013-1)

  En 1935, étant de moins en moins rentable et ne voulant plus payer la taxe sur les moulins, Séraphin GAUDUCHEAU démantèle le moulin en lui retirant ses ailes afin qu’il soit considéré par les autorités comme hors service, échappant ainsi à toute fiscalité. Heureusement il n’est pas détruit et est utilisé comme remise.

     

Le renouveau du moulin de la Cave

  Les deux enfants de Séraphin GAUDUCHEAU et de Marie Louise Crépeau, héritent pour moitié du moulin en 1961 : Abel GAUDUCHEAU cède sa part à sa sœur Lucienne GAUDUCHEAU en 1966. Cette dernière, célibataire, adopte Dyonise BROCHARD qui hérite par la suite du moulin de la Cave.

  En 1998, elle décide avec son mari, Patrick BOUVIER, de le restaurer en totalité dans l’objectif de refaire tourner les ailes de son moulin et bien-sûr de moudre sa propre farine. Ce fut une totale réussite et le “nouveau” moulin de la Cave a été inauguré en mai 2000.

   Photo du Moulin de la cave prise côté Ouest

  En 2006, Dyonise BROCHARD vend son moulin à Maryse MORICEAU, nouvelle propriétaire du moulin. Elle l’a fait fonctionner après son acquisition. Encore une fois, en 2023, une femme possède le moulin même si celui-ci n’est plus en activité !

   Vincent PÉROCHEAU

   Sources :
- https://www.vieuxmetiers.org/
- https://www.moulins-a-vent.net/constructions.htm
- Annuaire de la Société d’émulation de la Vendée : le marquisat de Bournezeau en 1763 (site des ADV)
- https://fdmf.fr/  (Fédération des moulins de France : nombreux articles sur l’histoire des moulins)
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207042f/f75.image.r=arrentement
- Collection Dugast-Matifeux : Volume 1 - Doc. 112 et 131 // Volume 8 - Doc. 104.
- Archives de Vendée : L1586-1587-1588-1589 - Commission Militaire de Fontenay-le-Comte
- Archives de Vendée : Etudes notariales de Bournezeau 3 E 8 (en ligne)
- Archives de Vendée : Les recensements de Bournezeau et cadastre napoléonien (en ligne)
- Archives de Charente-Maritime : L1258-1259-1260 - Commission Militaire de la Rochelle
- Archives Nationales : W.22
- Archives de Vendée : Droits d’enregistrement et successions au Bureau de Chantonnay (en ligne)
- Archives de Vendée : Répertoires des notaires de Bournezeau (en ligne)
- Archives de Vendée : Minutes notariales de Bournezeau pour les années 1698, 1705,1714, 1720, 1789, 1808, 1817 (en ligne)
- Archives de Vendée : Minutes notariales de Bournezeau : 3 E 8 35 (1852) // 3 E 8 38 (1856) // 3 E 8 58 (1875)
- Blog de Maryse Moriceau : https://moulindelacave.wordpress.com.