Le bouilleur de cru

Je me souviens du bouilleur de cru, appelé aussi “Faiseur de goutte” (Eau de vie)
 
  Le bouilleur de cru, le plus souvent ambulant, se déplace de commune en commune. C'est une profession très réglementée. Pour travailler, l'opérateur doit avoir un agrément de l'administration et il lui faut une autorisation des douanes pour déplacer son alambic sur la voie publique.
  Très apprécié : “le droit de brûlage” des 1000 degrés exonérés de taxe pour la génération d'après-guerre (vers 1945-1970 environ), non transmissible aux descendants. Les exploitants de vigne souscrivant une déclaration annuelle de récolte bénéficiaient de ce privilège. Durant l'hiver, le bouilleur de cru, avec son alambic ambulant, stationnait dans la commune et les producteurs prenaient rendez-vous, fournissaient le bois et repartaient avec 15-16 litres de gnôle (eau de vie). La période pouvait durer un mois puis le bouilleur de cru allait s'installer dans une autre commune.

  
L’alambic était couvert de façon rudimentaire, souvent avec des tôles ondulées de récupération
comme le montre cette photo prise sur Internet.

  Autrefois, la gnôle (eau de vie) était parée de toutes les vertus et était présente dans toutes les maisons. Pour les plus anciens elle avait valeur de médicament. Désinfectant pour les plaies, anti grippe pour contrer l'état fiévreux. La procédure : il fallait attendre le soir, diète impérative ; Prendre un grand bol de lait bouilli ; y ajouter une bonne rasade de gnôle sans modération, et boire le plus chaud possible. Aussitôt, se coucher et se calfeutrer chaudement pour prendre une bonne suée. Les défenses naturelles du corps fonctionnaient à fond, la sueur intense évacuait les toxines et le lendemain la fièvre était tombée, au moins provisoirement. En somme, autrefois, la gnôle remplaçait le paracétamol avec un effet coup de fouet en plus.
  À noter aussi, dans les familles, pour les enfants majeurs (21 ans à l'époque), les étrennes du début d'année, c'était souvent 1 ou 2 litres de gnôle, très appréciés : Le médicament qui “guérit tout”, selon les anciens. En plus, la gnôle sert à la fabrication de l'apéro. Quelle fierté de dire « C’est de ma fabrication » …Je crois que toutes les maisons, autrefois, avaient un peu d'eau de vie en réserve.
  Concernant la distillation des fruits : actuellement toute personne propriétaire ou locataire d'une parcelle sur laquelle est planté au moins un arbre fruitier peut venir distiller à l'atelier public. Les fruits doivent être ramassés bien mûrs avant d'être broyés pour la macération dans un tonneau. La fermentation, qui dure trois semaines environ, est améliorée avec de la levure de boulanger. Ensuite, le bouilleur de cru peut intervenir, il transforme les fruits en eau de vie.  Après une heure trente de “chauffe” l'extraction est faite. L'eau de vie récoltée “pèse” 50-60 degrés. (Affiche un dosage)
  C'est un métier saisonnier (toujours en fin d'automne) et les bouilleurs ambulants exercent toujours une autre activité.
                                              

Bouilleurs de cru à Bournezeau.

 
  Le premier bouilleur de cru connu à Bournezeau s’appelle Eugène Gachet. Né en 1876, il aurait commencé a exercé vers 1935. Son alambic était situé dans la rue du Chemin de la Motte.
  Maurice DELAVAUD, né en 1914, a acheté l’alambic à Eugène Gachet. Il lui a succédé après la guerre vers 1946. Il a arrêté cette activé vers 1973, il est décédé en juin 1979.

 
Nous n'avons pas trouvé de photos d'alambic à Bournezeau.
Ci-dessus, une photo d'un alambic prise sur Internet.

En 1974, Roger GUINET de Saint-Jean-de-Beugné a pris le relais. Il est venu avec son alambic. Il est décédé en 2012. Vers 1981, son gendre, Jean-Luc BLANCHET, de Saint-Jean-de-Beugné, a pris le relais.
  Il aurait exercé jusqu’en 2011, mais son activité sur Bournezeau, se serait terminée vers 2003 Il est décédé en 2013Roger GUINET était entrepreneur de travaux agricoles à Saint-Jean-de-Beugné, son alambic était tenu par un ouvrier : Michel BOISVINEAU, qui a continué ce service avec Jean-Luc BLANCHET.
  Bouilleurs de cru successifs connus au lieu-dit la Ménerie : PARPAILLON, ensuite Roger GUINET, et le dernier Jean-Luc BLANCHET. D’autres bouilleurs de cru exerçaient aussi dans d’autres villages : La Borelière, Villiers, Bois Bonneau, etc.
 
  Une nouvelle loi a été votée le 17 octobre 2023 dans le but de lutter contre les activités clandestines en favorisant les professionnels, permettant un volume plus important détaxé. La corporation compte environ 500 membres en France, dont 7 en Vendée. Et L’alcool doit toujours être consommé avec modération.

Joseph BONNET

   Sources : Les noms et dates d’exercice des bouilleurs de cru de Bournezeau ont été trouvés par :
   Jean-Yves JAULIN, Eugène DAVIET, Jacqueline CHARRIER, Bernard PÉTÉ, Victor PÉTÉ, Francine BLANCHET, épouse de Jean-Luc, et sa fille Marietta.