La guerre “en Orient” (1915-1918)

     
L'Europe de 2020 et celle de 1914

  Le front d’Orient était en réalité en Serbie. Le 28 juin 1914, l'archiduc-héritier François-Ferdinand d'Autriche a été assassiné lors d'une visite dans la ville de Sarajevo. Ce fut le départ d’un nouveau conflit entre la Serbie et l’Empire Austro-Hongrois, allié de l’Allemagne. La Bulgarie entra en guerre contre la Serbie pour gagner un territoire en Macédoine. Les allemands cherchaient un passage vers l’Empire Ottoman. C’est dans ces montagnes entre la Bulgarie et la Grèce que des soldats français et anglais sont allés combattre à partir d’octobre 1915. Ils passaient tous par Salonique (aujourd’hui Thessalonique). Les buts de cette guerre :
  * sauver l'armée serbe en déroute, (Les bateaux français l’ont transportée d’Albanie à Corfou)
  * s'installer durablement dans un pays neutre, la Grèce, en évitant son ralliement à l'ennemi,
  * aider la Roumanie qui venait de rejoindre l'Entente,
  * défaire les Bulgares.
  Près de 300 000 soldats français, dont plus de 50 000 ne sont jamais revenus, ont combattu sur ces terres balkaniques où ils ont vécu une fraternité d'arme avec leurs alliés serbes, italiens, britanniques, australiens, néo-zélandais. La beauté de la baie de Salonique émerveillait les français à l’entrée de la baie, mais leur campement était dressé plus à l’ouest sur un terrain humide où beaucoup étaient malades. Certains ont été débarqués côté italien, en Grèce qu’ils ont dû traverser à pied pour rejoindre Salonique.
 
  MAROT Louis, de l’Augoire, a été mobilisé le 8 octobre 1912 au 93e R.I. à l’île de Ré. Promu caporal le 8 novembre 1913, il passa au 2e Régiment de Zouaves le 25 mai 1915. On ne sait pas avec quel régiment il est allé en Orient, mais il y a reçu une citation pour son « moral très élevé, son endurance […]au cours des opérations dans les montagnes de la Cerna d’octobre à décembre 1916. »
  Après sa libération, le 8 août 1919, il s’est marié avec la veuve de MORAND Amédée et a habité à la Butte de Saint-Vincent-Puymaufrais.

  DELAVAUD Émile, de la Commanderie, était mobilisé par le 8e Génie au Mont Valérien depuis octobre 1913. Il a été réformé le 25 mai 1915 pour un abcès fessier, mais reclassé service armé au mois d’août. Il a débarqué à Salonique le 1er décembre. Il y est décédé de paludisme le 14 juillet 1916.

  MERCIER Albert, né à Champ-Chevrier, habitait Les Barres à Bournezeau. Il avait fait son service militaire au 35e d’artillerie d’octobre 1906 à septembre 1908. Rappelé le 3 août 1914, il a servi comme canonnier dans plusieurs régiments d’artillerie lourde et a embarqué pour l’Orient le 19 février 1917. Il a été tué le 16 mai 1917 à la cote 1378, au sud de Makovo, en Serbie. (C’est aujourd’hui en Macédoine du Nord, au nord de Bitola qui se nommait alors Monastir. En 1917, cette bataille se déroulait sur un territoire grec, théoriquement neutre. Les français et les anglais aidaient les serbes contre les bulgares.)

  PARPAILLON Louis s’était engagé plusieurs années successives après son service militaire, de 1906 à 1912 “pour attendre au corps sa nomination à un emploi civil” : il travaillait à la poste quand il a été rappelé au 3e R.I.C. en 1914. Sa mère habitait la maison en face de celle d’Abel LAURENT à Puymaufrais. Il fut nommé sergent le 4 mars 1915. Une partie de son régiment a embarqué sur le Burdigalia le 20 février 1916 et les autres le 23 février sur le Provence II qui a été coulé par un sous-marin. Louis, faisait-il partie des survivants recueillis après le naufrage ou des premiers débarqués à Salonique ? Il est mort le 9 décembre 1916 à Vlaklar (Aujourd’hui, Dolno-Aglarci, en Macédoine du Nord mais à l’époque c’était en Grèce, près de Monastir.).


Troupes à bord du “Provence”

  GERMAIN Henri, de Bournezeau (Venochon), était né à Saint-Juire. Il avait fait un an de service militaire en 1894-1895 et avait été réformé pour tuberculose. Il a été rappelé à 41 ans et est arrivé au 84e R.I.T. le 18 mars 1915. Il a changé de régiments plusieurs fois et avec le 113e R.I.T. a embarqué à Toulon le 3 octobre 1916 et a disparu en mer à bord du Gallia le lendemain. Son frère cadet, Gustave, mobilisé dès le 4 août 1914, a fait toute la guerre dans l’infanterie sans être blessé.
   Il [le Gallia] part seul de Toulon vers Salonique (Grèce), avec à son bord 2 350 personnes (1 650 soldats français des 235e RI, 55e, 59e, 113e RIT et 15e escadron du train 350 soldats serbes et 350 marins). Le Gallia se trouve entre les côtes de Sardaigne et la Tunisie, lorsqu'une torpille vient le toucher par le travers de la cale avant, chargée de munitions. L'explosion est considérable et le navire coule en moins de quinze minutes. Le 5 octobre, le Châteaurenault aperçoit des rescapés ; il réussit à recueillir près de 600 personnes.


https://fr.wikipedia.org/wiki/Gallia_(paquebot_1913)

  PARION Alexandre, de Saint-Vincent-Puymaufrais (la Jolivière) avait été exempté du service militaire en 1906, pour arthrite. Mais il a été convoqué au 17e R.A. le 22 mai 1917. Il a combattu en Orient à partir du 22 février 1918. Il a sans doute fait le trajet en train, par l’Italie, et avec beaucoup de marche à pied dans les montagnes de Grèce, avec ceux qui venaient du 38e R.A. Il y a rejoint le 242e d’artillerie de campagne. Il est mort de maladie à Strugga, en Serbie, au nord-ouest de Monastir, le 22 octobre 1918.

  BOSSARD Louis, de Bournezeau (l’Hermitière), avait fait deux années de service militaire comme canonnier conducteur de 1911 à 1913. Il est parti aux armées le 6 août 1914. Il a été malade du 19 juin au 12 septembre 1916. Le 7 février 1918, il est parti en Orient rejoindre le 345e R.A.L. Il a été rapatrié le 24 juillet 1919 et a été libéré le 8 août.

  NEVEU Eugène, de Saint-Vincent-Puymaufrais (Petit-Trizay), nous avons parlé de sa blessure en août 1914 dans le n°30 d’Au Fil du Temps. Le 4 novembre 1914, il a rejoint le 137e R.I. Il a été blessé à nouveau le 19 novembre, dans l’Oise. Soigné à Nantes, il a rejoint les armées le 25 février 1915. Du 28 octobre 1915 au 25 juillet 1917, il est parti en renfort en Orient, d’où il a été évacué malade. Le 9 octobre 1918, il a été blessé à l’os iliaque et soigné à Nîmes puis à Marseille jusqu’en novembre 1919.
   Le 19 Novembre [1914], le 3e Bataillon, en réserve partielle est mis à la disposition du 64e pour exécuter une attaque sur Serre, en partant des tranchées de Lassigny. Après avoir fait des passages dans nos fils de fer, les 1ères Sections des 10e et 11e compagnies sortent de leurs tranchées avec un courageux élan. Fauchées par les mitrailleuses, elles doivent rentrer dans leurs tranchées, ayant perdu 7 morts et 8 blessés. (Historique du 137e R.I.)

 
Attaques des alliés de 1915 à 1918

  BASTARD Maurice, médecin de Bournezeau, avait 20 ans en 1914. Il a été ajourné en 1914 et en 1915 pour “faiblesse” mais a rejoint la 18e section d’infirmiers le 8 août 1915. Il a suivi de nombreux régiments mais a été évacué du 7 septembre 1917 au 21 janvier 1918. Il a rejoint l’armée d’Orient du 28 décembre 1918 au 10 juillet 1919. Il a exercé près de Bordeaux avant de s’installer définitivement à Bournezeau en 1923.

  BOUDAUD Jules : voir le n°35 Au fil du temps.

  
La baie de Salonique.En arrivant dans la baie, les soldats étaient émerveillés par la beauté de la ville.
Mais les camps étaient installés dans des zones marécageuses.
Les soldats devaient lutter contre la maladie : dysenterie, scorbut, maladies vénériennes et surtout un paludisme endémique.

       PETIT Clément, de Saint-Vincent-Puymaufrais (la Mènerie), a été rappelé à 35 ans au 84e R.I.T. le 4 août 1914. Il a servi dans plusieurs régiments de territoriaux. C’est au 57e R.I.T. qu’il a combattu en Orient. Il y est parti du 6 janvier 1917 au 26 décembre 1918. Il a été démobilisé le 20 février 1919.

  FORGERIT Florentin est né à Bournezeau (la Barre) en 1893. Puis la famille s’est installée dans plusieurs autres communes.  Au moment de la mobilisation générale, il était déjà à Fontenay-le-Comte, au 137e R.I. depuis le 26 novembre 1913 (un mois après son frère ainé, Flavien, qui a été fait prisonnier dès le 27 août 1914). Il a servi dans plusieurs régiments d’infanterie avant d’embarquer avec le 372e R.I. à Toulon le 8 octobre 1915 pour Salonique. Caporal depuis le 15 décembre 1915, Florentin est mort le 16 mars 1917 cote 1248 (la montagne qui domine au nord-ouest la ville de Monastir). Il avait 24 ans. L’avis de décès a été envoyé à Thiré où il avait résidé chez ses parents.

  SERVANT Alcide, de Bournezeau (la Petite-Forêt), après deux ans de service militaire de 1911 à 1913, a été rappelé le 3 août 1914 au 20e R.A. Après une chute de cheval le 7 septembre 1916, il a été soigné à Toulouse jusqu’au 16 mars 1917. Il est parti à l’armée d’Orient le 20 novembre 1917. Du 17 octobre au 1er novembre 1918, il a été soigné à l’ambulance de colonne mobile pour une grippe. Il a été rapatrié le 13 mai 1919 et libéré le 12 août.

  SOULET Alexandre, né aux Pineaux, s’est marié le 11 novembre 1907 avec Marie Bernadette Marot et a habité au village de Saint-Vincent. Il a été clairon au 137e R.I. à Fontenay, de 1904 à 1907. Il a été rappelé à 31 ans le 11 août 1914. Il a été malade du 22 décembre 1914 au 25 mai 1915, puis du 24 février 1916 au 15 mai 1916. Il est parti pour l’Orient le 7 décembre 1916. Il a encore été évacué du front pour maladie du 21 juillet au 30 novembre 1917 et a été rapatrié le 7 août 1918. En tout, il avait servi successivement dans 7 régiments d’infanterie quand il a été démobilisé le 4 mars 1919 et s’est retiré à Sainte-Hermine.

  VALOTEAU Victor, (Voir Au fil du temps n°32) qui avait presque 20 ans lors de son incorporation le 8 septembre 1914, travaillait comme fromager, sans doute à la laiterie de l’Oiselière. Il a été blessé deux fois : Le 7 juin 1915 à Hébuterne, il avait une plaie à l’abdomen qui a été soignée à Tarbes ; Le 17 avril 1917 à Craonne, des éclats d’obus l’ont atteint à l’épaule droite et à la poitrine. Il a rejoint le front le 20 juin 1917 et le 7 janvier 1918, il a rejoint l’armée d’Orient. Il a été démobilisé le 9 septembre 1919, mais dix ans plus tard, près de Périgueux, il souffrait encore de ses blessures et du paludisme.

  CHABOT Célestin, de Bournezeau (puis de la Brelière de Chantonnay en 1921), après son service au 65e R.I., de 1910 à 1912, a rejoint son régiment le 3 août 1914. Muté au 10e R.I. le 10 novembre 1917, il l’a suivi en Orient. Il a été blessé à la mâchoire par un éclat de shrapnell. Il a été libéré le 28 août 1919. Il est décédé à la Roche-sur-Yon en 1929.
 
  Beaucoup de ceux qui ont été envoyés en orient revenaient de blessure, de maladie, ou avaient un petit handicap. Après une longue suite de revers, la victoire contre les bulgares et contre les turcs a été rapide en 1918. Les rescapés ont souffert, à leur retour, du manque de reconnaissance de la nation.

Jean-Paul Billaud 

   Sources :
   Fiches matricules militaires.
   Recensements de 1911 et 1921. État civil aux Archives Départementales
   Historiques des régiments