Il est bon de rappeler, que le S. T.O., ou Service du Travail Obligatoire, fut instauré en France, par la loi du 16 février 1943, durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, par réquisition et transfert vers le Reich allemand, de centaines de milliers de travailleurs français, contre leur gré, afin de participer à l'effort de guerre allemand, car les revers militaires sur le front de l'est, exigeaient l'envoi toujours plus important de soldats allemands. (Voir dans le n°29 Au Fil du Temps) En conséquence, pour maintenir l'activité des usines, de l'agriculture, des chemins de fer, etc. l'Allemagne chercha des solutions pour fournir les bras nécessaires. Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées, accueillies dans des camps de travailleurs localisés sur le sol allemand. C'est le pouvoir allemand qui imposa au gouvernement de Vichy, la mise en place dudit S.T.O. De fait, les travailleurs français furent les seuls d'Europe à avoir été requis par les lois de leur propre état, et non par une ordonnance allemande. Cela doit nous faire réfléchir sur l'histoire, sur ce que notre mémoire doit porter.
Après ce petit préambule, nous entrons dans une histoire de notre
territoire, qui me touche d'une manière plus personnelle : l'histoire d'un
homme ordinaire, un de ceux qui refusèrent de partir en Allemagne pour
travailler, dans son cas, dans une usine d'armement.
Mon père Abel, fils de Paul L
Après sa scolarité à l'école publique du bourg, sous la direction
de Madame C
Alors que la France est occupée, il reçoit un courrier daté du 13
août 1943, lui indiquant qu'il est requis pour l'organisation TODT et
doit donc se présenter à la gare de La Roche-Sur-Yon, le 19 août 1943 à
9 h 30.
L’organisation TODT, mise en place en Allemagne, s'orienta
particulièrement, à compter de 1942, dans le développement de la
construction du Mur de l'Atlantique, de bases sous-marines, et au
développement des nouvelles armes destructrices V1, V2, V3. Tout un
programme !)
Mais mon père n'a pas obéi, bien conscient des risques qu'il
prenait, pour lui, et pour ses parents.
Quelles ont été ses motivations pour le pousser à prendre une
telle décision ? Je ne sais plus. Peut-être le fait d'avoir entendu les
récits de son père combattant de 14-18 ?
Peut-être le fait, aussi, de n'avoir jamais connu son oncle Abel
?
Toujours est-il qu'il part se cacher (se camoufler comme il
disait) dans la commune du Landreau, au sud de Nantes, en Loire-Inférieure
à l'époque, chez Madame Marthe M
Là aussi, je ne me rappelle plus bien le lien qui unissait cette
dame à notre famille. Étaient dans la confidence, ses parents bien sûr, sa
fiancée Odette M
Mais le 24 août 1943, un nouveau courrier rédigé en allemand avec
sa traduction en français, arrive à Puymaufrais (actuellement le 22 rue
principale) avec l'injonction de se présenter à nouveau à la gare de La
Roche-Sur-Yon, le lundi 30 août 1943 à 9 h 00.
Les menaces étaient on ne peut plus claires et mon grand-père Paul,
se retrouva menacé d'être envoyé en Allemagne à la place de son fils.
Feignant d'ignorer la situation, il adressa un courrier au Commissariat
Général à la Main-d'œuvre Française en Allemagne, délégation de la Vendée
dans lequel il demandait des explications sur la “disparition inquiétante”
de son fils ! Il reçut une réponse le 07 septembre de cette même année.
On peut supposer, à la lecture de ce document, que le délégué
départemental avait des doutes sur la sincérité du courrier adressé par
mon grand-père et la véracité des faits concernant ces évènements...
L'affaire en resta là, même si dans le bourg certains avaient
eux-mêmes des doutes. Une dame, fille d'un ancien combattant de 14-18 et
fidèle du Maréchal PÉTAIN, n’a-t-elle pas dit en parlant de mon
père : « Si on a besoin de lui, on saura bien où le retrouver... »
Mon père, jusqu'à la fin de ses jours, en 1988, n’a jamais porté
cette femme dans son cœur, c'est peu de le dire !!!
De juillet 1943 à novembre 1944, mon père était en possession d'une
fausse carte d'identité (voir page suivante), délivrée par le secrétaire
de mairie du Landreau. Cet homme-là, à sa manière, résistait lui aussi.
Pour ce faux document les initiales avaient été conservées : AL : comme
Abel L
Ce secrétaire de mairie fut invité, en signe de reconnaissance et
de gratitude, au mariage de mes parents, au sortir de la guerre, le 22
janvier 1946, jour de la Saint Vincent !
Durant toute cette période de camouflage, mon père poursuivit son
métier de charpentier.
Mon père n'a jamais fait la moindre démarche pour être reconnu
officiellement comme réfractaire au S.T.O., pour obtenir une quelconque
médaille. Ce fut sa façon à lui, de résister, avec tous les risques que
cela comportait à l'époque.
Pour l'anecdote, au Landreau, il rencontra, chez Madame Marthe M
Voilà une simple histoire de famille... C'est sans doute pour
cette histoire et pour avoir entendu à de nombreuses reprises les récits
des combats de 14-18, par mon grand-père Henri M
Dans le monde où nous vivons, il est plus qu'important d'entretenir
le devoir de mémoire. L'avenir ne se construit certes pas en ayant les
yeux toujours rivés sur le rétroviseur, mais les leçons du passé, doivent
aussi, nous servir à construire l'avenir.