Bournezeau
et la Guerre de Vendée - 4e partie -

      
  Début avril 1793, la Vendée militaire est constituée. Elle est formée de trois armées englobant des secteurs géographiques différents : l'armée d'Anjou et du Haut-Poitou, l'armée du pays de Retz et du Bas-Poitou et l'armée du Centre.
  La première est la plus active et la plus célèbre. On la connaît sous le nom de Grande Armée Catholique et Royale avec ses généraux emblématiques : Cathelineau, Bonchamps, d'Elbée, Stofflet, Lescure et La Rochejaquelein.
  La seconde occupe tout l'ouest de la Vendée militaire avec au nord le pays de Retz. Machecoul en est la capitale. Cette zone entre marais et bocage est occupée par l'armée de Charette. Au sud, le Bas-Poitou maritime compris entre La Mothe-Achard, Beaulieu-sous-le-Roche, Palluau, Aizenay et les arrière-pays de Saint-Gilles et d’Olonne est sous les ordres de Loly. Ces deux chefs vendéens agissent chacun dans leur secteur avec une très grande indépendance.
  Entre ces deux armées, l'armée du Centre avec Royrand comme général en chef, secondé par Sapinaud de la Verrie. Pendant les mois d'avril et de mai 1793, l'objectif de l'armée du Centre est de s'étendre au sud jusqu'à Mareuil-sur-Lay et de s'y maintenir. Cette mission est alors confiée à l'armée de la Roche-sur-Yon. Elle organise alors militairement les paroisses de son ressort avec une population qui adopte diverses attitudes face à l’insurrection.

      L’attitude de la population de Bournezeau


  Comment réagissent la population de Bournezeau et plus largement celles des communes voisines ? Nous en avons une idée par les témoignages de prisonniers vendéens, lors de leurs interrogatoires, et de Républicains réfugiés en zone pacifiée. Trois attitudes se distinguent :

  1- Des Vendéens engagés

  La première se rapporte aux individus les plus acharnés contre la Révolution. Localement ceux-ci sont souvent à l’initiative des différents méfaits contre les Patriotes : pillages, dégradations…
     


Combattant vendéen (dessin de J. Le Blant, extrait du site internet des Archives de Vendée)

  Nous avons déjà cité Jean-Pierre Loyau, syndic de la paroisse pendant le conflit et Gabriel Cautereau nommé capitaine de paroisse. Autour d’eux, s’est constitué un noyau d’opposants à la Révolution qu’il est impossible de dénombrer dans sa totalité. Certains des hommes qui travaillent pour Loyau le suivent : c’est le cas par exemple des Cailleteau père et fils, et de Jacques Daviaud, leur domestique. Il n’est pas rare de voir les domestiques ou les métayers suivre leurs  maîtres insurgés.
  Des certificats de bonne conduite peuvent être délivrés aux soldats-paysans comme le montre ce courrier daté du 25 mai 1793 :
 

« Nous soussignés commandant et syndic de Bournezeau certifions à qui il appartiendra que les nommés Pinaud fermiers des Couffardières en la paroisse des Moutiers-sur-le-Lay sont des paysans, et dans les bons principes, en foi de quoi nous leur avons délivré le présent à Bournezeau le 25 mai 1793 (…)

Loyau, syndic - Cautreau, commandant.


Nous certifions que lesdits Pinaud sont venus monter la garde dans le bourg des Pineaux à toute heure que nous en avons eu besoin et même qu’ils ont été de garde au Bourg-sous-la-Roche.

Ballineau, commandant [des Pineaux] - Pouset - François Thomas. »


  Dès que le tocsin sonne pour effectuer des rassemblements, les plus engagés sont présents pour organiser les différentes actions : les tours de garde, l’approvisionnement, la gestion de la paroisse et des prisonniers républicains.

  Citons également Jacques Gouraud qui est marchand à Bournezeau quand éclate la guerre civile. Il a notamment la charge d’enlever l’approvisionnement des blés appartenant aux Patriotes ou encore François Thomelet qui est resté deux mois avec les insurgés, armé d’un fusil.

  Nous reviendrons sur l’organisation de la paroisse pendant le conflit.

  2- Des Républicains convaincus

  À contrario, les partisans de la Révolution comme Joachim Allaire ou Alexandre JUCHAULT ont dû fuir leur foyer précipitamment. Dès lors plus aucun acte administratif ne sera fait jusqu’à la pacification dans la commune.

  Nous avons déjà cité la lettre de dénonciation de Joachim Allaire à l’encontre de Jean-Pierre Loyau. Il y décrit la situation à Bournezeau dans la soirée du 14 mars 1793 alors qu’il a été contraint de fuir devant l’insurrection naissante avec le maire Alexandre Juchault et d’autres Républicains de la commune :

     

« [On me dit qu’] il faut se sauver, n’étant pas de force pour se battre. Sur le champ il y eut 4 de mes amis qui vinrent m’avertir et me tinrent le même langage. (…)    Sur cela nous sortîmes et montâmes à cheval et sans réflexion je n’ai emporté aucun papier, enfin pour ainsi dire rien parce que je comptais retourner au premier jour (…) »

  

  Pour les Républicains convaincus, c’est le sauve-qui-peut dans le sud du département. Ils deviennent alors des réfugiés et reconnus comme tels. En quittant leurs foyers, ils s’exposent au pillage de leurs biens. D’ailleurs de nombreux témoignages évoquent ce pillage de propriétés républicaines dès le début du soulèvement.

  Ceux qui ne fuient pas sont fait prisonniers par les Vendéens. Dans une liste de prisonniers patriotes que l’on retrouve dans la collection Dugast-Matifeux, il est indiqué que Charles Boisliveau, Sellier à Bournezeau, est fait prisonnier sans que nous en sachions les circonstances. Il témoigne cependant auprès de la Commission militaire de Fontenay-le-Comte le 8 janvier 1794 contre un nommé Jean Amelineau habitant de Saint-Ouen-des-Gâts qui a voulu le faire fusiller probablement lors de son arrestation et qui a pillé plusieurs Patriotes. Boisliveau a été libéré sans doute quelques jours ou quelques semaines après. Nous les retrouvons, sa femme et lui, réfugiés à Fontenay-le-Comte en janvier 1794, puis aux Moutiers-sur-le-Lay en mars 1794. Il bénéficie d’ailleurs d’un certificat de civisme délivré par les autorités républicaines.


Vue de Fontenay-le-Comte, lithographie de Thomas Drake, Album vendéen, vers 1850.

  Marie Renée Henriette Esgonnière est également faite prisonnière par les insurgés probablement à Bournezeau. Elle est l’épouse de Philippe René Esgonnière du Thibeuf qui est alors président du tribunal du district de la Roche-sur-Yon avant de devenir administrateur du département. Elle aurait été libérée au printemps 1793 par l’action du maire de Saint-Hilaire-le-Vouhis, Jean Louis Coursin. Ce dernier est accusé par les Républicains d’être proche des insurgés. Pour se défendre, il met en avant son action en faveur des prisonniers républicains. La municipalité de Bournezeau lui a même délivré un certificat de civisme dans lequel il affirme avoir refusé de servir les insurgés, préférant perdre tous ses biens… en vain puisqu’il est finalement guillotiné à la Rochelle le 26 octobre 1793.

     


Citoyen montrant son certificat de civisme à un comité révolutionnaire (Estampe de 1793-1794, extrait de la BNF)

     

  Citons ensuite les enfants de Jean-Pierre Loyau, qu’évoque Joachim Allaire dans sa lettre :

     

  
« [Il] a 2 enfants qui donnent des preuves de patriotisme, l’un dans les bataillons de la Vendée aux Moutiers, le second s’est sauvé aussitôt que moi et se rendit au Port-la-Claye et s’incorpora dans les chasseurs (…) où il me dit au mois de mai dernier : "Que je suis malheureux d’avoir un père et une mère aussi dans les mauvais principes. J’ai été obligé de les quitter parce qu’ils ne voulaient pas absolument que j’eusse fréquenté les patriotes."    Il a 2 autres enfants, l’un fort jeune et l’autre marié, hors de chez lui mais je ne dis rien de ce qu’il est. »

  

  Le fait d’avoir des familles divisées pendant cette période est fréquent.

  Un autre exemple est davantage connu. Il s’agit du chef vendéen Joly qui commande la région de la Mothe-Achard. Il perd ses deux fils l'un tué chez les royalistes, l'autre chez les républicains, lors d’un combat à Legé en février 1794.

  Enfin nous pouvons citer le cas des deux frères Baudry d'asson : le premier, Esprit Baudry d'asson, est officier dans l’armée républicaine ; le second, Gabriel Baudry d'asson, est officier dans l’armée vendéenne et commande pendant quelques semaines le poste de Bournezeau. Nous en reparlerons.

  3- Des indécis nombreux

 

  La troisième attitude touche une majorité importante de la population et souvent la plus pauvre : ce sont les indécis ou les neutres.

  Ils semblent plutôt favorables aux Vendéens mais inquiets ou prudents vis-à-vis des événements qu’ils subissent. Ne pouvant quitter leurs habitations par crainte du pillage ou de la nécessité de gagner leur vie, ils sont plus ou moins contraints de participer à la rébellion notamment en montant la garde ou bien en payant pour en être exempts.

  Dans de nombreux témoignages de prisonniers vendéens, ils insistent sur le fait qu’ils ont été forcés de marcher avec les Vendéens ou bien de monter la garde. Évidemment leur sincérité peut être mise en doute car face à leurs geôliers républicains ils ont intérêt à montrer qu’ils ont été obligés par les chefs vendéens à participer à l’insurrection.

  Le but recherché par ces hommes est de minimiser leur engagement afin d’avoir une sanction moindre car il faut rappeler qu’ils risquent la peine capitale comme le prévoit le décret pris par la Convention nationale le 19 mars 1793.


Décret du 19 mars 1793 (site internet : http://sehri.forumactif.com)

  Il déclare hors-la-loi ceux qui ont pris part aux révoltes ou aux émeutes contre-révolutionnaires et ceux qui ont arboré la cocarde blanche ou autre signe de rébellion. Pour ceux qui sont pris ou arrêtés les armes à la main, ils doivent être condamnés à la peine de mort et exécutés dans les 24 heures.

  Jean Amelineau que nous avons cité plus haut est condamné à mort et exécuté selon la loi du 19 mars, le 26 nivôse an 2, soit le 15 janvier 1794, à Fontenay-le-Comte.

     


Plan cadastral de Saint-Ouen-des-Gâts en 1820    (Site internet des Archives de Vendée)

     

  Plusieurs habitants de Saint-Ouen-des-Gâts sont faits prisonniers le 27 juin 1793 après une expédition militaire républicaine. Lors de leurs interrogatoires, ils accusent plusieurs habitants de Bournezeau d’avoir été à l’initiative du soulèvement de leur commune en faisant battre le tocsin pour rassembler les hommes. De ce fait, ils ont été obligés de monter la garde. Un prisonnier, Jean Thomas de Saint-Ouen, affirme que

« c’était les gens de Bournezeau qui nous la faisait faire. »

  Pareillement le pillage aurait été fait par les gens de Bournezeau. Un autre prisonnier, Jean Farcy, indique qu’il n’a pas été avec les brigands mais a monté 3 fois la garde, forcé par les gens de Bournezeau, armé d’un bâton. Il ajoute que le maire patriote de Saint-Ouen nommé Robin,

« a été pillé par les habitants de Bournezeau et de Saint-Hilaire mais qu’il n’a pas connaissance que des gens de Saint-Ouen y étaient. »

  Nous pourrions multiplier les exemples. L’interrogatoire d’un habitant de Fougeré résume bien la situation de ceux que nous appelons les indécis. Il s’appelle Jean Baradeau et a 20 ans. Il est métayer et demeure à la Gorinière près du château de Buchignon.

  Il a été fait prisonnier dans des circonstances inconnues. Il est interrogé à Luçon le 9 octobre 1793.

     

« Question : N’avez-vous jamais porté les armes contre les Patriotes ?
Réponse : Non, si ce n’est une fois que je fus conduit forcé à Bournezeau où je passais bien 3 heures sur les menaces que l’on me faisait de m’ôter la vie si je ne marchais pas. Je n’ai jamais monté la garde, ni participé à aucun combat parce que je me cachais à toutes les fois qu’il était question de marcher. Je suis resté dans ma paroisse car je ne voulais pas perdre les fruits de mon travail en abandonnant ma métairie. »


Château de Buchignon à Fougeré (carte postale, site internet des Archives de Vendée)

  Il est finalement condamné à la Rochelle aux travaux forcés pour avoir monté la garde.

  Quel que soit le parti que chacun a pris par conviction ou par force, un climat particulier voire délétère doit régner à Bournezeau et plus largement sur la région insurgée, d’autant qu’une organisation militaire se met en place au sein de la paroisse impliquant directement la population restée sur place.

      L’organisation militaire de Bournezeau

           Nous avons évoqué dans un numéro précédent la mise en place à l’Oie d’un règlement le 4 avril 1793 qui structure militairement la région insurgée. Bournezeau est soumis à ce règlement. Aussi les hommes capables de se battre et les armes que contient la paroisse sont répertoriés. Les hommes sont placés dans une compagnie commandée par le capitaine de paroisse.

  Il faut savoir que le service de garde ne se fait pas seulement sur sa propre paroisse : À tour de rôle, les paroisses fournissent un détachement pour la surveillance des endroits les plus stratégiques comme la Roche-sur-Yon, les bords du Lay, la proximité des Sables-d’Olonne, ville républicaine.

  La relève lors du service de garde se fait tous les 8 jours comme l’indique René Morin, maçon à Bournezeau, fait prisonnier par l’armée républicaine de Luçon le 28 août 1793. Lors de son interrogatoire le 30 octobre 1793 mené à la Rochelle, il déclare : « J’ai monté la garde 8 ou 10 fois, de 8 jours en 8 jours. » Il est alors condamné aux travaux forcés mais meurt à l’hôpital de la tour Saint-Nicolas de la ville le 15 décembre 1793. Cette tour a servi de prison pour les Vendéens faits prisonniers en 1793 et 1794.

      


La tour Saint-Nicolas à la Rochelle   (site internet Wikipedia)

  Un autre prisonnier vendéen, farinier à la Chaize-le-Vicomte, affirme :

« Je donnais 100 sous par garde pour me faire remplacer ce qui arrivait tous les 8 jours. »

Condamné aux travaux publics, il meurt peu après en détention à la Rochelle.


Garde vendéenne (site internet http://www.histoire-en-questions.fr)

        Nous ignorons si Bournezeau a compté plusieurs compagnies. Il n’existe plus de listes d’hommes pour la paroisse.  En revanche nous en avons une pour Fougeré qui se trouve dans la collection Dugast-Matifeux. Il s’agit de la liste du détachement de Fougeré qui doit relever celle qui se trouve à la Roche-sur-Yon. Elle n’est pas datée mais nous pouvons la situer entre avril et juin 1793. Elle comporte 35 noms. Nous savons également que Fougeré a fourni un autre détachement aux Clouzeaux.

  Une garde de 300 hommes est également basée dans le château de Bournezeau à partir d’avril 1793. Des détachements d’autres paroisses ont dû y monter la garde à tour de rôle. Il fallait bien évidemment les loger et les nourrir. C’est pourquoi, à l’initiative des responsables de paroisses, des réquisitions sont ordonnées pour prendre les denrées là où elles se trouvent, en premier lieu chez les Patriotes comme Jean Rabaud (cf. Au fil du temps n°21). Voici ce qu’écrit Cautreau aux chefs vendéens de la Roche-sur-Yon qui demandent de l’approvisionnement à la paroisse de Bournezeau le 12 avril 1793 :

     

« Messieurs, il nous est impossible de vous envoyer la quantité de bled que vous nous demandez. Nous vous envoyons 2 boisseaux de bled seigle provenant des greniers du sieur Rabaud, fermier de Bournezeau, n’ayant aucun bled froment. Nous vous envoyons aussi 33 boisseaux de froment du Thibeuf et 93 boisseaux de seigle. Si vous l’exigez davantage nous nous trouverons gênés pour subsister. Nos greniers étant vides, vous convenez comme nous qu’il faut du bled pour nourrir 300 hommes tous les jours ici (…) »

  Une prison est établie dans la paroisse conformément au règlement de l’Oie. Il est probable qu’il s’agisse de la prison du château. Un habitant de Saint-Hilaire-le-Vouhis en parle dans sa déposition faite auprès des autorités de Luçon le 18 août 1793. Il a été forcé de monter la garde à Bournezeau et a essayé une fois de s’évader. Les soldats de garde à Bournezeau l’ont arrêté et il a été mis en prison pendant 15 jours. Il en est sorti le 17 août1793, « les portes ayant été ouvertes » après la défaite des Vendéens devant Luçon le 14 août.

  Pour l’heure, en ce mois d’avril 1793, l’objectif de l’armée du Centre est de contrôler les rives du Lay et d’occuper militairement Mareuil-sur-Lay.

La prise de Mareuil-sur-Lay (13-14 avril 1793)

             A la mi-avril les armées vendéennes contrôlent une vaste région bocagère ponctuée de petits bourgs comme Machecoul, la Roche-sur-Yon, Chantonnay, la Châtaigneraie, Pouzauges, Bressuire, Chemillé, Saint-Florent-le-Vieil, Cholet, Clisson, etc. À la périphérie de cette zone insurgée, les plus grandes villes restent aux mains des Républicains : les Sables-d’Olonne, Luçon, Fontenay-le-Comte, Parthenay, Thouars, Saumur, Angers, Nantes.

  Au sud, l’objectif est de s’emparer de Mareuil-sur-Lay et ainsi contrôler le passage du Lay qui relie le bocage insurgé à la plaine républicaine.


Lithographie de Mareuil-sur-Lay en 1850 (Baron de Wismes, La Vendée, source Internet)

L’occupation des environs de Mareuil

  En cette fin du mois de mars 1793, alors que l’ensemble des forces vendéennes se concentrent sur les Sables-d’Olonne, une troupe d'une cinquantaine d’hommes s'empare des Moutiers-sur-Lay. La municipalité de Chaillé-les-Marais en informe le département le 25 mars :

     

    

« [Nos hommes] y ont trouvé des citoyens des Moutiers-sur-Lay qui ont fui de chez eux à cause d'un attroupement d’environ 50 hommes de brigands qui y sont entrés sur les trois heures après-midi et qui ont gagné beaucoup de gens de cet endroit. C'est un attroupement qui n'est armé que d'environ dix fusils, quelques-uns avec des baïonnettes, et qui se proposent dans ce jour, avec le monde qu’ils ont pris d’aller à Bessay, à Dissais et à Corpe. »

     

  
L’église des Moutiers-sur-le-Lay    (carte postale extraite du site internet Geneanet)

     

  Le drapeau blanc, symbole de la Vendée insurgée, est hissé sur l’église des Moutiers et les maisons des patriotes sont pillées. Le 26, le commandant de la ville de Marans écrit à Boulard, chef républicain :

       

« La municipalité de Mareuil écrit à celle d'ici que les brigands se sont emparés de Corpe, de Bessay et qu'elle demande 300 hommes au passage de Mareuil avec une pièce d’artillerie. »

     

  La menace sur Mareuil-sur-Lay se précise d'autant plus que Port-la-Claye, autre passage sur le Lay, est aux mains, provisoirement, des révoltés le 26 ou 27 mars.

  Encerclée par les Vendéens, Mareuil-sur-Lay connaît un répit avec le second siège des Sables-d'Olonne (29 mars) jusqu'au 13 avril 1793.

L’occupation de Mareuil-sur-Lay

  Que se passe-t-il à Mareuil-sur-Lay à cette date ? Les évènements ne nous sont pas bien connus. Deux jours plus tôt, le 11 avril, Rodrigue, ancien curé de Fougeré, puis évêque constitutionnel et commissaire du département à Luçon, informe ses collègues :

        

« On vient de nous annoncer qu'une troupe considérable de rebelles ont eu la pensée de s’emparer de Mareuil, pour se porter de là au Port-la-Claye. Cette annonce n'est peut-être pas bien fondée. »

     

  L'action sur Mareuil-sur-lay est menée par Saint-Pal, chef de la troupe vendéenne basée au Tablier, avec le concours probable d’hommes venus de la Roche-sur-Yon commandés par de Chouppes. La date exacte de la prise de Mareuil semble être le 13 ou le 14 avril 1793, dans des conditions assez floues. A. Billaud affirme que Saint-Pal, et ses lieutenants Micheau et Caillaud, sont entrés dans Mareuil déguisés en paysans. Cela aurait suffi à faire fuir les administrateurs et les patriotes.

  Le maire de Mareuil, Paul-Charles Choyau a certainement collaboré avec les insurgés puisqu'il a été condamné à mort le 22 octobre 1793 à Fontenay-le-Comte pour avoir désigné les maisons patriotes à piller.

   
Mareuil-sur-Lay en 1841 (dessin de Fortuné Parenteau, site http://fparenteau1841.free.fr)

  Une lettre de Saint-Pal envoyée de Mareuil-sur-Lay le 15 avril 1793 est importante : Pour la première fois est évoquée la participation militaire d’hommes de Bournezeau. Il s’agit d’un compte-rendu que de Saint-Pal envoie à Bulkeley, commandant en chef de l’Armée de la Roche-sur-Yon :

     

  

« À chaque instant nous avons des alertes. L'ennemi a paru hier trois fois et aujourd'hui à tout moment (...) En quittant Beaulieu, ils ont dit qu'ils comptaient nous saccager demain en tirant à boulets rouge sur Mareuil qui est toujours désert des hommes de l'endroit. Monsieur de Beaurepaire est arrivé sur les onze heures avec sa troupe augmentée de 51 hommes de Bournezeau. Un détachement d’environ 200 hommes commandés par Monsieur de Beaurepaire s'est porté sur Beaulieu. Comme à Mareuil on n’a trouvé aucun homme. Le pavillon blanc est placé sur les clochers de Mareuil, Beaulieu et Saint~André[-surMareuil]. Demain matin nous ferons la même cérémonie à la Couture, où nous devions aller aujourd’hui, s'il nous est possible de quitter Mareuil avant cinq heures. »

     

  Saint-Pal occupe donc Mareuil depuis le 13 ou 14 avril.  Inquiet quant à sa position avancée entre les Moutiers-sur-le-Lay dont le pont sur le Lay n’est pas coupé et le Champ-Saint-Père occupés par les Républicains, il réclame des renforts.

     


Le pont sur le Lay des Moutiers-sur-le-Lay (carte postale extraite du site internet Geneanet)

  Le 15 arrive le renfort demandé : 200 hommes commandés par Beaurepaire parmi lesquels 51 hommes de Bournezeau probablement conduits par CAUTEREAU, commandant de la paroisse. Ils ont pour mission de prendre le contrôle de Beaulieu-sur-Mareuil et de Saint-André-sur-Mareuil.

  L’opération est facilitée par l’absence d’opposition : Tout le monde a fui devant l’avancée des Vendéens. Le pillage de ce bourg est à déplorer. D’après Saint-Pal le responsable en est Beaurepaire. À en croire une lettre d’un Républicain datée du 21 avril 1793, une mésentente a existé entre eux :

  

« Saint Pal et Beaurepaire qui commandent à Mareuil sont divisés et ont manqué de se battre. L’un ne voulait pas le pillage, l’autre le voulait. Ils ont fini par se séparer. »

  Charles-Gabriel Girard de Beaurepaire est originaire de Beaurepaire, près des Herbiers. Il s’engage dès le début de l’insurrection dans l’armée poitevine de Lescure, puis dans celle de l’armée du Centre. À la demande de Royrand, commandant en chef de l’armée du Centre, il se met au service de l’armée de la Roche-sur-Yon en se fixant à Bournezeau vers le 13 avril. Après l’expédition sur Mareuil-sur-Lay, il retourne à Bournezeau qui, d’après Saint-Pal dans sa lettre du 15 avril, est menacée :

  

« (…) Je vous dirai que Bournezeau qui est menacée du côté de Sainte-Hermine se trouve en ce moment démunie de ses forces, aussi ce pays est-il inquiet, joint à ce que l’ennemi a fait tenir beaucoup de ravages à Puymaufrais (…) »

  Bulkeley, dans une autre lettre datée du 17 avril 1793, revient sur l’expédition de Mareuil et la mission de Beaurepaire :

  

« (…) Les affaires de Mareuil vont bien. Le drapeau blanc a passé le Lay et flotté à Saint-André et à Beaulieu. Ce fut Monsieur de Beaurepaire qui fit cette opération et se rendit hier au soir de Mareuil à Bournezeau d’où il devait se rendre ce matin à Puymaufrais où l’ennemi a fait quelques [dégâts] depuis son premier passage. On dit que les Patriotes se retirent de Sainte-Hermine, il en paraît toujours dans la plaine de Luçon (…) »

  La ligne de démarcation entre les insurgés et les patriotes est clairement le Lay avec au nord le bocage et au sud la plaine. Cette ligne est ponctuée de gués qui sont autant de lieux de passage qu’il faut contrôler. Mareuil-sur-Lay, les Moutiers-sur-le-Lay, Puymaufrais deviennent donc un enjeu stratégique à partir de la mi-avril avec le poste de Bournezeau comme point de surveillance.

→ 5e partie

   Vincent Pérocheau

Sources :
  - Archives départementales de Charente-Maritime : Commission militaire (côte L.1258-1259-1260).
  - État civil de la Rochelle, site internet des Archives départementales de Charente-Maritime.
  - Archives départementales de Vendée : Délibérations du district de la Roche-sur-Yon (côte L.896).
  - Archives départementales de Vendée : Commission militaire de Fontenay-le-Comte (côte L.1586-1587).
  - Collection Dugast-Matifeux (Médiathèque de Nantes) :    Volume 1 - Doc. 47-73-112-132 ; Volume 3 - Doc. 8 ; Volume 4 - Doc. 98 ; Volume 5 - Doc. 188.
  - Des protestants parmi les Blancs ? Actes du 78ème Congrès National des Sociétés savantes, Toulouse, 1953 (en ligne sur le site Gallica.bnf.fr)
  - C.L. Chassin, Vendée patriote (1793-1795), Tome 1, p.61- 62 -254.
   - A. Billaud 1793 : La guerre dans le bocage vendéen, Éditions du choletais, 1960.

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