Bournezeau
et la Guerre de Vendée - 5e partie -

      
  Garder le Lay pour éviter la pénétration dans le bocage des armées républicaines, telle est la mission des insurgés vendéens de notre région en cette fin d’avril 1793. Mareuil-sur-Lay et les Moutiers-sur-le-Lay sont les deux secteurs les plus menacés. Saint-Pal qui commande dans cette zone le sait et craint à tout moment des attaques.


Carte de la zone occupée par les Vendéens au printemps 1793, entre le Lay et l’Yon (fond de carte extraite du site internet “Vendéens et Chouans” et de A. Billaud, “1793 La guerre dans le bocage vendéen”).

     

      Une pression républicaine sur Mareuil-sur-Lay

Mareuil-sur-Lay est occupé par les Vendéens depuis le 13 ou 14 avril 1793. Le 16 avril Micheau, lieutenant de Saint-Pal, écrit de Mareuil aux commandants de la Roche-sur-Yon : « Nous avons eu aujourd’hui un jour de repos dont nous avions grand besoin car jusqu’à ce moment la fatigue a été bien grande. L’ennemi a pourtant paru sur les deux heures en très petit nombre. Nous lui avons lâché quelques coups de fusil et il a de suite disparu (…) Il nous faut être toujours sur pied. »
  La menace républicaine autour de Mareuil l’inquiète puisqu’il ajoute : « On nous assure que plusieurs brigands rôdent sur les paroisses de Chaillé, le Tablier, Rosnay et qu’ils veulent faire brûler la maison de M. Saint-Pal. »
   Ne pouvant lui-même intervenir de peur d’affaiblir son poste avancé de Mareuil, il demande à la Roche-sur-Yon d’ordonner un détachement de soldats d’Aubigny et des Clouzeaux pour patrouiller dans ces trois paroisses contrôlées en principe par Saint-Pal.

  Peu après, une nouvelle lettre de Micheau aux commandants de la Roche-sur-Yon est encore plus alarmiste : « Nous avons aujourd’hui vu l’ennemi composé de 50 à 60 cavaliers et autant de fantassins. Ils ont paru (…) ensuite par la hauteur de Beaulieu (…). Ils ont enlevé le pavillon blanc mis sur le clocher de Beaulieu et comme on a exigé une distribution de munitions, nous ne vous cachons point qu’il ne nous en reste plus. Pour tenir le poste de Mareuil où nous sommes entourés de traîtres, il nous faut nécessairement de la munition et s’il vous est possible de nous faire passer la petite couleuvrine qui est à la Roche (…). Ce soir tout le monde veut partir. Les différents détachements demandent à être remplacés. Nous avons absolument besoin de renfort ou au moins du monde nouveau. »
  Saint-Pal fait également part à Royrand, général en chef de l’Armée du Centre, de sa situation critique à Mareuil. Le général décide alors de lui envoyer des renforts armés : « J’ai reçu hier au soir [21 avril 1793] un courrier de Monsieur de Saint-Pal par laquelle il me mande qu’il est à Mareuil avec environ 400 hommes, qu’il craignait d’y être trop faible. J’ai ordonné au détachement de 150 hommes bien armés de se porter en cette partie-là pour renforcer Monsieur de Saint-Pal. Il est très avantageux de pouvoir garder ce poste (…). »
  Mais le 22 avril, Mareuil-sur-Lay est attaquée par les Républicains. Le combat a duré plus de trois heures. Dans son compte rendu fait aux commandants de la Roche-sur-Yon, Saint-Pal, indique que l’ennemi s’est replié sur Beaulieu-sous-Mareuil, de l’autre côté du Lay. Il déplore plusieurs blessés dont 1 grave. Il ajoute : « Nous ne pouvons vous donner le nombre de la perte de nos ennemis étant de l’autre côté de la rivière mais il est certain qu’ils ont été bien maltraités. »
  Il en profite pour leur demander de la poudre et des munitions ayant, dit-il, plus de 100 soldats qui n’ont pas un coup à tirer.
  Du côté Républicains une lettre du 25 avril 1793 écrite par Goupilleau à un de ses collègues de la Convention, décrit la situation de Mareuil lors de cette attaque : « À Mareuil Saint-Pal commande toujours les brigands et où il tient le bureau de ses fanfaronnades (…). Tu ne saurais dire de quelle douleur je fus affectée lorsque le 1er objet qui frappa ma vue fut le pavillon blanc qu’ils ont hissé sur le clocher et l’impossibilité où nous étions d’aller l’enlever (…). Les brigands ne tardèrent pas à battre la générale ; les uns en grand nombre se portaient vers l’église, les autres se glissaient furtivement au travers du Lay, dans les fossés du vieux château qui leur servent de fort retranchement. Quelques-uns nous observaient avec des lunettes d’approche, d’autres montés sur des murailles chantaient en se moquant de nous et nous provoquèrent en nous accablant d’injures (…).
   C’est que les brigands de Mareuil n’y sont pas plus de 2 à 300, mais qu’il faudrait des forces infiniment supérieures et surtout de l’artillerie pour les y attaquer ; outre le Lay dont le passage n’est pas aisé, ils sont retranchés derrière le vieux château et l’église et toutes les (…) fortifications ; les fossés du vieux château, les broussailles dont ils sont couverts, les mettent à l’abri de notre feu et exposeraient la vie de bien des Patriotes si on les attaquait (…) de ce côté-là (…). Port-la-Claye est bien gardé et cela est nécessaire car c’est un poste important. Nous trouvâmes tous les postes en activité sur la route où nous passâmes. Nous ferions des merveilles si nous étions plus forts. »
 


Mareuil-sur-Lay en 1865 avec le Lay au pied de l’église et du château. En 1793 le pont n’existait pas
(Estampe d’Octave De Rochebrune, site BNF.fr).


  La pression républicaine se poursuit encore avec une avancée victorieuse le 24 avril sur le Champ-Saint-Père. Saint-Pal doit alors envoyer un détachement pour sécuriser la population inquiète de Rosnay.
 

      Le premier combat des Moutiers-sur-le-Lay (26 avril 1793)

 
  Pour desserrer l’étau républicain, les Vendéens décident de s’emparer du pont des Moutiers-sur-le-Lay. L’opération doit être menée le 26 avril 1793 conjointement par l’armée de Saint-Pal et un détachement promis pas Royrand. Elle ne va pas se passer comme prévu comme l’explique  Saint-Pal : « Le commandant du détachement de l’Oie au nombre de 43 hommes qui, avec la paroisse de Bournezeau et autres, avait fait un corps de 200 hommes ou environ, qu’il avait rassemblé audit Bournezeau. Nous avions fait le projet d’attaquer les Moutiers ce matin et il était convenu entre nous que lorsque l’officier commandant ledit détachement partirait de Bournezeau, il nous enverrait un courrier pour nous annoncer son départ et fixer le nôtre, de manière à pouvoir arriver ensemble aux Moutiers mais malheureusement son courrier ne nous est pas parvenu, ayant été obligé de rebrousser chemin à cause d’une bande de citoyens qu’il a rencontrés aux Brédurières sur le chemin de Bournezeau à Mareuil, qu’il a galopés presque jusqu’à Bournezeau de manière que n’ayant pas eu l’ordre du départ du détachement de Bournezeau, notre détachement est resté sous les armes jusqu’à près d’une heure à attendre lesdits ordres pour partir. »
  Le détachement parti de Bournezeau s’est malgré tout avancé sur les Moutiers, s’en est rendu maître après un long combat, puis s’est avancé vers Bessay où il a aperçu des cavaliers ennemis. Faute de munitions le commandant du détachement, nommé Rezeau, a décidé de se replier “un peu en déroute” pour rejoindre Saint-Pal probablement à Mareuil-sur-Lay.
  Les Moutiers restent aux mains de l’armée républicaine mais c’est une partie à reprendre pour les Vendéens selon les propres termes de Saint-Pal . : elle aura lieu le 29 avril.
 

      Le second combat des Moutiers-sur-le-Lay (29 avril 1793)


Un nouvel engagement est enclenché ce lundi 29 avril 1793. Un long compte rendu est envoyé quelques jours plus tard aux commandants de la Roche-sur-Yon. Il donne des informations intéressantes sur la stratégie adoptée et l’attitude des soldats vendéens :
   « Vous avez su que lundi dernier nous nous sommes rendus maîtres des Moutiers où ont marché M.Rezeau à la tête de tout son détachement composé de 38 hommes et M. Micheau à la tête de 150 hommes. 60 hommes avec M. Rezeau et une douzaine de cavaliers ont attaqué les Moutiers du côté du bocage et M. Micheau avec le reste de l’infanterie a passé le Lay pour attaquer les Moutiers par la plaine. Les 2 corps d’armée s’avançant en même temps. La troupe qui était aux Moutiers a pris la fuite étant poursuivie par la cavalerie qui s’est avancée un peu avant dans la plaine où un de nos courriers a disparu.
   Pendant ce temps-là M. Micheau s’est emparé des Moutiers et a fait poster des sentinelles (…). La plupart de nos gens étaient entrés dans les maisons pour piller et boire, il n’y avait sur ses gardes qu’une assez petite portion de nous.
    Nous avons tous restés fort tranquilles jusqu’à 5 heures [du soir] où il s’est élevé un peu d’ennui occasionné par la peur qu’on avait d’être enveloppé par les troupes de Sainte-Hermine et de Luçon dont l’ennemi nous avait menacés. Il a fallu bien courir et bien crier pour retenir nos gens dont quelques-uns étaient déjà partis et dont au moins les 2/3 m’auraient abandonné si je n’avais pris à près de 7 heures le parti d’aller à la Corbinière, maison très près des Moutiers par [delà] le Lay, où nous avons couché ou plutôt où nous avons tous veillé pour être mieux en garde (…). Mais un moment avant 5 heures [du matin] la cavalerie et l’infanterie ennemies ont paru sur la route de Sainte-Hermine aux Moutiers (…) mais beaucoup [de nos hommes] ont de nuit abandonné leur poste. L’ennemi qui nous croyait aux Moutiers et qui jugeait, sans doute, qu’il n’y avait qu’un détachement à la Corbinière a tiré un coup de canon sur les Moutiers. Ce coup et quelques autres ont tellement épouvanté notre monde qu’il n’est resté que 30 hommes encore en comptant la cavalerie qui est restée après nous environ un bon quart d’heure (…) L’ennemi approchant et ceux qui sont restés voulaient se rendre à Mareuil. J’en ai de nuit pris la route croyant arriver hier à 11 heures du matin. Nos cavaliers ont quitté la Corbinière quand l’ennemi s’avança sur le pont des Moutiers. Quand nos soldats ont vu que je prenais le chemin de Mareuil, plusieurs m’ont rallié en route. Sur les 3 heures du même soir [30 avril] M. Micheau s’est mis à la tête d’un détachement de 60 hommes qui se sont dits de bonne volonté et a marché sur le chemin de la Corbinière. Les 2 courriers qui étaient en avant ont été tirés plusieurs fois par les gardes ennemies qui sont (…) de l’autre côté du Lay. Le détachement lui-même a été tiré sans savoir d’où partaient les coups.
La première garde avait été mise en déroute par nos courriers et s’était enfuie prévenir aux Moutiers où nos courriers ont aperçu la cavalerie ennemie sur le pont. Du moment que le détachement a été informé, les 2/3 a encore fui malgré l’opposition de quelques braves gens. M. Micheau a fort bien fait de ne pas présenter le détachement à l’ennemi. Il s’est replié sur Mareuil. Hier à midi, l’ennemi a paru à Beaulieu [sur-Mareuil] en très petit nombre pour nous occuper. Il disparaît après 6 à 7 coups de fusil (…). J’ai oublié de vous dire que l’ennemi a tiré au total 14 coups de canon, qu’aucun n’a pu nous faire du mal parce qu’on les tirait sur les Moutiers et que nous étions à la Corbinière.


Le bourg des Moutiers-sur-le-Lay en 1820
(cadastre napoléonien, site internet des ADV).


  C’est une nouvelle déconvenue pour l’armée de Saint-Pal. Nous ignorons s’il y a des blessés et des tués. Cependant, si le nombre de coups de canon n’est pas exagéré, il est probable que des dégâts soient à déplorer dans le bourg des Moutiers-sur-le-Lay.
  Un constat s’impose également : les soldats sont peu disciplinés, enclins au pillage, peu aguerris et, selon A. Billaud, montrent moins d’ardeur que ceux de la grand Armée Catholique et Royale d’Anjou.
  Autre conséquence de cette défaite : Mareuil-sur-Lay est grandement menacée par l’armée républicaine basée à Luçon et au Port-la-Claye. À l’est, les Moutiers-sur-le-Lay est aux mains des Bleus. À l’ouest le Champ-Saint-Père n’est plus occupé par les Vendéens. L’offensive républicaine semble donc prévisible en ce début de mai 1793.

→6e partie

   Vincent Pérocheau

 

Sources :      
- Collection Dugast-Matifeux (Médiathèque de Nantes) :    Série 2 - n°17 - Vol.1 - Doc. 6 ; Volume 3 - Doc. 9 ; Volume 3 - Doc. 14 ; Volume 3 - Doc. 32, 33 et 87 ; Volume 6 - Doc. 105 ; Série 27 - Doc. 425.
- A. Billaud, 1793 : La guerre dans le bocage vendéen, Editions du choletais, 1960.