Août 1914 : Déroute de l’armée française

  À la suite de l’ordre de mobilisation générale du 2 août 1914, 270 hommes ont quitté notre commune pour combattre l’ennemi. 74 autres étaient déjà sous les drapeaux. Il serait difficile de les suivre tous mais certains ont écrit leur journal ou une correspondance et nous vous avons déjà transmis leur souvenir. Dans ce premier mois de la guerre, si terrible qu’il a fait autant de victimes en une seule journée, le 22 août, que toute la guerre d’Algérie, notre commune a déploré 9 tués, 11 prisonniers et 5 blessés.

 

D’après les dates inscrites sur les fiches militaires, Eugène Remaud semble être le premier mort de Bournezeau dans la Grande Guerre, mais il faudrait sans doute corriger la date. La déclaration de son inhumation par les allemands à Rulles (près de Rossignol) est parvenue seulement en 1916. La bataille de Rossignol a eu lieu le 22 août 1914 et son régiment, le 3e régiment d’infanterie coloniale y a participé activement. C’est donc plus sûrement le 23 et non le 13 qu’il a été enterré. Au conseil de révision, il avait été ajourné deux fois pour un développement musculaire insuffisant. Sur sa demande, la commission spéciale de réforme de Châteauroux l’avait mis dans le service auxiliaire en 1911. Il était revenu à l’Aubier le 26 septembre 1913 et avait été rappelé le 3 août 1914, à l’âge de 25 ans.

Le 3e colonial, cependant, avait réussi à faire passer un bataillon (3e bataillon, commandant Mast), au nord de la Semois. Mais à peine les sections ont-elles franchi le pont, l'une après l'autre au pas de course, que le pont est détruit…Un peu après 11 heures  
http://www.chtimiste.com/batailles1418/combats/rossignol.htm

 


  Le premier mort, le 20 août 1914, c’est plutôt Élie Daviet, 29 ans : Après la bataille de Morhange (du 12 au 21 août 1914), à laquelle son régiment a participé, il a été inhumé au cimetière de Douyens, près de Delme. Né à Bournezeau, à La Coussaie, il était à Ozillac en Charente-Maritime en 1914. C’est là qu’a été envoyé son avis de décès en 1920, mais pourtant il est seulement sur le monument de Bournezeau. Ses parents résidaient toujours à l’Oiselière de Thorigny. Ils se sentaient peut-être plus proches de Bournezeau où il y avait plusieurs familles Daviet en 1921 et la famille de sa mère résidait à la Coussaie (Herbreteau).

Il [le régiment] cantonne le 20 août à Oriocourt, couvert en avant, vers Delme et Puzieux, par le 206eR. I. Vers 5 heures, le combat s’engage[…] Dans cette action, il a subi les pertes suivantes :    6 tués, 38 blessés, 54 disparus. (Historique du 323e R.I.)

  Le 22 août, à Rossignol, la bataille fut terrible pour les français. Arthur Jaud (Pont-Guérin) du 137e R.I. fut fait prisonnier à Maissin (au nord de Rossignol) : Interné à Erfurt, il a été rapatrié en mars 1919 et est mort de maladie à Vannes, à 25 ans.

 À 14 h. 30, l'ordre est donné au 1er Bataillon de s'engager sur Maissin. Il se porte à l'attaque, les 2e et 4e Compagnies en tête, la 3e Compagnie en soutien, à 300 mètres.[…] A 19 h. 30, les Compagnies doivent évacuer Maissin incendié. (Historique du 137e R.I.)

  Albert Valeau, 26 ans, de la Grand’Croix a fait son service militaire en 1909, mais il a été réformé temporairement en 1911 pour pleurésie chronique. En 1912, il a été rappelé. Il est passé au 3e Régiment d’Infanterie Coloniale en janvier 1914. Il fut prisonnier à St.-Vincent-Rossignol le 22 août et emmené à Ludwigbourg. Il a été libéré le 22 décembre 1918. Après la guerre, il était avec ses parents à la Gare.

   Le 22, le régiment […]se porte de Limes sur Neufchâteau, par Saint-Vincent et Rossignol. […] Dès 14 heures, des coups de feu viennent de tous les côtés, sauf au Sud. Les 1er et 2e bataillons sont presque cernés sur leurs positions. Le 3e bataillon s’est avancé sur la rive droite de Semoy. On ne peut recevoir ni renforts, ni ravitaillement. […] Les pertes de la journée étaient de 2085 tués, blessés ou disparus.
Historique du 3e R.I.C.

  René Servant, 25 ans, fut prisonnier à Saint-Vincent-Rossignol le 22 août. Il était aussi au 3e R.I.C.. Rapatrié le 15 janvier 1919, il est revenu à Bournezeau le 7 août, puis à Puymaufrais en 1921.

  Le 22 août Pierre Martin, 25 ans, a été tué à Saint-Vincent-Rossignol. Né aux Pineaux, ses parents résidant à la Borlière, il était aussi au 3e R.I.C. en 1914. Il est inhumé à Tintigny. Porté disparu seulement le 28 février 1915, son histoire a été éclaircie en mai 1921.

  Clément Bély, 24 ans, (2e régiment d’infanterie Coloniale) du Pré-Vert (près du Plessis) fut porté disparu le 22 août à Rossignol. Très peu d’hommes de ce régiment sont revenus de Rossignol. Au soir de cette bataille, les allemands ont achevé les blessés et les civils de Rossignol ont été fusillés. Il a été inhumé commune de Bellefontaine en Belgique dans le cimetière militaire franco-allemand du Radan.

Ce cimetière où reposent, côte à côte, les victimes identifiées des terribles combats de Bellefontaine, le 22 août 1914. Français et Allemands. Aujourd’hui, ce cimetière est devenu un lieu de paix.  Car, oui, nous pouvons l’affirmer, un cimetière peut être « beau ». Le cimetière du Radan, à Bellefontaine, est beau ! Beau pour ce qu’il est, et beau pour ce qu’il représente.

 
Le cimetière de Bellefontaine (ou du Radan) en Belgique

Le 24 août, Maximin Vallot, 36 ans, résidait à la Petite-Croix de Bournezeau avec son épouse Marie-Rose et sa Belle-mère Adèle. Il avait fait son service militaire de 1899 à 1902 au 32ème R.I. En 1914, rappelé, il était clairon au 84e R.I.C. Il fut fait prisonnier à Tournai. Interné à Alten-Grabow, Hameln, il a été libéré le 5 décembre 1918.

À partir du 24 août, les étapes de la retraite de Belgique commencent. Les anciens du 84e se rappelleront toujours combien ces longues étapes effectuées avec le manque de nourriture et de sommeil, par une chaleur accablante, furent pénibles. (Historique du 84e R.I.C.)

  Le 24 Deux prisonniers du 84e R.I.T. à Tournai : Auguste Bonnaudet, 38 ans, du bourg de Puymaufrais a été interné à Alten-Grabow. Il a été libéré le 11 mars 1919 ; Gustave Charneau, de Bournezeau a été interné à Sennelager. Quand il est revenu en France, dès le 17 novembre 1918, il avait 43 ans.

  Le 24, Arthur Jaud, 24 ans, du 64e R.I. a été fait prisonnier à Maissin, en Belgique. Il avait été domestique à Pont-Guérin. Il a été interné à Erfurt. À son retour, en 1919, il a contracté une maladie et est mort à l’hôpital de Vannes le 6 août 1919. Entre le 22 et le 28 août, le 64e a perdu 1250 hommes.

  Le 24, Fernand Grolier, 26 ans, du 114e R.I., fut déclaré disparu à Erbévillers en Meurthe-et-Moselle. Né à Thorigny, ses parents étaient à la Perdrière.

   « Le 24, à 14 h. 30. L’ordre d'attaquer en direction générale d’Erbevil1ers au nord d’Hoéville, parvient au Chef de Corps. […] Au pas de charge, la baïonnette haute, fendant l'air de leurs imprécations et de leurs cris, nos fantassins semblent narguer, la mort. Mais l'ennemi qui tient fortement les abords du village et la croupe qui le sépare de Réméréville, fauche des sections entières avec ses mitrailleuses dont nous commençons hélas! à faire la triste expérience. […] Les pantalons rouges, comme des coquelicots brisés par l'orage, jonchent sinistrement la plaine. »
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357042t/texteBrut

  Le 25, Maurice Monnereau, 37 ans, du 84e R.I.T. a été fait prisonnier à Saint-Amant-les-eaux, au sud de Tournai. Interné à Sennelager, il a été de retour en France dès le 22 décembre1918. Il est retourné à l’hôtel de la Gare en janvier 1919.

Le 24 au matin, le 1er bataillon reçoit l'ordre de reprendre Tournai où les Allemands ont pénétré. Le bataillon s'y établit et repousse à la baïonnette une contre-attaque ennemie. Attaqué à nouveau et pris à revers par un ennemi supérieur en nombre qui le déborde, il réussit à se dégager malgré le feu terrible des mitrailleuses. (Historique du 84e R.I.)

  Le 26, Auguste Béguet, 39 ans, à Puymaufrais depuis 1909, a été fait prisonnier à Beugny, dans le Pas-de-Calais. Il a été rapatrié en 1917 et interné à l’asile d’aliénés de la Grimaudière.

Aussitôt, départ des différentes unités vers le bois de La Marfée, où la liaison est très difficile. Attaque allemande contenue et, en fin de. journée, ordre de repli vers la ferme Saint-Quentin après une série d'engagements partiels.(Historique du 93e R.I.)

  Le 27, Victor Cardineau, 28 ans, de la Mènerie, fut blessé légèrement par balle à l’épaule. Il était alors caporal au régiment de La Roche-sur-Yon (93e R.I.) qui combattait du côté de Lille. Il accepté d’être évacué seulement après une deuxième blessure, le 7 septembre, pour être soigné à Foix.

  Eugène Neveu, 24 ans, du Petit-Trizay a aussi été blessé le 27 août. Son régiment était alors du côté de Bulson, au Nord de Valenciennes. Il était déjà au service militaire au 137e R.I. quand la guerre a commencé. Il a été soigné à Douarnenez et est retourné au combat le 4 novembre.

  Le 27 août, le sergent Alexandre Girard a été blessé à la lèvre par un éclat d’obus à Chaumont-Saint-Quentin. Il a rejoint les armées le 20 septembre. Il a participé à d’autres batailles.

  Octave Parage, 21 ans, (93e R.I.) a été blessé par balle à Chaumont-St-Quentin le 27 août 1914. Il était cantonnier à Bournezeau. Il était guéri en janvier 1915 et est passé au 147e R.I., puis en octobre 1915 au 19e R.I.  Il a été prisonnier à Verdun en 1916.

   Le 28 au soir, arrive l'ordre définitif de retraite qui met fin à cette bataille de quatre jours […] Presque plus de cadres et peu d'hommes (la 8ème compagnie a perdu en ces quatre jours 99 hommes). […]. La fatigue est extrême. Depuis le 25 il n'est plus question de ravitaillement. On vit de ce qu'on trouve, de pommes que l'on ramasse, de carottes, de pommes de terre que l'on déterre et que l'on mange crues.
  https://horizon14-18.eu/wa_files/historique_93eRI.pdf

  Gustave Herbreteau, 21 ans, effectuait son service militaire au 64e R.I. depuis décembre 1913. Blessé à Bulson le 28 août, il a été emmené à Erfurt avec des plaies multiples. Il a été rapatrié le 2 février 1916. Le 21 avril 1917, il est passé dans l’artillerie. Domestique à la Connelière, c’est aux Moutiers-sur-Lay qu’il est revenu après la guerre.

   Traversant la Meuse, il s’établit sur les hauteurs de Chaumont-Saint-Quentin, […] Le 28, c’est la superbe défense de la ferme de Beau-Mesnil. Pertes depuis le 24, environ 500 hommes.
   Historique du 64e R.I.

  Le 28 aussi, Alcide Brillouet a été prisonnier à Bertincourt. (Voir Au Fil du Temps n°22)

  Le 28, Louis Gilbert, 25 ans, (65e R.I.) a été fait prisonnier à Noyers, au sud de Sedan). Interné à Merseburg, il a été rapatrié le 20 janvier 1919. Mais en 1921, sa mère habitait seule route de la Gare.

  Le 27, Alexandre Gilbert, 40 ans, a disparu. Il a été inhumé à Noyers par les allemands. Il était de St.Vincent-Puymaufrais et combattait au 65e R.I.

Le 25 août, le 65e repasse la Meuse à Bazeilles […]. Quatre jours de combats acharnés sont pour le régiment l'occasion de montrer sa valeur, malgré les lourdes pertes subies […]. Le 27 août, en particulier, marque la reprise à l'ennemi, par une fougueuse charge à la baïonnette, tambours et clairons en tête, du village de Noyers-Pont-Maugis. (Historique du 65e R.I.)

Juste à côté du cimetière allemand, se trouve un cimetière dédié aux soldats français. La plupart sont tombés lors de la première guerre mondiale. 1 200 d’entre eux sont dans une fosse commune et 528 dans des tombes individuelles. (Wikipédia)

  Le cimetière français à Noyers

À Noyers aussi, Victor Marceteau, 26 ans, de la Fraignaie, a été inhumé par les allemands ; La date n’est pas connue (en 1914). Il était au 137e R.I. Il a été déclaré décédé avant le 12 janvier 1915 par le jugement du tribunal, mais c’est probablement le 27 août.

   Le 27 août 1914 […] les 6, 7 et 8e Compagnies attaquent Noyers, en liaison avec le 59e. L'assaut est donné […], le 2e bataillon pénètre dans Noyers à la baïonnette […] Mais ce succès est obtenu au prix de […] nombreuses pertes de gradés et de soldats.
   Historique du 137e RI

  Eugène Paris, 23 ans, était aussi au 137e R.I. où il s’occupait des chevaux. Pendant la retraite devant l’avance allemande, il a été blessé par un cheval au pied droit pendant le pansage. Il était alors à Mont-Saint-Rémy, au nord de Reims. Il est revenu un mois plus tard. Il a de nouveau été blessé en 1917. Après la guerre, il n’est pas resté à Puymaufrais, mais a travaillé dans les chemins de fer.

  Le 29 octobre, Ernest Duché, 24 ans, est décédé à Fresenberg, près d’Ypres, des suites de ses blessures. Son régiment, le 144e R.I. avait combattu du côté de Charleroi au mois d’août. Il était peintre à Angoulême en 1913, et c’est là qu’a été transmis l’avis de décès, mais son père (François), plâtrier, s’était remarié à Bournezeau en 1902 avec Victorine Billaud. Ernest Duché est inscrit sur le monument aux morts à Angoulême et aussi à Bournezeau.
   

    Jean-Paul Billaud

    Sources : Fiches matricules militaires et recensements de 1911 et 1921
    https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/recherche.php?fam=7

La guerre a continué sur les bords de la Marne