En ce début de mai 1793, après un mois et demi d’insurrection,
quelle est la situation militaire de la Vendée ?
La Grande Armée catholique et royale parvient à contenir les
assauts républicains à l’est en s’emparant de Vezins et Beaupréau,
obligeant l’armée républicaine à se replier sur Angers à la fin du mois
d’avril.
À l’ouest, le long de la côte atlantique, les Républicains occupent
les Sables-d’Olonne. Ils s’emparent de la Mothe-Achard, quartier général
du chef vendéen J
Au sud de la Vendée militaire, zone occupée par l’Armée du Centre
et délimitée par le Lay, la pression républicaine est aussi importante que
sur le littoral. Luçon est la base arrière de l’armée républicaine avec le
Port-la-Claye comme verrou stratégique pour permettre les communications
entre les Sables-d’Olonne et Luçon. En revanche Chantonnay reste sous le
contrôle du chef vendéen S
Depuis le 13 ou 14 avril 1793, Mareuil-sur-Lay est occupée par
l’armée vendéenne sous les ordres de
À l’est, les Moutiers-sur-le-Lay est aux mains des Bleus tout comme
Sainte-Hermine ;
À l’ouest, le Champ-Saint-Père n’est plus contrôlé par les
Vendéens.
En ce début du mois de mai 1793, l’offensive républicaine se
prépare avec pour objectif Mareuil-sur-Lay. Conscient du danger, SAINT-PAL
ne cesse de demander des renforts.
La documentation sur l’attaque de Mareuil-sur-Lay est bien fournie.
Nous avons ainsi la copie conforme du projet dans sa totalité, daté de
Fontenay-le-Comte le 1er mai 1793 et approuvé par le représentant du
gouvernement.
Ce projet est à l’initiative du général républicain B
Grenadiers, chasseurs, cavaliers, pionniers, artilleurs avec 4
canons composent la première colonne qui « partira de Luçon de
manière à être rendue sur les hauteurs de Beaulieu [-sur-Mareuil], à 3
heures du matin. Elle ne commencera son attaque par le canon que lorsque
les 2 colonnes auront annoncé leur arrivée par une fusée ». Il
est précisé que « cette attaque devra se faire le 3 mai à 3
heures du matin. »
La deuxième colonne est composée de pionniers, de cavaliers et de
fantassins. « Elle partira de Luçon de manière à être rendue à
Saint-André [-sur-Mareuil] à 3 heures du matin, passant par le
Port-la-Claye, le Champ-Saint-Père, le moulin des Caves appelé Gué Besson,
où il sera nécessaire de faire établir un pont, de là, la colonne passera
à côté du Follet, de la Sigonnière, de l’Éveillerie, et arrivera à
Saint-André derrière lequel la troupe se divisera en 3 parties.
La troisième et dernière colonne « sera composée de toute
l’infanterie qui est à Saint-Hermand [aujourd’hui Sainte-Hermine], de 80
cavaliers et de paysans-pionniers. Elle se rendra à 3 heures du matin au
bois de la Nicolière en passant sur le pont des Moutiers [-sur-le-Lay]. Le
commandant laissera à ce pont une garde à laquelle se réuniront les
habitants armés des Moutiers et des environs. »
Parallèlement, juste avant de lancer l’opération, B
L’objectif est clair : prendre en tenaille l’armée de S
Les divers rapports républicains rédigés après la bataille
parlent de 900 à 1 200 brigands ou Vendéens en poste à
Mareuil-sur-Lay lors de l’attaque. Malgré les demandes de renfort
réitérées par S
D’où sont originaires ces hommes ? Aucun document ne nous
renseigne sur ce point mais si nous suivons l’organisation des armées
vendéennes, la garnison qui occupe Mareuil doit se composer de différentes
compagnies venant de paroisses voisines. Lors d’un interrogatoire, une
habitante de Saint-Florent-des-Bois, prisonnière des Républicains à la
Rochelle, déclare le 7 mai 1793 que « les habitants [les hommes] de
sa paroisse étaient à Mareuil depuis 3 semaines. » Il est possible
que des paroisses comme les Pineaux, Thorigny ou Bournezeau aient envoyées
à tour de rôle des compagnies pour la garde de Mareuil. Vers la fin avril,
l’armée de la Roche-sur-Yon, commandée par BULKELEY et CHOUPPES, a sans
doute envoyé à Mareuil des renforts.
Du côté républicain, le nombre de soldats n’est pas mentionné mais
S
La prudence est bien sûr de rigueur quant aux chiffres
avancés : Chaque camp a intérêt à gonfler le nombre d’ennemis pour se
justifier d’une défaite ou valoriser une victoire ou encore demander des
renforts et du matériel.
Le 2 mai 1793, une fausse attaque républicaine est lancée sur le
Pont Charron pour « inquiéter les brigands. » La feinte
fonctionne car elle empêche tout renfort vendéen sur Mareuil.
Le lendemain, vendredi 3 mai 1793, à 1 heure du matin, B
La colonne partant de Sainte-Hermine passe le pont des
Moutiers-sur-le-Lay, arrive dans le temps imparti au bois de la Nicolière
avant d’atteindre Mareuil.
En revanche, la colonne passant par le Port-le-Claye puis
Champ-Saint-Père, se trouve retardée lorsqu’elle arrive au Gué-Besson.
Suite à des précipitations, l’Yon déborde et les soldats perdent beaucoup
de temps à établir des ponts sur la rivière et permettre le passage des
hommes. « D’autres obstacles que les brigands avaient mis ayant coupé
des arbres et barré les chemins » ajoutent au retard de la colonne.
L’offensive se fait alors sans elle.
Le représentant du peuple, A
Quand on a vu qu’ils s’en allaient, on a tiré quelques
coups de canon, et alors ceux qui sortaient pour gagner Bournezeau ont été
vus par la colonne de droite, qui a tombé dessus vigoureusement (…) On
leur a tué une quarantaine d’hommes et fait 27 prisonniers (…) Toute la
troupe s’est bien conduite. »
N
À en croire d’autres rapports républicains, S
L’attaque est un succès pour l’armée républicaine puisqu’elle
occupe Mareuil sans avoir perdu aucun homme ni même de blessés. Toutefois,
le retard de la colonne de gauche (colonne 2), venant de Port-la-Claye,
n’a pas permis l’anéantissement prévu de l’armée de S
Côté vendéen, on déplore, selon les sources républicaines, entre 30
et 50 morts et une vingtaine de prisonniers. Critiqué par certains d’avoir
abandonné Mareuil, S
En effet, si les archives sont muettes sur le sort de ces
prisonniers vendéens, nous savons grâce aux actes de justice de paix du
canton de Mareuil établis dans les années 1809-1810, qu’un dénommé Pierre
C
Une deuxième victime, Pierre T
Sur un plan matériel, la canonnade depuis
Beaulieu-sur-Mareuil a « détruit quelques pans et murs de maisons
patriotes et un coin de l’église. »
Autre fait déploré par les autorités patriotes : un pillage en
règle est commis par les soldats républicains dès leur entrée dans
Mareuil. Avec difficulté ils parviennent à l’arrêter en faisant battre la
générale c’est-à-dire l’alarme au son du tambour.
Au 1er plan le poste probable de surveillance des Vendéens. Au second
plan l’église et le château.
Au fond à gauche, les hauteurs de Beaulieu.
(site : https://www.ansichtskartenversand.com)
Enfin ces mêmes autorités critiquent les responsables
de l’opération, B
Quoi qu’il en soit une garnison républicaine s’établit à
Mareuil-sur-Lay pour contrôler cette zone tampon entre le bocage et la
plaine.
Autre conséquence : la poussée républicaine par le
sud inquiète les différents postes vendéens de la région. Ainsi, au
Bourg-sous-la-Roche, quelques heures après l’attaque, on s’inquiète de
l’arrivée de personnes qui fuient Mareuil et on propose qu’une
« bonne garde » se fasse à Saint-Florent-des-Bois où SAINT-PAL
s’est replié après la déroute. Lui-même, soucieux de la situation, écrit
le 4 mai aux commandants de la Roche-sur-Yon : « Nous ne pouvons
vous dissimuler que nous sommes entourés d’ennemis puissants et que leur
dessein est de pénétrer le bocage. Nous tiendrons de notre mieux le poste
avancé où nous sommes, mais malgré votre envoi de cartouches, nous ne
pouvons charger tous les fusils. »
À la Chaize-le-Vicomte on annonce le 5 mai 1793 que des
Républicains de Mareuil auraient été vus à Château-Guibert, au
Petit-Poiron (Thorigny) et même à moins de 2 lieues de la Chaize (8 km
environ), information ou plutôt rumeur qui inquiète la population et
« qui fait que tout le monde de la Chaize est aux portes sans vouloir
se coucher. »
Quelques jours plus tard, ces mêmes responsables envoient un
nouveau courrier à la Roche-sur-Yon : « Nous avons ainsi appris que
nos ennemis de Mareuil se portent les uns sur Corbaon, les autres sur
Bellenoue, Château-Guibert. Ils sont venus, dit-on, jusqu’à une lieue et
demie d’ici cherchant à ravager le pays. En conséquence nous serions
disposés sauf votre meilleur avis, Messieurs, de nous réunir avec les
paroisses de Fougeré et Thorigny pour faire ensemble une revue dans le
pays 2 ou 3 fois par semaine pour y chasser nos ennemis. Quand ils sauront
que nous parcourons les bocages, ils seront moins hardis de venir y faire
des incursions. »
Le poste de Bournezeau est doublement dans le même état
d’inquiétude avec l’occupation de Mareuil au sud et la pression
républicaine du côté de Chantonnay. La crainte d’une vaste offensive à
partir de ces 2 points d’appui est de plus en plus forte.
Heureusement les victoires remportées par la Grande Armée
catholique et royale sur Bressuire (2 mai) et Thouars (5 mai) obligent les
armées républicaines à marquer un temps d’arrêt dans leur offensive.
La situation se stabilise alors sur le front du Lay en ce mois de
mai 1793.