1915 : Batailles de tranchées
De septembre 1914 jusqu’au début de 1918, malgré les attaques
successives, les lignes de tranchées n’ont pas beaucoup bougé. L’Argonne
était considérée comme un verrou pour protéger Verdun. C’est là que se
sont déroulés d’atroces combats de mars à novembre 1915, sur un front de
15 km de long seulement, à l’ouest de Verdun. Des villages
isolés, quelques prés et vergers pentus, les deux vallées de la
Biesme et de l’Aire, le tout cerné par l’immense forêt hérissée de
collines, irriguée d’eau douce et creusée de ravins profonds… Cette lutte
dans des tranchées boueuses a coûté la vie à 140 000 soldats
français, soit 10% des morts français de la Grande-Guerre. On y a
utilisé beaucoup de mines ; on y a creusé des galeries pour placer
des charges énormes sous les villages. Peu de combattants de notre commune
étaient en Argonne et l’Artois était tenu surtout par les anglais.
Les soldats vendéens étaient surtout en Champagne : Nous en
parlerons dans un prochain article. Nous allons citer ici ceux qui ont
combattu sur d’autres secteurs du front.

( carte sur le site Internet:
http://87dit.canalblog.com/archives/2013/07/12/27625364.html)
Sur le front Ouest : Belgique, Artois, Somme
Almire Poirier était incorporé depuis le 8 octobre
1913. Il est mort de maladie le 24 février 1915 à l’hôpital de Steenworde
(à la frontière belge). Il avait 22 ans. Sa tombe est au n°956 à la
nécropole d’Assevent, département du Nord.
Florentin Poirier, l’aîné des 3
frères a été tué à Zonnebecke en Belgique le 24 octobre 1914 à 23 ans
(bataille d’Ypres). Il était né à Chantonnay. Il servait au 114ème
R.I. depuis le 8 octobre 1912. La famille s’était installée à la
Thuardière.
Le 24 au matin, à 9 heures, le 3ème Bataillon dépasse d'environ 400 m
la station de Zonnebecke. À ce moment, le régiment se trouve entièrement
"coiffé" par les tranchées allemandes qui l'entourent de tous les côtés.
La fusillade est extrêmement violente et les pertes se multiplient à vue
d’œil. (Historique du 114èe R.I.).
Émile Poirier était au 93ème
R.I. depuis le 28 septembre 1913. Il est décédé de ses blessures à 21 ans
le 16 juin 1915 à Louvencourt, dans la Somme.
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Cette ferme [Touvent], située sur un étroit plateau, avait été
puissamment organisée par les Allemands au cours de l'hiver 1914-1915.
La position comprenait plusieurs lignes de tranchées défendues par
d'épais réseaux de fils de fer, garnies d'abris creusés à grande
profondeur et possédant plusieurs issues. Enfin la ferme elle-même avait
été transformée en véritable blockhaus. L'ordre vint de s'en emparer.
(Historique du 93eR.I.)
Le 7 juin 1915, devant la ferme de Toutvent, s'est portée à l'attaque
avec un entrain superbe. (Citation de la division)
Auguste Sire est né à la Barre. Il avait d’abord
été ajourné pour “faiblesse”, au conseil de révision de 1914, mais il a
été incorporé le 15 décembre 1914 au 93e R.I. Il a été évacué
blessé le 8 juin 1915 près de la ferme de Touvent, au nord d’Albert et
était rétabli le 31 août. Il a été malade du 7 avril au 19 mai 1917. Il a
été fait prisonnier à Vailly (Aisne) le 27 mai 1918 et interné à Lamsdorf.
Il a été libéré le 6 janvier 1919 et démobilisé le 10 septembre 1919.
Nos hommes n'ont comme abris que les trous d'obus et les tranchées
hâtivement creusées la veille et approfondies pendant la nuit. La
chaleur est accablante et l'eau manque. L’artillerie ennemie s'acharne
sur nos nouvelles tranchées qu'elle bouleverse, enterrant hommes, armes
et munitions. Beaucoup de fusils, presque toutes les mitrailleuses sont
hors d'usage. Le 8 au soir, les munitions commencent à manquer.
(Historique du 93eR.I.)
Victor Valoteau avait aussi 20 ans en 1914. Il a
rejoint les armées le 23 décembre 1914 avec le 137e R.I. Il a
été blessé le 7 juin 1915 dans l’attaque de Touvent (ferme au nord-est
d’Amiens). Soigné à Tarbes, il a pu revenir au combat le 21 mars 1916. Il
a été blessé aussi en 1917 et a été combattre en Orient en1918. Il a été
fromager. Il habitait à la Croisée-de-la-Boule. Après la guerre, il a
émigré dans la région de Périgueux.
Le 7 juin 1915, le 137e prend part à l'attaque de la 21e
division sur le saillant de la ferme de Toutvent devant Hébuterne. Tous
les objectifs sont atteints d'un élan splendide, malgré les fortes
pertes sous un bombardement formidable. Nombreux prisonniers.
(Historique du 137e R.I.)
René Marot est décédé des suites de ses
blessures le 27 septembre 1915 à 20 ans, à Wailly, dans le Pas-de-Calais.
Ses parents logeaient au Pré-Baudet (maison en ruines en face le chemin
conduisant à La-Roche-Louherie où ils étaient employés). Il avait été
domestique chez son oncle à la Vendrennière. En janvier 2016, un courrier
nous est parvenu de Wailly où les enfants de l’école se sont fait
photographier chacun devant la tombe d’un soldat. (Tombe n°1076) Nous
avons alors retrouvé des petits-neveux dont André Gerfaut, de la
Vineuse.
Le travail est fait la nuit, mais l'ennemi qui a éventé nos travaux
dès le premier jour, réagit violemment. Les hommes doivent travailler
souvent à découvert sous des feux violents d'artillerie et de
mitrailleuses. Les pertes sont sensibles et le travail à exécuter après
une longue étape est pénible. Néanmoins, les trois parallèles sont
prêtes pour le jour fixé pour l'attaque : le 25 septembre. (Historique
du 90e R.I.)
Albert Jaunet est mort à Bournezeau le 22 janvier
1915 : Maladie contractée en service. Il avait 30 ans. En 1910, il
était valet de chambre à Paris. Il avait été mobilisé au 3e
régiment de Dragons qui cantonnait à Humières, à l’ouest de Lens, au mois
de décembre 1914.
Adolphe Cartaud, 22 ans, surnommé “Dodo”, habitant
route de Sainte-Hermine, a été fait prisonnier le 10 déc. 1915 près
d’Ypres et interné à Munster. Il fut rapatrié le 11 nov. 1918, mais mis en
congé seulement le 1er sept. 1919. Alcide Brillouet était aussi
dans ce camp. Voir son témoignage dans
"Au fil du temps n°22",

L'entrée du camp de Haus-Spital.
Le camp de Munster comprenait 3 annexes: Haus-Spital, Rennbahn et
Münsterlager.
Constant Mandin, venu à la Croisée-de-la-Boule en 1904
est mort de pneumonie le 22 avril 1915, le jour de ses 40 ans, au camp de
Cassel où il était prisonnier. On ne sait pas quand il a été fait
prisonnier. Le 84e R.I.T. avait toujours été du côté de la
Somme et de l’Artois. Sa Tombe porte le n°667 à Sarrebourg.

Au camp de Niederzwehren, à Cassel
Raphaël Auger, de Saint-Vincent-Puymaufrais,
travaillait aux chemins de fer. Du 20 sept. 1914 au 5 mai 1916, il a
participé au service armé avec le 137e R.I. ; Puis il a
été réaffecté aux chemins de fer. Le 7 juin 1915, il est arrivé le premier
dans la tranchée à occuper, devant Touvent, et a été décoré pour cette
action. Le 19 juin, il fut nommé sergent.
À 5 heures, malgré un violent feu de barrage de l'artillerie allemande,
toutes les vagues s'élancent à l'assaut : La gauche d'un seul bloc,
le centre et la droite par petites fractions à cause de la destruction
des boyaux par l'artillerie et de leur encombrement par les morts, les
blessés et les matériaux de toutes sortes. En 5 minutes, les 2 lignes de
tranchées allemandes sont enlevées, dépassées et les deux bataillons
sont arrivés sur la position à organiser. (Historique du 137eR.I.)
Pascal Bordage domestique cultivateur de
Bournezeau incorporé à 20 ans en septembre 1914 au 114e R.I a
reçu une citation le 22 juin 1915. Son régiment avait attaqué le “Moulin
détruit” au nord d’Arras, vers Neuville-Saint-Vaast, sous les obus
toxiques, et ne gagnant que quelques mètres malgré les pertes.
Ce serait à cet endroit que les soldats ennemis avaient fraternisé
à Noël 1914, faisant même un match de foot dans l’espace entre les lignes
ennemies.
Clément Blanchard, qui était charpentier à
Bournezeau, route de Sainte-Hermine, avait 20 ans en 1914. Il a été
mobilisé au 6e Génie le 8 septembre 1914. Il a été blessé le 2
mai 1915 lors de la guerre des mines dans le secteur de Roclincourt, près
d’Arras, victime d’un éboulement qui lui écrasait la poitrine. Il a
rejoint les armées en octobre. Il a encore été blessé en Champagne près de
Saint-Hilaire-le-Grand le 22 juillet 1916 par éclats d’obus à l’épaule et
au bras gauche et a rejoint les armées le 30 octobre. Promu caporal en
décembre, il a été démobilisé le 27 août 1919. Mais il a été rappelé en
1940.
Eugène Bély, 27 ans, de Saint-Vincent-Puymaufrais, était
au 137e R.I. quand il a été fait prisonnier le 1er avril 1915,
en Artois, du côté d’Hébuterne. Il est mort en captivité en Thuringe, à
Langensalsa le 10 mai 1915.
Premier hiver de guerre, terrible dans la boue des tranchées, sans
abri, devant la ferme de Touvent. Faibles progressions de tranchée à
tranchée. Opérations de détail très coûteuses. (Historique du 137e
R.I.)
Jean-Baptiste Gaborit, 23 ans, avait été ajourné
pour faiblesse en 1913, mais était bon pour le service en 1914. Il
habitait la Plissonne. Il était au 21e R.I. Il est décédé de
maladie à l’hôpital de Fontenay-le-Comte le 13 avril 1915. Son régiment
avait passé l’hiver dans des conditions difficiles en Artois, du côté de
N.D.-de-Lorette.
Le 5 mars, dans l'après-midi, les compagnies entrent dans les boyaux
dans le but d'attaquer, mais les boyaux sont pleins d'éléments mélangés
de tous les corps de la 43e Division d'Infanterie. Il est
impossible de reculer ou d'avancer.
(Historique du 21e R.I).
Aux environs du Chemin-des-Dames
Arthur Robin, 24 ans, est né à Bournezeau et y est
revenu à son retour, mais en 1920, il a rejoint Les Pineaux, puis Usseau
en 1934. Il a été prisonnier à Munster suite à l’attaque de Vailly avec le
114e R.I. le 26 septembre 1915. (près de Soissons)
C'est dans la région de Vailly que se trouve en septembre le 114e,
région qui depuis un mois lui est assez familière et dont il connaît
tous les recoins. Une seconde grande offensive est en préparation. Elle
doit se déclencher le même jour que celle de Champagne. […].On s'efforce
de créer une tranchée continue mais le régiment qui a perdu près de 600
hommes dont 70 tués, après de telles épreuves pourrait difficilement
résister à une contre-attaque allemande toujours possible.[…] L'attaque
du 25 septembre a comme celle du 9 mai prouvé l’extraordinaire solidité
du front ennemi. (Historique du 114e R.I.)
Auguste Auneau, 22 ans, est né à Thouaré de
Saint-Martin-des-Noyers. Après un passage dans d’autres communes, dont
Saint-Hilaire-le-Vouhis, la famille résidait à Bournezeau avant la guerre.
Auguste effectuait son service militaire au 2e R.I.C. depuis le
26 nov. 1913. Il est passé dans l’artillerie au 2e R.A.C en
1914. Il a été tué à l’observatoire de Saint-Rigobert, à Gernicourt le 3
oct. 1915. (Près du Chemin des Dames). Sa tombe est au n° 2386 dans
la Nécropole Nationale de Pontavert. Son frère Alexandre, réformé pour
cardiopathie après deux mois de mobilisation en 1917 est mort à Bournezeau
le 26 mars 1919. Il avait déjà été réformé après 2 mois de service au 115e
R.I. en 1910. Les noms des deux frères sont portés sur le monument aux
morts de Bournezeau, bien qu’Alexandre ne soit pas mort à la guerre.
Joseph Gellereau était charron à Bournezeau. De
la classe 14, il arriva au 137e R.I. le 8 septembre 1914. Il a
suivi ce régiment pendant toute la guerre. Il a été évacué le 6 octobre
1915 vers l’ambulance de Vesle, mais fut de retour le 29 octobre.
À l’est, au sud de Verdun
Joseph Beneteau a disparu à 22 ans le 29 avril
1915 à la côte de Senoux, commune de Mouilly, dans la Meuse, au sud-est de
Verdun. (Alain Fournier, l’auteur du “Grand Meaulnes” a disparu à cet
endroit avec ses hommes en sept. 1914.) Joseph était au 71e
R.I. mais à cette date ce régiment se trouvait au nord d’Arras ! Né à
Saint-Mars-des-Prés, il avait été cocher à Marans et domestique à la
Grange à Saint-Vincent-Puymaufrais. Ses parents habitaient Bournezeau et
c’est là que l’avis de décès a été envoyé.
Henri Daviet habitait Chenillac. Il a disparu le
15 septembre 1915 aux Éparges à 22 ans. Ajourné pour “faiblesse” en 1913
et en 1914, il avait été incorporé en octobre 1914 au 64e R.I.
puis au 120e R.I. Son frère a été mobilisé en 1917.
L'ennemi bombarde violemment et d'une façon presque continue notre
position avec des “minenwerfer” et des obus de tous calibres ; Les
pertes journalières sont considérables. C'est un secteur où la guerre de
mines est très active de part et d'autre. (Historique du 120e
R.I.)
En Argonne
Gustave Gilbert, de la Mathurine a été mobilisé
à 20 ans le 23 décembre 1914 malgré son bégaiement. Il a été blessé au
menton le 24 mai 1915. Son régiment, le 89e R.I. s’occupait de
renforcer ses défenses face au village de Vauquois, en Argonne. Soigné à
Cognac, il est revenu le 24 août, mais il a été malade de février à
septembre 1916 et de nouveau en 1918.

Vauquois fut tellement minée que le village a disparu.
Clovis Joret avait 20 ans en 1914. Il a d’abord
été ajourné en octobre pour “faiblesse” mais à compter du 15 décembre, il
fut affecté au 6e régiment du Génie. Disparu le 9 septembre
1915 à la Harazée, en Argonne : Il avait été fait prisonnier à
Montmédy. Rentré le 2 février 1919, il a pu rejoindre
Saint-Vincent-Puymaufrais le 7 septembre 1919.
Après quelques jours de repos bien gagnés, la compagnie fut embarquée
pour la région de l’Argonne où elle continua les travaux de mines des
secteurs de la Harazée et du Four-de-Paris. Le 8 septembre 1915, elle
arrêta le mouvement offensif ennemi vers la vallée de Biesme et
contribua, malgré des pertes sévères à maintenir l’inviolabilité de
notre front. Là tombèrent ou disparurent bien des braves mineurs, tués
ou faits prisonniers dans leurs écoutes, blessés et tués pendant la
contre-attaque. (Historique du 6eRG, Cie. 10/3)
Des malades
Auguste Bély, de la Maion-Neuve, qui était
“services auxiliaires” en 1901 (Il avait une cicatrice de brûlure au dos)
a été classé “Service armé” le 21 novembre 1914. Du 137e R.I.,
il est passé au 89e R.I. le 14 mars 1915. Ce régiment
combattait du côté de Vauquois et 536 hommes du régiment y ont été tués en
3 mois dont Auguste, qui est décédé de maladie le 21 avril à l’hôpital de
Bar-le-Duc. Il avait 2 garçons et une fille.

Dans la nécropole de Bar-le-Duc, c’est la tombe n°436.
Aristide Bonneau est décédé à 20 ans de la
tuberculose le 23 juin 1915 à Bournezeau. Il avait été réformé le 4
novembre 1914. Il s’était engagé dans l’armée en 1912. Il a servi dans
plusieurs régiments d’artillerie de campagne, au Maroc, comme muletier.
Comme il était réformé, il n’est pas classé dans les « Morts pour la
France » par l’armée, mais Bournezeau a fait inscrire son nom sur le
monument.
Firmin Pillaud avait 36 ans en 1914 quand il a
été rappelé. Son régiment (le 137e R.I.) arrivait juste en
Champagne : Malade le 15 août 1915, il a été soigné à Mont-de-Marsan,
a obtenu une permission de convalescence d’un mois et est revenu aux
armées le 14 décembre. Il y est resté jusqu’au 3 février 1919. Il s’est
retiré à Foliet où il habitait depuis 1907.
Louis Flandrois avait 41 ans quand il a été
rappelé le 3 août 1914 à la 11e section d’infirmiers. Il est
mort de maladie en service à Nantes le 28 juillet 1915. Né à Chantonnay,
il laissait au Beugnon sa veuve Louise, fille de Henri Forgerit
et sa fille Amandine.
Alexandre Bernardin, de Bournezeau, domestique,
avait fait son service militaire en 1894-1895. Mobilisé le 4 août 1914 au
64ème R.I.T., il est décédé à l’hôpital de la Roche-sur-Yon le
16 novembre 1915, à 32 ans.
Georges Martin a été enrôlé au 64e
R.I. le 8 avril 1915, à 19 ans. Il est mort de maladie moins de deux mois
plus tard à l’hôpital d’Ancenis, le 30 mai 1915. Après la mort d’un de ses
frères, tailleur aux Moutiers-sur-Lay, à 16 ans, en 1904, son père est
mort en 1910 et sa mère en 1907. Il était domestique à la Buzinière de
Saint-Vincent-Puymaufrais, mais étant originaire de la Borelière, c’est à
Bournezeau que l’avis a été reçu et que son nom est inscrit sur le
monument aux morts.
Jean-Paul Billaud
Sources : Fiches matricules militaires et Recensements.
Historiques des régiments et site “Mémoire des hommes”