Verdun 1916 (1ère partie) : Février-avril, l’attaque allemande

  Les Français ont eu très peur : Pour la première fois depuis la Marne, les Allemands attaquaient, et de façon massive, brutale, déterminée.
  Cette bataille est devenue un lieu de mémoire de la grande guerre : remise de la Légion d’honneur à la ville le 13 septembre 1916, construction de l’ossuaire de Douaumont pour 130 000 morts des deux camps, commémorations, dont la poignée de mains de François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984. De nos jours, les soldats de Verdun sont passés du statut de héros à celui de victimes.

L’exceptionnalité de Verdun


  * C’est la seule bataille purement française de toute la guerre : les alliés n’y ont pas pris part.

  * C’est la bataille qui a été vécue par le plus grand nombre de soldats français : 73 divisions sur une centaine sont passées à Verdun.
  * C’est l’horreur et la violence extrême de la bataille qui lui vaudrait ce statut exceptionnel. L’artillerie y a causé 80% des pertes.
« Boue, rats, soif, peur, chamboulement des tranchées sous les marmites, cris des blessés dans le no man’s land, corps disloqués, puanteur, mort. »

Les faits:

21 février : attaque allemande
24 février : Pétain prend le commandement de Verdun
25 février : Prise de Douaumont par les allemands
5 mars : Les allemands bombardent la rive gauche de la Meuse
20 mars : Les allemands prennent le bois d’Avocourt
31 mars : Les allemands s’emparent du village de Vaux
7 juin : Prise du fort de Vaux
Du 11 juillet au 4 août, offensive sur le fort de Souville, repris par les français
2 septembre : L’armée allemande stoppe son offensive
24 octobre : Reprise du fort de Douaumont
2 novembre : Les allemands abandonnent le fort de Vaux
18 décembre : fin de la bataille de Verdun
Sur la rive gauche, la cote 304 et le Mort-homme ne sont repris qu’en août 1917.

 

Nos soldats

 
  Belaud Joseph, appelé Julien, de Saint-Vincent-Puymaufrais (Pont-Guérin), a été rappelé à 34 ans le 28 août 1914. Le 7 février 1916, un éboulement au ravin de la Dame et des chutes de pierres dans la tranchée lui ont provoqué une contusion violente au bas du dos. Après des séjours dans plusieurs hôpitaux, il est revenu le 13 novembre. Il a été fait prisonnier à Chavignon (Chemin-des-Dames) le 27 mai 1918. Rapatrié le 14 novembre, il a été libéré le 27 février 1919.

  Herbreteau Alexandre était l’aîné d’une famille de 4 garçons habitant à Bournezeau (la Brunière). Les deux plus jeunes n’ont pas fait la guerre. Le cadet, Fernand, a été blessé en 1917. Alexandre est arrivé au 125ème R.I. le 15 décembre 1914. Il était au 35ème R.I. devant Verdun quand il a été blessé le 24 février 1916 par une grenade, à la main et au dos. La cicatrice le rendant incompatible avec le port du sac, il a fini la guerre dans des régiments d’artillerie. Il a pu retourner à St-Hilaire-le Vouhis le 1er septembre 1919. Il résidait au Bignon de Bournezeau de 1926 à 1929, mais est décédé aux Gâts de Saint-Hilaire le 10 mars 1935, à 40 ans.
  

Le 24 février les troupes de la défense se repliaient lentement sous les assauts répétés des masses allemandes précédées d’un bombardement terrifiant sur nos lignes. L’ennemi s’approchait de la ville il fallait à tout prix l’arrêter. Deux bataillons du 35ème avec la C.H.R. mis à la disposition du 30ème corps d’armée sont chargés d’arrêter la progression ennemie et de dégager la cote 344. (Historique du 35ème R.I.)

Bordage Pierre est né à Bournezeau (Terrandière) de père inconnu en 1884. En 1887, sa mère a épousé Flavien Morteau, et ils ont habité à Fougeré (Bellevue). Pierre s’est marié avec Célestine Bourasseau à Ladiville, pays du cognac, en Charente, en 1908 et habitait avec ses beaux-parents au lieu-dit “Le Buisson”. Il avait fait son service militaire au 25ème bataillon de chasseurs à pied, mais il a été rappelé le 4 août 1914 à La Rochelle, puis est passé au 206ème R.I. le 21 juin 1916. Il a été tué le 15 juillet suivant à Avocourt. Son nom est inscrit sur les monuments de Ladiville et de Bournezeau. Sa famille a peut-être voulu mettre son nom auprès de celui de son demi-frère. Sa tombe est au n°348 dans la Nécropole d’Avocourt.
   

  
Réduit d’Avocourt (Meuse, rive gauche), engin lance torpille dans une tranchée. Situé à l’extrémité ouest du champ de bataille de Verdun, dans un poste de tir, un artilleur de tranchée s’apprête à mettre en œuvre un mortier de tranchée de 58 mm type 2.

  Morteau Flavien était le demi-frère de Pierre Bordage. Il est né en 1887 à Bournezeau (la Tendrenière). Rappelé le 4 août 1914, il a servi comme canonnier au 28ème R.A.C. Le 26 février 1916, il a été blessé par éclats d’obus : plaie à la hanche droite et double fracture de la jambe gauche. Il est décédé le 9 mars à l'hôpital temporaire de Vadelaincourt (au sud de Verdun).


La tombe de Flavien Morteau est au n°231 dans la Nécropole Nationale de Vadelaincourt.

  Véronneau Pierre, de Bournezeau (la Perdrière), a commencé son service militaire le 9 octobre 1912. Il était au 1er bataillon de chasseurs à pied, prêt au combat dès le 31 juillet 1914 en Alsace. Il a été blessé en Artois le 27 mai 1915 à la Fosse-Calonne : Une plaie à l’oreille gauche qui lui a diminué définitivement l’audition. Dans la même région, en décembre 1915, il a été atteint à la jambe droite par une balle au Bois-en-Hache. Il a rejoint son unité le 16 mars 1916 à Vaux où il a été fait prisonnier le 31 mars lors de la prise du village de Vaux par les allemands.


Fragment du registre de la Croix-Rouge qui prévenait les familles des prisonniers pour l’envoi de colis.

  À son retour de Quedlinburg, le 22 janvier 1919, il a été hospitalisé à Nantes et n’est rentré à Bournezeau que le 18 août 1919. En 1928, il a émigré en Charente, à Ladiville, près d’Angoulême comme Pierre Bordage. Dans le camp de Quedlinburg, les prisonniers avaient mis en place la fabrication d’un journal écrit à la main (Le Tuyau). Ceux qui étaient abonnés le montraient à leurs voisins. Il y avait aussi une organisation pour aider les prisonniers qui ne recevaient pas de colis.


Dessins sur la Une du journal “Le Tuyau” en1916 : la douche, le repas

  Orveau Jules, forgeron de Saint-Vincent Puymaufrais, avait fini son service militaire en 1907 comme maréchal-ferrant au 6ème Bataillon d’Artillerie à Pied. Mobilisé le 10 août 1914, il est passé au 103ème R.A.L. le 1er novembre 1915.

« Excellent soldat énergique et dévoué. Blessé le 27 mars 1916 en même temps que d'autres servants par un obus de gros calibre, s'efforça bien que gravement atteint de gagner seul le poste de secours et ne voulut être soigné qu'après les autres, prétextant dans l’un et l'autre cas que les camarades étaient plus gravement atteints que lui. »

Son groupe d’artillerie défendait le secteur depuis l’Ouest de Douaumont jusqu’à l’est du fort de Vaux. Soigné pour ses blessures au coude gauche et au genou, il a été libéré le 6 mai 1917, conservant la raideur du coude et du genou. Ses frères, Martial, également forgeron, et Léopold n’ont pas participé aux combats. Léopold était secrétaire infirmier et Martial détaché à la poudrerie de Brest.

  Parage Octave, de Bournezeau (Foliettte), a accompli son service militaire à partir du 28 septembre 1913 au 93ème R.I. Il a été blessé par balle le 27 août 1914 à Chaumont-Saint-Quentin et a été malade plusieurs fois en 1915 et 1916. Il a été muté au 19ème R.I. le 25 octobre 1915. Fait prisonnier le 17 avril 1916 à Verdun, il fut interné à Hameln. Il en est revenu le 12 janvier 1919 et a été libéré le 31 juillet 1919. Il a pris la suite de son père Jean à Foliet avec l’aide de son frère René qui n’avait été mobilisé que le 22 avril 1918. Mais à partir de 1926 il était cantonnier des chemins de fer à Montaigu. Il est décédé à la Haye-Fouassière le 11 octobre 1963.

 

Du 28 mars au 24 avril, le 19ème participe à la bataille de Verdun dans le secteur nord-ouest, subit sans faiblir les bombardements les plus meurtriers et résiste à plusieurs attaques dont celle du 16 avril particulièrement violente. (Historique du 19ème R.I.)

  Auger Hippolyte, frère ainé d’Ernest, de Saint-Vincent-Puymaufrais (Champ-Chevrier), avait été ajourné en 1908 et en 1910 pour “faiblesse générale”. Le Conseil de Révision de 1914, lors de la visite des exemptés, l’a reclassé “Bon pour le service armé” et il a été incorporé au 18ème bataillon de Chasseurs à pied le 20 février 1915. Il a été fait prisonnier le 20 avril 1916 à Douaumont et interné à Ludwigsburg. Rapatrié le 9 décembre 1918, il a été démobilisé le 23 mars 1919.

 

Dès le 19, il bombarde le secteur du Bataillon par un tir de torpilles qui dure de midi à 20 heures. Le 20 avril, il recommence, augmente l'intensité du tir qu'il allonge brusquement à 18h 15 en même temps que son infanterie se porte à l'attaque de nos lignes. Deux régiments y participent. L'effort principal se porte sur la 4ème compagnie qui, soumise pendant toute l'après-midi au bombardement, n'ayant que des abris précaires, a déjà perdu une notable partie de son effectif. Les survivants, submergés, ne peuvent résister longtemps à la poussée violente de l’adversaire, à leur tête, le capitaine Bonnef est tué, l'adjudant-chef Dassomville blessé. L'ennemi pénètre dans la tranchée. (Historique du 18ème B.C.P.)

Jean-Paul Billaud

Sources : Fiches matricules militaires, Historiques des régiments, Registres d’État-Civil
et recensements sur le site des Archives Départementales.

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