Verdun 1916 (3e partie) : Rive gauche de la Meuse (cote 304)

  Depuis la cote 304, les Français empêchaient les Allemands d’installer leurs batteries d’artillerie et les postes d’observation sur le Mort-Homme. Il était inutile d’attaquer le Mort-Homme avant d’avoir, au préalable, neutralisé la cote 304. En cette journée torride du 3 mai 1916, les Allemands déclenchèrent un énorme bombardement qui se concentrait particulièrement sur la cote 304.

  Les Français résistèrent admirablement mais cédèrent à la fin du mois de mai. Le Mort-Homme fut finalement pris par les Allemands. Après cette bataille, les troupes françaises et allemandes étaient complètement exténuées. La cote 304 tomba aux mains des Allemands et ne fut reprise par les Français que le 20 août 1917.


La cote 304, commune d’Esnes-en-Argonne, au nord de Verdun (D’après un croquis de Louis Trinquier)

  BOSSARD Paul, de l’Hermitière, était de la classe 1915. Il avait été ajourné en 1914 pour “faiblesse”. Incorporé au 32e R.I. le 8 septembre 1915, il était au 174e R.I. dans la bataille de Verdun quand il a été blessé le 3 mai 1916 pendant la réfection de lignes téléphoniques. Il a été malade, puis de nouveau blessé en 1918. Libéré le 18 09 1919, il s’est retiré à Bournezeau.

  
Les batteries semblaient d’abord braquées sur la côte 304, […]. Pendant des heures nous dûmes rester dans cette atmosphère de feu et de poussière, attendre, au fond de la petite niche individuelle, l’obus qui ferait voler notre corps en morceaux ou nous enterrerait. Ainsi, combien de camarades sont morts. (Historique du 32ème R.I.)

  Son frère Louis, de 5 ans son aîné, était libéré de son service militaire depuis le 8 novembre 1913. Rappelé, il a rejoint le 49e régiment d’artillerie le 4 août 1914. Il a été évacué malade le 19 juin 1916 alors que son unité bombardait la cote 304. Il a été soigné jusqu’en septembre. Le 14 janvier 1918, il fut embarqué en Orient avec le 345ème R.A.L. Il a été rapatrié le 24 juillet 1919 et libéré le 8 août. En 1924, il était à la Roulière de Saint-Hilaire-le-Vouhis.

  PUBERT Pierre, de Saint-Vincent-Puymaufrais (L’Oiselière), ajourné pour “faiblesse” en 1911, a été appelé le 8 octobre 1913 au 114e R.I. à Saint-Maixent. Il a été porté disparu le 6 mai 1916 à la cote 304 d’Esnes.

  
Le 6 au matin, à 4 heures, harassés, le cœur rompu, les yeux cernés par la fièvre, ces hommes arrivent derrière ceux qu'ils ont l'ordre de relever. […] Des projectiles de tous calibres s’abattent alors sur nos positions […]. Le ravin qui sépare le cote 304 de la côte d'Esnes disparaît sous des nuages de fumée. Derrière ce rideau, on s'entasse dans les quelques défenses qui subsistent encore, mais cet entassement même occasionne de grosses pertes. Au soir, le 2ème Bataillon compte déjà plus de 20 morts et de 80 blessés. C'est “la bataille d'écrasement” qui commence. (Historique du 114e R.I.)
 
La butte du Mort Homme a perdu 12 m d’altitude au cours des combats

  AUGER Louis, de Bournezeau (du Thibeuf), a été blessé au thorax le 7 mai 1916 à la côte 304. Il avait été incorporé au 114e R.I. le 10 octobre 1913. Il a été blessé de nouveau le 30 avril 1917, toujours par éclat d’obus, aux 2 cuisses. Il en a gardé une paralysie du nerf sciatique, une gêne de la marche et a été réformé le 11 février 1918. Il habitait à Chantonnay en 1929.

  Son frère François, de la classe 1909, qui avait été blessé le 10 juin 1915 à Hébuterne et avait une plaie à la cuisse gauche, a encore reçu un éclat d’obus à Laffaux (Chemin des Dames) le 26 avril 1917. Il était au 116e R.I. Il a été amputé de la jambe gauche et de 2 doigts de la main gauche. En 1932, il a été promu Chevalier de la Légion d’Honneur.

Leur mère, Rose IMBERT, veuve, habitait à la Borelière, avec sa fille et son gendre, Henri BORDAGE, qui a fait toute la guerre dans l’artillerie.

  Le troisième fils, Ernest, réformé pour “faiblesse”, est décédé en 1914, à 20 ans. Cette appellation “faiblesse” était peut-être un des noms donnés à la tuberculose, comme “pneumonie”, “bronchite chronique”, “pleurésie chronique…”

  BÉLY Raymond, de Saint-Vincent-Puymaufrais était le frère de Clément tué le 22 août 1914. (voir n°30 Au fil du Temps) Il est inhumé au cimetière franco-allemand du Radan, à Bellefontaine en Belgique. Leur mère, veuve remariée avec Jean BOUGRAS, résidait au Prévert, près du Plessis. De la classe 1914, incorporé le 8 septembre au 114ème R.I., Raymond est arrivé sur le front dès le 19 novembre 1914. Il a été tué le 7 mai 1916 au combat d'Esnes côte 304. « Au cours d'un long et terrible bombardement est resté à son poste dans une tranchée très battue, prévenant ainsi une attaque allemande. Tué glorieusement. » (citation)

  
Sur des ruines, sur des cadavres déjà inertes, l'avalanche s'acharne impitoyable pour les détruire une seconde fois. Il n'y a plus de tranchées, il n'y a plus de boyaux ne reste que des trous épars au fond desquels des êtres se sont tapis comme ils ont pu, […]. Le barrage est devenu si mathématique qu’il isole à peu près complètement les premières lignes de l'arrière... Aucune liaison n'est plus possible […] Toutes les pièces du bois des Forges, de Gercourt, de Drillançourt, de Cuisy, du bois de Montfaucon, de Malancourt, ont dirigé leur feu sur la crête. Et si l'on cherche à en relever approximativement le nombre, on arrive au chiffre impressionnant de 80 et quelques batteries ! (Historique du 114e R.I.)

  GANDEMER Fernand de Saint-Vincent-Puymaufrais (La Mènerie) a été maçon, puis cultivateur. Il a accompli son service militaire de 1905 à 1907 au 109e R.I. Il a été blessé en Argonne le 7 janvier 1916. Évacué vers l’intérieur, il est revenu au combat le 14 mars 1916. Deux mois plus tard, le 14 mai, il fut fait prisonnier à Marre-Meuse, interné à Güstrow (près de la mer Baltique. La punition du poteau était pratiquée dans ce camp (Site du Chtimiste)). Il a été démobilisé le 24 février 1919.

  NEVEU Gaston était né à Tours en 1892. Il était marchand drapier à Bournezeau, place du Champ-de-Foire. Il effectuait son service militaire depuis le 9 octobre 1913 quand la guerre a éclaté. Il était au 287e R.I. quand il a disparu au Mort-Homme le 20 mai 1916. Il fut prisonnier à Landau. Après son retour le 1er décembre 1918 et sa libération le 24 août 1919, il est revenu à Bournezeau, mais son nouveau métier de cantonnier des chemins de fer l’a conduit aux Sables-d’Olonne en 1928.

  
« Le 20 mai, le bombardement redouble de violence sur les premières positions et la ligne de soutien. […] Toutes les lignes télégraphiques sont coupées. L'attaque allemande se déclenche aussitôt sur les pentes ouest du Mort-Homme. […] La 21e compagnie du 287e R.I. fait prévenir qu'elle est attaquée en même temps par plusieurs vagues allemandes. » (Historique du 287e R.I.)

  MONNEREAU Fulgent, né à Saint-Fulgent, sabotier installé à Bournezeau (Champ-de-Foire), a fait son service militaire de 1903 à 1905. Au 93ème R.I., il a été promu caporal le 17 avril 1916, puis il est passé au 6e R.I. le 21 juin. Il a été tué le 26 juin 1916 à la côte 304 d’Esnes. Il a été inhumé dans le cimetière de Montzéville, au sud d’Esnes.

  
À partir du 12 Juin […] à la côte 304 même. Les bombardements ont encore augmenté d'intensité[…] faisant des ravages terribles dans les rangs des défenseurs, comblant les tranchées et mettant à une rude épreuve le système nerveux de ceux qui n’ont d’autre abri qu’une tranchée éboulée, au fond de laquelle, ils se couchent immobiles, comptant les heures avec, comme seul réconfort dans leur angoisse celui d'entendre au-dessus de leur tête le sifflement continu d'innombrables 75. (Historique du 6e R.I.)



Le monument de la cote 304

JOBLET Auguste, né à Saint-Florent-des-Bois, habitait Thorigny (Serpaudière) en 1911, avec son épouse et ses deux enfants. De 1901 à 1904, il a effectué son service militaire au 68e R.I. Rappelé en août 1914, il est passé au 206e R.I. le 27 juin 1916. Il est mort le 26 juillet suivant, au réduit du bois d’Avocourt. L’avis de décès a été envoyé à Mazerolles (17). Son nom est gravé à Mazeroles, à Thorigny et à Bournezeau. Domestique, il a peut-être travaillé à Bournezeau. Quand il s’est marié à Bessay avec Angelina GRÉAU en 1907, ses parents étaient décédés. Sa belle-mère, Rosalie ROY, était à Thorigny.

Jean-Paul BILLAUD

D’après les fiches matricules et les historiques des régiments.

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