Les allemands se sont imposés en arrivant. Un camp allemand a été
installé chez le docteur David au petit lundi, il y en avait un qui
voulait emprunter une buche ou deux pour soulever un engin pour le
graisser. La kommandantur, après un mois au Thibœuf s’établit aux Humeaux.
Une bonne vingtaine d’allemands qui jouaient parfois au foot dans la
prairie des Humeaux. Au Thibœuf, avec les fermes autour, on vivait en
autarcie : faire son propre beurre, élever des volailles, des porcs.
On allait chercher des pains de 6 livres à Thorigny. On faisait des
rations égales qui étaient pesées pour chacun. On recevait après-guerre
des colis en provenance du Canada, pays d’origine de la maitresse du lieu.
On se souvient des fenêtres occultées suite au couvre-feu où l'on
pouvait écouter la TSF (pour ceux qui l'avaient) sans être vus, des
résistants qui allaient garder le pont de l'angle pour éviter qu'il ne
soit détruit, des vêtements pour travailler dans les champs taillés dans
les sacs de phosphate, des draps teints pour faire des blouses, d’un
village où on cuisait du pain blanc, qu’on allait chercher de la farine la
nuit.... On se souvient que les allemands étaient “honnêtes” et dans les
fermes, ils payaient les œufs ou autres produits de 1re nécessité. Ils se
servaient : œufs, jambons, chevaux.
À l’école, on n’a pas appris la guerre de 14.
Ils avaient ramené des bottes de paille pour les chevaux sur la
place. Nous, les enfants, on les disposait pour passer dessous et on
circulait.
L’accueil des réfugiés n’a pas toujours été facile : Ceux de
passage voulaient mettre leurs chevaux dans les prés.
Mais alors que s'est-il passé à la libération de Bournezeau ?
Et bien pas grand changement : Les jeunes ont organisé un bal sur la
place de la mairie avec un feu de joie ; On a ressorti la belle
vaisselle enfouie dans le jardin, même la machine à coudre, les jambons
cachés dans le grenier. Les premiers produits où on a vu la différence
après l'occupation, c'est le carbure qui était un peu plus disponible et
le pain est devenu de plus en plus blanc.
Les allemands, on ne s'est pas rendu compte
de leur départ, une colonne de véhicules alliés a été vue traverser le
bourg (américains, anglais, canadiens ... ?) c'est tout !!! « Nous on
travaillait dans les champs on avait autre chose à penser M! ».
Madame E
On se souvient des pieux qui ont été mis
dans les champs sur Thorigny pour éviter que les avions alliés puissent
atterrir, des FFI qui ont tué 2 officiers allemands dans la forêt de
Fougeré, de ce char abandonné à proximité du bourg. C'était un char de
l'armée belge en panne. Il a été neutralisé, longtemps plus tard, sorti
des épines par des bœufs pour récupérer la ferraille.
Après la guerre, des prisonniers allemands travaillaient dans les
fermes. Ils étaient travailleurs. Les allemands on les a vus :
William et Freddy. Il y en avait un de l’âge de mon mari. Il est mort, il
nous écrivait toujours : Richard B
Les cloches ont sonné seulement à l’armistice, drapeaux aux
fenêtres. On trouvait plus facilement du carbure
On se souvient des prisonniers allemands qui furent employés à
faire des routes jusqu'en 1948, des prisonniers qui revenaient d'Allemagne
au compte-gouttes. Le changement, c’était surtout au retour des
prisonniers. On allait les attendre à “la bascule”(cf
ici). Les familles se retrouvaient. Les tickets de
rationnement ont duré jusqu'en 1949.
Le départ des allemands n’a pas occasionné de grand changements,
ceux-ci sont venus après 1950, surtout avec l’électricité.
Pas facile de parler de l’épuration : À l’EHPAD ça a été le
silence total.
Dans nos autres recherches, nous avons appris qu’une personne de
Bournezeau a été accusée de collaboration et a été condamnée par le
tribunal de la Roche-sur-Yon à 2 ans de prison et 2 ans d’exil hors de la
Vendée. Cette personne a effectué de la prison puis a tenté de se cacher
dans sa maison. Mais, suite à une dénonciation, les gendarmes sont venus
perquisitionner chez lui et le renvoyer en exil… en
Deux-Sèvres !!! Avec une double peine également pour cette
famille, puisque les FFI sont venus dans cette maison où « ils ont
tout pris ».
Mais la guerre n'était pas très loin. Effectivement, Paris était
libéré, mais de Bournezeau on entendait encore des bruits de la guerre
avec les avions alliés qui passaient au-dessus de notre commune pour
bombarder les forces de l'axe sur la poche de Marans/La Rochelle,
bombardements qui pouvaient parfois s'entendre de Bournezeau.
Des femmes ont eu la tête rasée et ont été promenées autour de la
place jusqu’à l’intervention de Louis J
Créées le 1er février 1944, les F.F.I. ont rassemblé tous
les groupes militaires combattants de la résistance intérieure.
Après le débarquement des Américains et des Anglais le 6 juin 1944
en Normandie, le bruit a couru vers le 20 ou 25 juin que les alliés
pourraient, avec leurs avions, atterrir dans notre secteur. Des hommes de
Bournezeau avaient reçu l’ordre de la mairie de planter des piquets d’au
moins 1,50 m dans les grandes parcelles longeant la départementale 948 et
la route de Chantonnay pour empêcher les avions alliés d’atterrir.
Beaucoup de piquets ont été plantés entre Villeneuve et la Borelière.
Tout ce travail n’a finalement servi à rien puisque les avions
alliés n’ont pas atterri dans notre secteur.
Eugène D
Maurice S
Les FFI se réunissaient au village de la Terrandière.