Les 80 ans de la libération à Bournezeau (17 septembre 1944)

 

 
  Nous avons rencontré les derniers témoins de la libération de Bournezeau à l'EHPAD
   et fait fonctionner la machine à souvenirs de la trentaine de résidents qui ont assisté à notre petite réunion.
      Certains ont vécu la libération quand ils avaient de 5 à 17 ans.

  Sous l’occupation

 
  Les allemands se sont imposés en arrivant. Un camp allemand a été installé chez le docteur David au petit lundi, il y en avait un qui voulait emprunter une buche ou deux pour soulever un engin pour le graisser. La kommandantur, après un mois au Thibœuf s’établit aux Humeaux. Une bonne vingtaine d’allemands qui jouaient parfois au foot dans la prairie des Humeaux. Au Thibœuf, avec les fermes autour, on vivait en autarcie : faire son propre beurre, élever des volailles, des porcs. On allait chercher des pains de 6 livres à Thorigny. On faisait des rations égales qui étaient pesées pour chacun. On recevait après-guerre des colis en provenance du Canada, pays d’origine de la maitresse du lieu.
  On se souvient des fenêtres occultées suite au couvre-feu où l'on pouvait écouter la TSF (pour ceux qui l'avaient) sans être vus, des résistants qui allaient garder le pont de l'angle pour éviter qu'il ne soit détruit, des vêtements pour travailler dans les champs taillés dans les sacs de phosphate, des draps teints pour faire des blouses, d’un village où on cuisait du pain blanc, qu’on allait chercher de la farine la nuit.... On se souvient que les allemands étaient “honnêtes” et dans les fermes, ils payaient les œufs ou autres produits de 1re nécessité. Ils se servaient : œufs, jambons, chevaux.
  À l’école, on n’a pas appris la guerre de 14.
  Ils avaient ramené des bottes de paille pour les chevaux sur la place. Nous, les enfants, on les disposait pour passer dessous et on circulait.
  L’accueil des réfugiés n’a pas toujours été facile : Ceux de passage voulaient mettre leurs chevaux dans les prés.

      Libération

     
   Mais alors que s'est-il passé à la libération de Bournezeau ? Et bien pas grand changement : Les jeunes ont organisé un bal sur la place de la mairie avec un feu de joie ; On a ressorti la belle vaisselle enfouie dans le jardin, même la machine à coudre, les jambons cachés dans le grenier. Les premiers produits où on a vu la différence après l'occupation, c'est le carbure qui était un peu plus disponible et le pain est devenu de plus en plus blanc.
      Les allemands, on ne s'est pas rendu compte de leur départ, une colonne de véhicules alliés a été vue traverser le bourg (américains, anglais, canadiens ... ?) c'est tout !!! « Nous on travaillait dans les champs on avait autre chose à penser M! ». Madame Esgonière qui avait alors 17 ans, avait reçu la consigne de ne pas sortir. Puis, un cousin canadien qui avait débarqué à l’île d’Yeu est venu à vélo porter du café, du tabac et du thé.
      On se souvient des pieux qui ont été mis dans les champs sur Thorigny pour éviter que les avions alliés puissent atterrir, des FFI qui ont tué 2 officiers allemands dans la forêt de Fougeré, de ce char abandonné à proximité du bourg. C'était un char de l'armée belge en panne. Il a été neutralisé, longtemps plus tard, sorti des épines par des bœufs pour récupérer la ferraille.
  Après la guerre, des prisonniers allemands travaillaient dans les fermes. Ils étaient travailleurs. Les allemands on les a vus : William et Freddy. Il y en avait un de l’âge de mon mari. Il est mort, il nous écrivait toujours : Richard Bauer. On a été chez lui en Allemagne
  Les cloches ont sonné seulement à l’armistice, drapeaux aux fenêtres. On trouvait plus facilement du carbure
 

  Retour des prisonniers :

 
  On se souvient des prisonniers allemands qui furent employés à faire des routes jusqu'en 1948, des prisonniers qui revenaient d'Allemagne au compte-gouttes. Le changement, c’était surtout au retour des prisonniers. On allait les attendre à “la bascule”(cf ici). Les familles se retrouvaient. Les tickets de rationnement ont duré jusqu'en 1949.
  Le départ des allemands n’a pas occasionné de grand changements, ceux-ci sont venus après 1950, surtout avec l’électricité.
 

  Épuration ?

  
  Pas facile de parler de l’épuration : À l’EHPAD ça a été le silence total.
  Dans nos autres recherches, nous avons appris qu’une personne de Bournezeau a été accusée de collaboration et a été condamnée par le tribunal de la Roche-sur-Yon à 2 ans de prison et 2 ans d’exil hors de la Vendée. Cette personne a effectué de la prison puis a tenté de se cacher dans sa maison. Mais, suite à une dénonciation, les gendarmes sont venus perquisitionner chez lui et le renvoyer en exil… en Deux-Sèvres !!!  Avec une double peine également pour cette famille, puisque les FFI sont venus dans cette maison où « ils ont tout pris ».
  Mais la guerre n'était pas très loin. Effectivement, Paris était libéré, mais de Bournezeau on entendait encore des bruits de la guerre avec les avions alliés qui passaient au-dessus de notre commune pour bombarder les forces de l'axe sur la poche de Marans/La Rochelle, bombardements qui pouvaient parfois s'entendre de Bournezeau.
  Des femmes ont eu la tête rasée et ont été promenées autour de la place jusqu’à l’intervention de Louis JOGUET.
     

Dominique GOINEAU selon les témoignages des anciens de l’EPHAD et de Renée ESGONIÈRE

Les FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) de Bournezeau en juin 1944

    Créées le 1er février 1944, les F.F.I. ont rassemblé tous les groupes militaires combattants de la résistance intérieure.
  Après le débarquement des Américains et des Anglais le 6 juin 1944 en Normandie, le bruit a couru vers le 20 ou 25 juin que les alliés pourraient, avec leurs avions, atterrir dans notre secteur. Des hommes de Bournezeau avaient reçu l’ordre de la mairie de planter des piquets d’au moins 1,50 m dans les grandes parcelles longeant la départementale 948 et la route de Chantonnay pour empêcher les avions alliés d’atterrir. Beaucoup de piquets ont été plantés entre Villeneuve et la Borelière.
  Tout ce travail n’a finalement servi à rien puisque les avions alliés n’ont pas atterri dans notre secteur.
  Eugène DAVIET, qui avait 19 ans, se souvient avoir coupé des piquets de 10 à 15 cm de diamètre dans le bois de la Bière, près des Humeaux, il se souvient très bien aussi de l’allemand qui surveillait le chantier près des Salines.
  Maurice SELIN a aussi planté des “asperges de ROMMEL comme il les nommait, dans les champs près des Salines ?
  Les FFI se réunissaient au village de la Terrandière.

   Henri ROUSSEAU Selon les témoignages   d’Eugène DAVIET et Serge SELIN